Lamido et Libido : Essai sur l’Injustice Envers les Bêtes

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Les humains ont tendance à faire injustice aux animaux de mille manières. Bien sûr, situés au sommet de la chaîne alimentaire, nous avons droit de vie et de mort sur eux. Nos activités industrielles et notre expansion aveugle, en modifiant les écosystèmes, détruisent leurs habitats. Les animaux — c’est le cas de le dire — nous servent de cobaye dans nos recherches scientifiques selon un décret moral arbitraire qui nous paraît aller de soi.
Et même dans nos représentations et nos façons de parler nous leur faisons injustice. Il en va ainsi de la manière dont nous usons des mots comme « bête » ou « bestial ». L’adjectif ou le substantif bête connote le fait d’avoir une intelligence limitée. Mais avant d’utiliser la bête comme référence de ce qui n’est pas intelligent, l’homme a-t-il pris le temps de conférer avec la nature sur le sens et la signification de l’intelligence ? A-t-il fait le bilan de son activité sur terre, et son rapport à la nature ? A mon avis cette consultation préalable de la nature aurait fait prendre conscience à l’homme de la relativité philosophique du concept de l’intelligence. Ainsi définie comme un rapport entre un moyen et une fin, sans valorisation a priori de celle-ci, l’intelligence apparaît comme un bien qui n’est pas l’apanage de l’être humain : de la fourmi à l’éléphant en passant par l’homme qui s’en arroge la qualité suprême, tous les êtres en sont pourvus.
De même, avons-nous tendance à abuser du mot bestial, sans doute à cause de l’horreur que nous inspire l’apparente cruauté les mœurs alimentaires des animaux, leur cannibalisme. Mais il suffit que l’homme accepte de prendre place dans la longue chaîne des animaux pour admettre qu’il n’est pas moins cannibale que les autres animaux. Et l’exploitation de l’homme par l’homme qui caractérise l’histoire humaine dès ses origines n’est rien d’autre qu’une forme politique de cannibalisme. Donc, de ce point de vue, les animaux n’ont pas l’apanage de la bestialité, et l’être humain ferait mieux de voir la poutre bestiale qu’il a dans ses yeux avant de parler de la paille qu’il y a dans l’œil des animaux.
Plus révoltant encore est l’usage du mot bestial, lorsqu’il nous sert dans un déplacement inapproprié à décrire les vices typiquement humains, à mille lieues des mœurs animales. Un exemple de cette métaphore abusive est donné par la réaction de l’Emir de Kano, M. Sanusi contre ses détracteurs qui, faisant rimer Lamido avec libido, l’accusent d’avoir épousé une lycéenne de 18 ans pour des raisons purement libidineuses. Dans une lettre de réaction, M. Sanusi Lamido après avoir expliqué le sens du mariage dans la culture islamique hausa, faisant l’apologie de la polygamie et considérant que 16 ans était un âge mûr pour le mariage d’une femme, voue aux gémonies ses détracteurs qui s’inspirent des valeurs occidentales. Fier de ses mœurs et de sa culture, il dit ne pas comprendre pourquoi les Occidentaux ou ceux qui se réclament d’eux trouveraient à redire à la polygamie alors qu’ils défendent des mœurs bestiales comme l’homosexualité.
Il y a certainement une relativité culturelle dans l’appréciation des mœurs des hommes. Et, tout au moins d’un point de vue africain, l’homosexualité peut être considérée comme contre nature ; mais elle est tout sauf bestiale. C’est faire insulte aux animaux que d’approcher de leurs mœurs, des mœurs qui sont à mille lieues de leur inclination naturelle. L’animal homosexuel n’existe pas au coin des bois ; et lorsque des comportements homosexuels s’observent dans un groupe d’animaux, c’est souvent comme conséquence de la modification de leur condition d’existence ; expériences fatales ou artificielles que les êtres humains conduisent souvent dans des laboratoires pour légitimer par la science des mœurs qui sont avant tout culturelles.
L’animal ne boit pas quand il n’a pas soif. L’homme est le seul animal qui boit sans avoir soif. L’animal ne copule pas pour copuler, mais pour se reproduire, et cet acte la plupart du temps est régi par des saisons. L’animal n’a inventé ni la pilule ni le viagra. Donc qualifier de bestial l’avidité sexuelle est une insulte aux animaux, car il n’y a rien de plus éloigné des mœurs animales que l’obsession sexuelle. Ainsi l’obsession sexuelle d’un homme comme DSK mondialement connue dans maintes affaires n’a rien de bestial comme on a pu le dire ; aucune bête ne se comporte ainsi, au contraire il s’agit là de l’expression achevée de mœurs typiquement humaines.
En revanche, le fait d’avoir plus d’une épouse à la fois, ou de ne pas tenir compte de la consanguinité dans le mariage, ou le fait qu’un homme de 80 ans puisse épouser une fillette de 16 ans comme le préconise M. Lamido ( qui se suffit de la limite morale de l’âge minimal de la femme sans se soucier de la limite maximale convenable de l’âge de l’homme) — la polygamie, l’inceste et la pédophilie — sont des mœurs qu’on peut qualifier de bestiales, car les animaux ne sont pas regardants sur ces limitations typiquement humaines.
Alan Basilegpo

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