Publié dans Essai, Haro

Bénin : l’Avantage d’Avoir Talon Comme Président

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Le président Buhari vient de déclarer sa fortune au Nigeria où il apparaît qu’avec quelques dizaines de vaches efflanquées, deux maisons en terre de barre héritées de ses parents, et quelque 30 millions de naira en banque, il est vraisemblablement le président africain le plus pauvre, le moins riche ou le moins corrompu, comme on voudra…
Ainsi, le président du pays africain le plus riche est le président africain le plus pauvre. Curieux paradoxe !
Au Bénin, Monsieur Patrice Talon, le richissime milliardaire, comme la presse béninoise se plaît à le qualifier à longueur de pages, veut devenir président en 2016. Le Bénin, c’est connu, est l’un des pays les plus pauvres du monde. Si le rêve de Talon devenait réalité, le Bénin serait alors dans une situation inverse de celle du Nigeria : le président de l’un des pays les plus pauvres d’Afrique compterait parmi les Présidents les plus riches d’Afrique. Ainsi entre le Bénin et son grand voisin s’effectuerait un phénomène physique que l’on pourrait qualifier de conservation de la quantité de mouvement pécuniaire au terme duquel, la fortune du Président multiplié par le PNB serait sinon constante du moins du même ordre de grandeur d’un pays à l’autre.
Mais se pose la question de l’origine de la fortune de M. Talon. Provient-elle de la sueur de son front ardemment plissé ou d’une rapine méthodique ? On a entendu ces derniers jours un ex-rival malheureux de Talon dans le champ cotonnier, M. Martin Rodriguez, entrouvrir un coin du voile sur la méthode et l’histoire de l’enrichissement de Talon. Selon ce Béninois en exil aux États-Unis, la fortune de Talon aurait ses racines trempées dans un marécage de rapines fait de spoliations, d’acquisitions décrétées et d’accaparements léonins qui s’apparentent au pillage en règle.
M. Talon, d’avoir déclaré son intention de succéder à M Yayi n’a pas fait que des heureux. En dehors de Yayi lui-même à qui cette idée donne du cauchemar jour et nuit, on imagine la levée de boucliers qu’elle a suscitée parmi ses compères et/ou rivaux milliardaires. Mais quoi qu’il en soit, les critiques et les révélations de M Martin Rodriguez sur l’histoire et la méthode d’enrichissement de M. Talon ne relèvent pas de simples borborygmes venimeux, caractéristiques de l’éthique du Béninois sudiste, jamais à court d’un motif de haine fratricide. Il y a du vrai dans ces explications, même provenant d’un rival évincé : Talon n’a certainement pas gagné tous ses milliards à la seule sueur de son front, aussi large soit-il.
Or le voilà qui sonne fébrilement à la porte de la présidence béninoise, et qui, par son argent mais aussi ses arguments, dont sa valeur stratégique n’est pas le moindre, ne manque pas d’atout pour l’emporter.
Mais le propre de nos hommes politiques, est qu’ils sont sales ; voleurs de denier public dans l’impunité la plus totale. C’est d’ailleurs par cette kleptomanie généralisée que les hommes politiques se tiennent les uns les autres par la barbichette. Amoussou n’ose critiquer Agossou pour les mêmes raisons qu’Agossou n’ose piper mot de ce qu’il sait sur la fortune d’Amoussou — Attention : les noms Amoussou et Agossou qui ne réfèrent pas des acteurs réels, n’ont pas ici de prétention référentielle autre que rhétorique, à l’instar des Pierre et Paul français…
Les fortunes miraculeuses que se font les hommes politiques une fois arrivés au pouvoir sont colossales et défient l’entendement scalaire et moral. Ainsi Yayi Boni qui n’était pas milliardaire avant d’accéder à 52 ans à la présidence béninoise l’est devenu largement et peut jouer avec des milliards comme un jongleur avec des balles. En dépit de tout le gaspillage que suscite nos mœurs politiques dissolues, Yayi Boni se trouve à la tête d’une solide fortune chiffrée en milliards qu’il peut d’autant moins justifier qu’il n’y a personne au dessus de tout soupçon pour lui demander des comptes.
L’avantage de M. Patrice Talon s’il accédait à la présidence du Bénin est qu’il aura volé avant de devenir Président de la République. Comme on le dit en fon, « éko gɔ hô tchô gui wa hontô » ; en clair, il a déjà la bouche et la panse pleines. Talon aura volé avant d’être Président là où tous les autres entrent dans la fonction en innocents et en ressortent — s’ils daignent en sortir de leur vivant — voleurs enrichis.
La question qui hante l’esprit est de savoir si cet avantage a aussi des inconvénients. Talon milliardaire sera-t-il obsédé de voler encore ? Rien n’est moins sûr. Ce qui peut faire de lui un président plus concentré sur sa mission première : diriger, gérer, mener, conduire, ouvrir la voie. Talon vient-il au pouvoir pour faire en plein jour ce qu’il faisait dans l’ombre jadis ? Cela ne semble pas plausible non plus. Peut-être même en tant qu’ancien voleur, il saura être vigilant à neutraliser les néo-voleurs et autres laveurs de chèques en herbe qui immanquablement tenteront d’infester son régime. Veut-il, en accédant à la fonction de chef d’Etat, dans un acte de contrition louable et d’autocritique vertueuse provoquer une espèce de Conférence Vérité et Remboursement où tous ceux qui depuis au moins les 30 dernières années ont pillé le pays viendront faire leur mea-culpa et rembourser avec intérêt ce qu’ils ont volé au pays ? Voilà qui serait de bonne inspiration, et qui ferait de lui un born again.
Comme on le voit, même les inconvénients d’avoir Talon comme président peuvent déboucher sur des avantages. Mais la vraie question est que, lorsqu’une collectivité humaine en est réduite à considérer la possibilité de se faire conduire par un voleur, — même repu ou repenti — qui peut parier sur son devenir dans le concert des nations ?

Dr Bastien Ajahutɔ, Sydney

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2 commentaires sur « Bénin : l’Avantage d’Avoir Talon Comme Président »

  1. Bonjour mon président .je vé bien .pas que on souffre troo. Que dieu nous protège merci.

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