Une Réaction aux “Docteurs-Tonneaux vides qui nous Dirigent”

imageCette réflexion de M. Eloi Goutchili est si juste que je ne puis m’empêcher de lui faire écho, en citant le passage suivant :

« Il n’est donc pas étonnant qu’on assiste aujourd’hui de plus en plus à une nouvelle forme de perversion – manifestation évidente d’un complexe de supériorité ou d’infériorité selon le cas – consistant à faire désormais du titre de “Docteur” le must par excellence pour décliner au mieux son identité, en toutes circonstances et quel que soit le domaine de spécialité. Autrement dit, on se sert du titre de “Docteur” comme d’une béquille ou plus exactement d’une prothèse dont on espère qu’elle compensera un manque, un vide intérieur, c’est-à-dire l’absence d’une qualité particulièrement recherchée et appréciée qu’on aurait bien voulu exhiber par snobisme, mais qui malheureusement ne fait pas partie intégrante de sa personnalité intrinsèque. Cette forme de surcompensation frise souvent le ridicule quand on sait que dans la pure tradition francophone (ne sommes-nous pas francophones après tout ?), ne s’affublent systématiquement du titre de “Docteur” que les personnes nanties du grade de “Docteur en médecine”, c’est-à-dire les médecins.

   

Cette appellation est d’ailleurs consacrée par un usage pluriséculaire et se passe de tout commentaire. Ainsi, un professeur d’université par exemple ne devrait en principe pas éprouver le besoin de se faire obligatoirement appeler “Docteur”, tout simplement parce qu’il n’y gagnerait absolument rien en termes de valorisation de sa personne, dans la mesure où l’obtention du doctorat est la condition minimale pour prétendre à l’enseignement universitaire. De même, il ne viendrait certainement à l’esprit d’aucun chercheur de haut niveau et reconnu comme tel de vouloir systématiquement se faire désigner par le titre de “Docteur”; ceci pour la simple raison que, de notoriété publique, l’une des marques distinctives du vrai chercheur est l’humilité : l’humilité devant la science, devant l’infinie complexité des innombrables phénomènes naturels et sociaux qu’il est amené à observer et à étudier au quotidien ; l’humilité tout court comme valeur d’éthique et de déontologie.

Il est vrai que, dans le monde anglophone, les choses se passent tout autrement. Les usages y ayant cours veulent en effet qu’en matière de présentation, l’identité d’un professionnel du monde universitaire ou académique soit toujours accompagnée ou suivie de l’indication de son grade universitaire (PhD, MSC, MA, MBA BA, etc) Mais alors, comment expliquer cet accès subit de snobisme, cette soudaine envie de mimétisme à rebours des béninois francophones que nous sommes ? Est-ce par goût ou soif de modernité ou par simple coquetterie ? Mon avis là-dessus est clair : “à bon vin point d’enseigne”… Au demeurant, le Frère Godfrey Nzamujo, prêtre dominicain d’origine nigériane ayant de surcroît longtemps étudié et travaillé aux Etats-Unis (en des domaines aussi variés que la biologie, l’électronique et l’informatique et ce, jusqu’au niveau du prestigieux Ph.D.), donc de culture partiellement anglo-saxone, promoteur du célèbre Centre Songhaï de Porto-Novo au Bénin, apportera la clarification suivante : “Il ne s’agit pas d’être fier de son curriculum vitae ou d’entrer dans la compétition pour inscrire au Guinness des records de plus longs palmarès de doctorats, mais de reconnaître l’importance du travail intellectuel sérieux, de son ascèse. Un complexe d’infériorité marque les africains qui se gargarisent d’avoir tel ou tel diplôme, tel ou tel poste… Les études ne sont pas là pour que l’on s’en glorifie : elles donnent la capacité de diminuer les contraintes rencontrées dans les démarches humaines…. Un animateur de développement doit toujours se sentir en position d’apprentissage et d’analyse, de comparaison et d’évaluation. C’est à cette attitude de questionnement permanent qu’on reconnaît un vrai intellectuel, et pas à sa collection de diplômes gagnés en bachotant ou en répétant ce que pensent d’autres” » (sic).

(Extraits de mon modeste essai intitulé : « Le meilleur est à venir : un regard critique citoyen sur la gouvernance au Bénin et en Afrique » en son chapitre 1er ayant pour titre : « Le vieux mythe du Bénin, quartier latin de l’Afrique : un stéréotype qui a la vie dure »)

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Roch Sosthène Nepo

imageRoch Sosthène NEPO est cadre dirigeant en mobilité internationale, spécialiste en management des organisations et en ingénierie des ressources humaines. En marge de ses occupations professionnelles stricto sensu, il s’intéresse de plus en plus à l’animation du débat citoyen et sociétal, avec une relative préférence pour les questions touchant au leadership et à la gouvernance (au sens générique du terme) dans son pays, le Bénin, en Afrique et dans le monde.

   

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