L’Afrique et le Consumérisme Anarchique

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Si une instance de raison avait décrété que les voitures n’iraient que partout où des routes–dignes de ce nom–auraient été construites et entretenues pour les accueillir, alors peut-être le nombre de voitures qui circuleraient en Afrique se compteraient sur les doigts d’une main.
La situation absurde au travers de laquelle les voitures pullulent dans nos espaces–urbains et ruraux — sans qu’il n’y ait de routes aptes à leur circulation, comme c’est le cas dans les pays qui les fabriquent, n’est guère une exception dans la mise en rapport généralisée de l’Afrique avec les outils ou les biens de consommation technologiques. Ces outils et ces biens inondent l’Afrique sans que les conditions préalables de leur usage soient réunies. D’où vient qu’en matière de technologie et de consommation de biens fabriqués nous ayons une sacrée tendance à mettre la charrue avant les bœufs et à végéter dans une absurdité simiesque ?

Nous avons l’eau courante sans que la permanence de l’adduction consubstantielle au principe de l’eau courante soit effective ; nous avons le courant mais la fourniture de l’électricité est épileptique. Au Bénin, longtemps, le raccordement au téléphone fixe relevait d’un exploit que le citoyen ordinaire parvenait rarement à réaliser au bout de plusieurs années parce que l’État avait de sérieuses difficultés à en assurer l’infrastructure. Maintenant que la technologie a soulagé l’État des contraintes infrastructurelles, nous avons le téléphone portable mais rarement de réseau. De même avons-nous l’Internet sans pouvoir jouir d’une connexion correcte ou continue.

Toute cette absurdité de l’Afrique dans son rapport à la technologie exogène met en lumière notre situation marquée par le refus de l’appropriation intelligente et volontaire des techniques, et le dévolu que nous avons jeté sur une consommation anarchique, aveugle et subie qui bénéficie aux divers fabricants et à la logique polluante du productivisme mondial. D’une certaine manière ce désordre et cette absurdité ne sont que les conséquences ou la continuité du refus historique de l’Afrique de compter sur elle-même technologiquement ; refus qui l’amena à ne pas hésiter, des siècles durant, à échanger ses propres fils et filles contre de la pacotille venue d’ailleurs.

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Aujourd’hui, le produit d’échange n’est plus humain mais minéral, minier ou pétrolier, mais la problématique reste la même. Pourtant, la meilleure posture d’appropriation de la technologie est de se donner le courage d’aller à son rythme, de maîtriser le rapport entre les moyens et les fins, et de refuser l’injonction à consommer venue d’ailleurs tant que nous ne sommes pas prêts à en remplir les conditions de base.

Akande Bose

   

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