Pourquoi Talon ou Ajavon n’est pas le Donald Trump du Bénin

blog1

Pour légitimer la candidature présidentielle de nos milliardaires qui s’annonce à grands cris, leurs thuriféraires avancent l’existence de cas similaires dans les grands pays du monde. Mais de telles évocations pèchent par consensus frauduleux ou par excès de sophisme.
Prenons l’exemple de Donald Trump aux États-Unis. Donald Trump est américain et milliardaire. A quantité de milliards égale, rappelons qu’un milliardaire américain pèse 600 fois plus lourd que son homologue béninois. En somme en langage aristotélicien c’est ce qu’on appelle des homonymes.
C’est dire qu’un milliardaire béninois aux États-Unis ne ferait pas autant de ravages qu’au Bénin. Chez nous, la facilité avec laquelle nos milliardaires emportent l’adhésion semble donner raison à la Fontaine quand il dit que la raison du plus fort est toujours la meilleure. Le loup ici étant le milliardaire, et le plus faible, l’homme politique honnête probe et propre sous tout rapport s’il en existe encore, qui n’aspire qu’au bien-être de ses semblables.
Aux USA, Donald Trump est loin de faire le tabac qu’en un tournemain nos illustres milliardaires font tels des tsunamis, ravageant tout sur leur passage, entrainant dans leur sillage héroïque toute une sarabande de griots hilares, journaleux, têtes couronnées, notables putatifs, chloroformant la faculté critique de ce qui nous tient lieu d’intellectuel.
Mais par dessus tout, la différence entre Donald Trump des États-Unis et un Ajavon ou un Talon au Bénin n’est pas seulement au niveau de l’index de conversion monétaire entre les deux pays, qui fait que, sous la même appellation, ramené à une même devise l’un est un géant là où l’autre est un nain ; cette différence ne s’arrête pas seulement à la misère matérielle et morale qui étreint le Béninois, et qui le rend sourd à tout appel au jugement serein, à la capacité de voir loin au-delà de sa famine actuelle. Non, la plus grande différence entre un Donald Trump et le milliardaire béninois est d’ordre politique. Donald Trump n’aura pas à distribuer sous cape des millions à de prétendus journalistes qui farderont des publireportages en articles de presse élogieux ; il n’aura pas à acheter de têtes couronnées qui n’existent pas dans son pays ; ni non plus de maires ou de notables de villes pour que des griots stipendiés aient à dire pince sans rire que la « fièvre de Talon gagne Pobè, Agbangnizoun, Grand-Popo, Dassa Cotonou » ; manipulations cousues de fil blanc et destinées à préparer les esprits au K.-O. ou au contre K.-O. électoral, à des fraudes barbares au niveau des instances décisionnelles du scrutin électoral où, à coup de milliards l’homme fort mettra dans sa poche la CENA et la Cour Constitutionnelle, à commencer par leurs présidents, tourbe infecte qui rêve d’être milliardaire elle aussi. Car tel est le modèle déposé du coup d’État électoral au Bénin.
Non, la grande différence c’est que Donald Trump, loin de s’asseoir sur l’Himalaya de ses milliards d’où il surplombera tout le paysage politique de son pays comme c’est le cas au Bénin, doit mettre la main au cambouis politique. Il doit entrer en compétition aussi farouche que loyale avec d’autres concurrents républicains. Et c’est en tant que meilleur candidat républicain qu’il ira le cas échéant au devant du suffrage de ses concitoyens. Ce qui suppose que quoique milliardaire, il entre en scène en tant que politique. Son identité essentielle est politique, et le milliardaire n’est chez lui qu’un accident. Tout le contraire des nôtres, dont le seul parti politique, le seul étendard connu est celui de l’argent.
Donc, l’évocation de cas occidentaux est une comparaison trompeuse. Certes l’idée de l’entrée en campagne présidentielle de milliardaires peut paraître pragmatique. Si en fin de compte l’élection est une question de milliards à distribuer à tous les niveaux pourquoi ceux qui naguère les distribuaient dans l’ombre ne se présenteraient pas directement comme candidats en plein jour ? Mais c’est autant dire, si une université a l’habitude d’être financée dans l’ombre par un mécène, qu’il vaudrait mieux que celui-ci en devînt le recteur au vu et au su de tout le monde. Il va sans dire qu’un tel raisonnement est absurde, car savoir manier ou donner des milliards n’est pas synonyme de pouvoir diriger une université !
Aux États-Unis, Donald Trump est un milliardaire. Que Dieu nous garde d’ostraciser un milliardaire. Mais nous ne devons pas non plus tomber dans la dérive contraire. Donald Trump est d’abord Républicain avant d’être milliardaire ; ou en tout cas, il est éminemment Républicain et milliardaire. C’est-à-dire qu’il est candidat à la candidature de l’un des deux plus grands partis politiques de son pays. Chez Donald Trump, la politique, c’est-à-dire le fait d’être membre du Parti Républicain est l’essence ; bien que l’argent joue un rôle de premier plan en politique aux États-Unis, le fait d’être milliardaire, est un accident ou presque. Malheureusement on ne peut pas en dire autant de nos Milliardaires Béninois.
Basile Adepéju

copyright4s

Un commentaire

  1. Le Bénin n’est pas les États-Unis d’Amérique et chacun de ces pays a ses réalités et ses spécificités. Les personnalités, objet de votre commentaire, tant des points de vue de leurs expériences politiques personnelles, que du poids et de la valeur de leurs fortunes respectives, ne sont pas les mêmes et ne peuvent donc faire l’objet d’une analyse comparative intelligible et intelligente avisée. Le principe de la relativité exclut donc la référence à la similitude et rappelle la règle qu’on ne peut comparer que des choses comparables. On peut juste citer Thrump, Talon et Ajavon comme hommes d’affaires, candidats aux élections présidentielles dans leurs pays respectifs et relever l’avènement de leurs initiatives comme une nouvelle forme d’implication du secteur économique privé dans la gestion des affaires publiques, en analyser l’opportunité, les risques et les dangers et le cas échéant, les avantages pour le pays. Votre article a brillé par son silence sur ces aspects et c’est bien regrettable.

Les commentaires sont fermés.