Nigeria : Humiliant Déferrement du Président du Sénat au Banc des Accusés

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Le président du Sénat nigérian, M. Bukola Saraki est dans de mauvais draps. L’homme fait partie de cette catégorie de politiciens qui utilisent la politique pour se protéger des crimes que la politique leur a permis de commettre. Un gros manipulateur du cercle vicieux de l’impunité, en somme. Après son mandat de Gouverneur venu à expiration, il a recherché le mandat de sénateur pour se mettre à l’abri de potentiels ennuis judiciaires. Pour cela, il a fait flèche de tout bois. En 2012 encore, il était membre du PDP, et Gouverneur de l’Etat de Kwara. Puis il a fait partie de la vague des transhumants PDP qui ruinèrent les chances de réélection de Jonathan en rejoignant le nouveau Parti APC qui venait de naître, et qui allait porter au pouvoir Buhari, le Monsieur Anti-corruption. Or M. Saraki est loin d’être un innocent ; il a à son actif une kyrielle de casseroles, et des cadavres dans divers placards. Quelques exemples phares de ses faits d’arme de corruption. On l’accuse d’avoir falsifié les règles du Senat avec lesquelles il s’est fait élire Président de l’institution, et cette affaire continue de hanter les sphères de la justice et de la politique. Son épouse est accusée dans une affaire de blanchiment d’argent pendante devant la Commission de Lutte contre les Crimes Économiques et Financiers. M Saraki a aussi à son actif une espèce d’affaire ICCS dans laquelle, jadis directeur d’une banque familiale, il est comptable de la disparition de jolies fortunes de centaines de déposants. Enfin l’affaire qui le conduit dans cet ignominieux box des accusés où il a refusé pendant des heures de s’asseoir avant de craquer face à l’insistance du juge est l’affaire de fausse déclaration de fortune qu’il a faite en sa qualité de Président du Sénat. Pour cela, il fait l’objet de 13 chefs d’accusation touchant à la corruption, la fausse déclaration de biens, et la détention de compte bancaire à l’étranger.
Et pourtant M. Saraki, l’équivalent nigérian, toutes proportions gardées, d’un Rachidi Gbadamassi dont il partage la même extraction sous-régionale, se croyait a l’abri de toute inquiétude, lui qui est passé maître dans l’art d’utiliser la politique comme paratonnerre à ses turpitudes et écarts vis-à-vis de la loi. La manière rocambolesque dont il a accédé à la présidence du Sénat en dit long sur l’usage qu’il en espérait. Elu sénateur sur la plate forme de l’APC au pouvoir, lors des dernières élections générales, M. Saraki n’était pas le candidat de ce parti à la présidence du Sénat. Mais qu’à cela ne tienne. L’ancien cacique du PDP a ameuté les députés de l’opposition qui, en votant massivement pour lui, lui ont assuré la victoire au nez et à la barbe du candidat officiel de l’ACP. Cette fronde victorieuse, qui est aussi un affront et une violence faite à la discipline du parti n’a pas été du goût des responsables de l’ACP. Les tribulations que connaît aujourd’hui, M. Saraki, devenu un boulet pour l’image d’intégrité du Président Buhari, ne sont peut-être pas étrangères à ce coup de force inaugural.
Alan Basilegpo

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