Économie Endogène : les Obstacles au Développement du Nigeria

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Un grand pays comme le Nigeria, alors que ce n’est pas le besoin qui en manquait, n’a jamais pu jusqu’ici mettre en place un système de transport public fonctionnel, moderne et populaire : système réglé de routes, de voies ferrées, de bus, de tramways et surtout de métro dans les grandes villes comme Lagos, Abuja, Kaduna, Port Harcourt, etc.. Il ne l’a pas réalisé jusqu’ici  et probablement ne le fera jamais, tant que dureront les freins à son développement rationnel endogène. La raison de ce blocage naturalisé est simple : c’est parce qu’il y a un tel culte de la voiture personnelle dans ce pays, culte enchevêtré dans les intérêts du capitalisme marchand qui agit comme frein à toute politique visant à faire basculer le service de transport de l’initiative personnelle et individuelle vers une organisation collective rationnelle et moderne. Les enjeux économiques de certains monopoles exploitent et renforcent le culte de la voiture personnelle qui va de pair avec la propension à la paresse propre aux Africains qui ne se soucient pas de produire par eux-mêmes ce qu’ils consomment mais se contentent frénétiquement de les importer au prix de l’exploitation effrénée et bornée des ressources de leur sol. Ce culte de la voiture personnelle qui gangrène l’imaginaire individuel et collectif est érigé en une véritable divinité sociale dans ce grand pays de l’Afrique de l’Ouest qui se targue d’être la première économie du continent. Cette complicité entre les représentations collectives d’une nation, et les intérêts du capitalisme marchand conduit à mettre hors jeu toute initiative tournée vers le développement rationnel. La pression consumériste avec son mot d’ordre aliéné inféodé aux intérêts du capitalisme international qui ne fait aucun quartier de la volonté ou de la liberté des nations africaines de produire par elles-mêmes ce qu’elles consomment est déjà un élément premier dans cette situation. Le secteur de l’automobile n’est d’ailleurs pas le seul. Il en est de même pour la production et la distribution de l’énergie électrique. Au Nigeria on n’a jamais pu, malgré les potentialités dont dispose ce pays, produire et distribuer calmement l’énergie électrique comme le font maintes nations un tantinet responsables et raisonnables et pas seulement celles qu’on appelle développées. En effet, ici les importateurs et vendeurs de groupes électrogènes qui, à l’instar de leurs homologues du secteur de l’automobile, n’ambitionnent même pas de mettre en place une production autochtone arcboutée sur un savoir-faire endogène, s’enferment dans le dogme capitaliste de l’importation et de la vente de ces engins de production individuelle du courant électrique, court-circuitant par là une création collective rationnelle et endogène de la production et de la distribution du courant électrique.
Ainsi il y a bien un connexité entre les embouteillages monstrueux, la pollution urbaine, le désordre que l’on peut observer dans les grandes villes de Nigeria comme Lagos et les difficultés réelles de la grande masse des populations à bénéficier d’un transport convenable ; de même la fourniture et la distribution épileptique du courant électrique trouve ses raisons dans les intérêts d’une classe de marchands tournée vers l’importation et la vente des groupes électrogènes. Tant que le Nigeria n’aura pas compris la nécessité d’une part de donner priorité à des services rationnels tournés vers la satisfaction du plus grand nombre, et d’autre part y compris sur le registre du consumérisme ou de la consommation, donner priorité à et encourager la production endogène d’une gamme étendue, variée et ambitieuse de biens de consommation dont la société a besoin, tant que cette double priorité ne sera pas fixée une bonne fois pour toutes, alors le Nigeria continuera malgré son premier rang dans l’économie et la démographie de Afrique d’être plus sa honte que sa fierté.

Prof. Badarou Adesina

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