Bénin : Journal Critique du Parachutage Néocolonial de Lionel Zinsou

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Le débarquement ou parachutage de L.Z a quelque chose de divinement christique. Selon la théorie chrétienne consacrée, la venue du christ est l’expression de l’Amour divine. Dieu aime tellement les hommes qu’il leur a envoyé son fils unique pour les sauver, nous dit le dogme.
Ainsi, ramené au contexte politique béninois, toutes choses égales par ailleurs, on dira que la divinité France aime tellement le Bénin qu’il a envoyé son fils bien aimé LZ pour le sauver ; mais de qui ? d’elle ou de lui-même ?

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Alors que maints dirigeants africains, chefs d’Etat ou de gouvernement instaurent des rapports de complaisance, de soumission, et de servilité puérile avec les gouvernements et les dirigeants des anciennes puissances coloniales, qu’ils appellent nonobstant leurs amis ou homologues alors que l’homologie exige une réelle égalité et un respect mutuel, quel sinistre déphasage, quelle indignité et quelle trahison des intérêts de notre race, de nos peuples, de notre histoire et de toute l’Afrique, lorsque l’on sait que des dirigeants dignes de ce nom, dignes fils de l’Afrique, fidèle à sa mémoire, à ses souffrances et soucieux de les sublimer devraient porter haut son honneur, ses intérêts et se faire les porteurs d’une exigence mémorielle irréprochable, les porte-drapeau d’une volonté qui, sans être figée dans le passé, ne transigerait pas sur l’obligation de réparation des crimes récurrents que l’occident raciste commet sur les peuples d’Afrique depuis l’esclavage et la traite négrière jusqu’aux intrigues crapuleuses du néo-colonialisme d’aujourd’hui. La responsabilité mémorielle de l’Occident n’est pas seulement une dette envers les peuples et le continent africains saignés à blanc sur plusieurs siècles d’une domination raciste faite d’exploitation et de violence implacable mais elle constitue par son déni, la cause de la persistance du drame africain.
Or combien de chefs d’État ou de dirigeants africains sont sur ce pied de dignité et de justice mémorielle pour l’Afrique ? Combien ne sacrifient pas les intérêts des peuples africains sur l’autel de leurs mesquins plaisirs, de leur satisfaction d’être dans les bonnes grâces de ceux qu’au nom de l’Afrique, ils devraient au contraire défier et contraindre d’assumer leur responsabilité devant l’histoire, devant et pour la justice dans le concert des nations.
Nos dirigeants stupides, aliénés et égoïstes, qui pour leurs intérêts mesquins, face au miroir aux alouettes de la coopération en trompe-l’œil qui n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan de ce que l’Occident a volé à l’Afrique, une infime partie de ce qu’il lui doit, nos dirigeants sans esprit qui succombent à ces leurres à courte vue sont à la fois une honte pour l’Afrique et la plaie de l’espérance. Ils ne devraient pas exister, même en tant que simples Africains, sans parler même de chef d’Etat. Ceux qui au nom de leur bon plaisir, de leur satisfaction personnelle, de leur idiote gloriole hypothèquent la dignité, l’intégrité, la mémoire et l’avenir de l’Afrique méritent la mort immédiate, et éternelle dans les annales de l’histoire africaine.
Au Bénin, Yayi Boni est un exemple de cette tourbe infecte. Son action ces derniers temps, le parachutage sans vergogne d’un français comme Premier Ministre du pays, la béatitude servile dont il faisait montre lors de la visite éclair du président français à Cotonou, ses manières pathétiques, son discours décousu, ses assauts d’affectivité déplacée, cette façon de faire croire aux Béninois et au monde que la France est la source du salut du Bénin, un pays recommandable historiquement et politiquement, un pays sans tâche qui n’a jamais voulu et ne veut que le bien du Bénin et de l’Afrique — un pays qui ne sait rien de la mort des Sankara, Patrice Lumumba, Kadhafi — cette indignité monumentale est une insulte à notre mémoire et à notre condition. Ne parlons même pas de la fameuse larme idiote et trafiquée qu’il aurait été le seul dirigeant au monde à écraser à Paris lors de l’hommage aux victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo !
Lorsque nous en sommes, 50 ans après l’indépendance, à aller chercher en France et faire Premier Ministre un Français, quand serions-nous disposés à demander des comptes aux Européens racistes et colonialistes pour tout le mal qu’ils nous ont fait à travers l’histoire ? Quand allons-nous prendre la salutaire décision de notre autonomie symbolique en reléguant au domaine des langues étrangères secondaires le français dont le parler ne fait que nous aliéner et nous isoler de nous-mêmes ?

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Il y a enfin de compte quelque chose de diaboliquement bon chez Yayi Boni, c’est de nous dire par ses actes obscènes : « Vous avez dit Indépendance ? Mais quelle indépendance ? » Sinon comment s’expliquer autrement que 55 ans après notre supposée indépendance, pour sa sécurité politique et la sauvegarde de son amour propre, il ait le cran et l’outrecuidance de faire d’un Français un Premier Ministre en Terre de Béhanzin ?

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Quand on considère Cotonou du point de vue de l’urbanisme institutionnel et politique, on est quelque peu consterné de voir l’inexistence d’un espace régalien structuré. Il y a la Présidence de la République pris sur une portion du boulevard de la Marina, et séparé par un espace à l’est, les locaux improvisés du Premier Ministre. Un bâtiment d’autant plus architecturalement décalé que la fonction de celui qui l’occupe n’a aucune existence institutionnelle. A l’ouest et presque mitoyen de la présidence s’étale le vaste domaine occupé par la présence française — entre l’ambassade et le centre culturel français. Le domaine qu’occupe la France dans cet espace est presqu’aussi étendu que la Présidence elle-même. Et en face de ces deux domaines se trouve notre mouroir national : le centre hospitalier universitaire Hubert Maga. Cette intrusion d’une représentation étrangère, qui plus est celle de l’ancienne puissance coloniale dans un espace national intime est un scandale du point de vue de la dignité nationale. Dans tous les pays du monde qui se respectent, les villes capitales ont un cœur politique intime ou la présence étrangère n’a pas sa place car elle constituerait alors une obscénité monumentale. L’urbanisme organise à cet endroit structuré l’ensemble des bâtiments abritant les grandes institutions de la nation. Et, de même faut-il la part des grandes artères et des places publiques propices à accueillir les grands événements nationaux.
De ce point de vue, ni l’hôpital Hubert Maga encore moins le domaine de la France qui jouxte la Présidence de la République n’ont leur place à cet endroit si l’on y retient la priorité de la présidence de la république. Peut-on imaginer à paris, jouxtant l’Elysée le domaine de l’ambassade des États-Unis sans même parler de celui des Comores ou du Bénin, rivalisant d’extension avec le Palais du Président français lui-même ? La réponse est évidemment non ! Notre pays et nos hommes politiques qui acceptent l’imposition de ces rapports obscènes ou qui font comme si de rien n’était ne savent pas ce qu’être indépendant veut dire. Enfin de compte et pour résoudre cette bêtise monumentale attentatoire à notre intimité et à notre dignité nationale, il y a du travail à faire pour penser et redéfinir nos villes dans leur assise nationale et leur identité institutionnelle. Si Cotonou est la Capitale économique et Porto-Novo la Capitale Administrative et Politique comme cela se dit, alors c’est la présidence qui doit fermer ses portes et plier bagage et être transférée à Porto-Novo, une ville qui mérite d’être rebâtie de fond en comble pour mériter son statut officiel

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De Yayi Boni à Zinsou — ce complot néocolonialiste qui se prépare contre l’intimité politique de notre peuple et sa dignité c’est tout le passage d’un politique étrange à un étranger politique

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Les gens nous disent que le fameux Lionel Zinsou est Béninois mais suffit-il de peindre une maison en ocre pour qu’on dise qu’elle est en briques rouges ?
Dans l’absolu, le parlement béninois peut se réunir et à l’unanimité décider de mettre fin à l’usage de la langue française comme lange officielle du Bénin et la remplacer par le bariba+le yoruba+ le fon, comme en Suisse, où trois langues sont en usage. Si nous n’étions pas un peuple de demeurés, il y a longtemps que nous aurions fait cela. Dans ce cas, que feraient certains qui prétendent aujourd’hui nous diriger, et demain être notre président sans pouvoir parler pendant 30 minutes dans aucune langue nationale du pays ? Enfin de compte, si l’Egypte est un don du Nil, la carrière politique prétendue de certains est le don d’un décret néocolonial entièrement construit sur notre aliénation. Quand on sait que cette aliénation est la source première de notre destin collectif d’albatros, la bonne volonté politique de ceux dont les ambitions politiques sont entièrement fondées sur cette aliénation apparaît comme une contradiction et une sinistre ironie.

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L’habit ne fait pas le moine mais il fait le 1er Ministre, et bientôt le Président
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Le Bénin, un pays sans intimité et sans qualité intrinsèque. Un pays qui s’honore que l’Étranger devienne roi, un pays si angoissé à l’idée que l’autochtone devienne roi et qui n’est si heureux et honoré que quand l’étranger supplantant le fils du pays, devient roi. Bénin, un pays si nostalgique de la période coloniale, si fier de sa désignation coloniale de « quartier latin de l’Afrique » et qui fait de la langue coloniale la mesure et la preuve de son intelligence
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Mis à part les décrets néocoloniaux, la mystification métropolitaine, ZL n’a rien à faire là où il s’est posé à la consternation générale des patriotes béninois. La justification qu’il en donne, le fait d’être aussi Béninois n’a qu’une valeur formelle pas plus valable que si Brice Hortefeu, qui a aussi le passeport béninois se piquait de s’en prévaloir pour devenir Président du Bénin. Si, affublé de son nom Zinsou dont personne ne peut nier l’identité béninoise, M. ZL veut faire de la politique au Bénin, il n’a qu’à commencer déjà par parler une langue béninoise, car un politique doit parler au peuple, et pour parler au peuple, il faut parler à un peuple et dans sa langue, cette transaction prend valeur de symbole à l’échelle nationale : parler à un peuple c’est parler au peuple, et parler au peuple, c’est parler à un peuple. C’est le premier défi qui est lancé à M. ZL. Et pour parler au peuple du Bénin, M. ZL doit se mettre sur les rangs, à la base. Quand un élève arrive en retard au moment où la classe est déjà rangée, même s’il est le fils du maître, il ne vient pas se mettre en tête du rang mais à sa queue. Le Bénin n’est pas un bordel où on peut se permettre de faire n’importe quoi parce qu’on est venu de France, qu’on est français, socialiste, coreligionnaire de Fabius ou qu’on a travaillé chez Rothschild. Nous patriotes béninois bien pensants en avons marre de ces abus de position historique ! Aussi bien nous sommes fiers et ne trouvons rien à redire au fait qu’au Ghana ou au Togo un Jerry Rawlings ou un Nicolas Grunitzky aient été présidents parce qu’ils étaient des citoyens à part entière, engagés de plain-pied dans la vie politique de leur pays, que l’apparition scandaleuse d’un Français qui n’a jamais fait de politique au Bénin, et qui se voit de but en blanc bombardé au sommet de l’Etat nous révulse! Cette répulsion est d’autant plus irrépressible que l’opération d’imposition sera déguisée sous les dehors d’élections achetées clés en main par la France des Bolloré, Bouygues, et consorts. Aussi, disons-nous avec force qu’une telle apparition, qui est une agression contre notre peuple, est inacceptable et sera combattue avec la dernière rigueur ; car il y va de notre dignité et du bon sens.
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La logique de la pensée politique au Bénin est fausse d’entrée, dans sa représentation du Président de la République, conçu comme le 1er de la classe, le génie, le surdoué, le plus intelligent, si génial qu’il a pu aller au large d’où il reviendra diriger les Béninoises et les Béninois. Mais qui expliquera à ces bricoleurs au petit pied d’une conception du président assidument infligée à la collectivité nationale sans ménagement ni pédagogie, et en dépit des échecs successifs qui en ont découlé, que si le président doit être instruit et intelligent, le cursus scolaire ou universitaire, l’entregent ou les accointances internationaux ne sont ni synonymes ni garants du leadership africain dont le défaut a jusqu’ici cloué nos pays dans la sujétion, l’aliénation et la honteuse et paradoxale situation de pays potentiellement riches mais pratiquement pauvres ou appauvris, réduits à l’aumône de ceux-là qui les dominent et pillent leurs richesses…
Adenifuja Bolaji

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2 commentaires

  1. LU POUR VOUS: Sans pour autant adhérer à certains jugements stéréotypés, à relents par trop xénophobes et « ostracisants » de ce brûlot singulièrement caustique, il faut avoir l’honnêteté intellectuelle de reconnaître à son auteur (que je ne connais ni d’Adam ni d’Eve, soit-dit en passant pour dissiper ou prévenir toute malheureuse équivoque), le mérite d’avoir osé retourner le couteau dans la plaie, pour nous sortir de notre torpeur et de notre hypocrisie collectives en passe d’être érigées en mode de gouvernance…et de vie.

    En somme, NON VIGOUREUX à la surenchère idéologique abêtissante et déshumanisante, mais OUI INCONDITIONNEL à l’éveil des consciences: tel est mon CREDO.

  2. Ne pas connaître un concitoyen « d’Adam ni d’Ève » mais réagir à son discours, en reconnaître le bien fondé, fût-ce même partiellement, critiquer les interprétations sujets à caution, voilà qui dénote d’un esprit intellectuel et d’une éthique sociale positifs. Esprit qui fait défaut à la mentalité béninoise, plus portée à la politique d’Autruche, au népotisme intellectuel et où les échanges, mêmes les plus prétendument sérieux, sont des monologues ou des occasions de se tenir réciproquement le crachoir. Bravo !

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