Pourquoi Yayi Boni Passe la Moitié de son Temps dans les Avions…

Pourquoi Yayi Boni Passe la Moitié de son Temps dans les Avions et des Voyages à l’Extérieur du Pays

 

   

image

 

Le rythme de voyages à l'extérieur de M. Yayi Boni est l'un des plus élevés en tant que président de la république, comparé aussi bien à ses congénères africains qu'à ses pairs du monde.
Dès son élection en 2006, la manie du voyage international a frappé les esprits par sa cadence folle. Pourquoi Yayi voyage-t-il si fréquemment pour ne pas dire si frénétiquement ?
La question est pertinente parce que le Bénin n'est pas un pays riche, et le fait que le président d'un petit pays comme le nôtre mette à rude épreuve les maigres ressources publiques pour les consacrer à des voyages dont il aurait souvent pu se passer pose problème. Est-il normal par exemple que le président du Bénin voyage plus que le président d'un pays comme la France à diplomatie plus agissante et plus complexe ?
À première vue on a commencé par attribuer la manie du voyage international de M. Yayi à ce qu’on a pris pour son volontarisme et qu'on a rapproché de sa façon de gouverner ; façon que d'aucuns ont qualifiée en son temps de gouvernance a vue, taxée d'impréparation et d'improvisation. Peut-être pense-t-on qu'ainsi se comprendrait la manie du voyage : occasion de sauter sur la moindre occasion pour aller défendre les intérêts du Bénin là où cela est nécessaire. Mais est-ce absolument nécessaire que ce soit le président qui se déplace à chaque petite réunion plus ou moins internationale ? Après tout l'existence des ministères séparés correspond à une division du travail politique et administratif rationnellement constituée. Les réunions touchant à la sécurité peuvent être prises en charge par le ministre de la sécurité ; celles touchant à l'information peuvent être prises en charge par le ministre de l'information, comme celles touchant à la culture par le Ministre de la culture etc.. Plutôt que ce soit le chef de l'État qui soit sur tous les fronts et sur tous les coups. La question a commencé à tarauder les esprits au début du quinquennat de 2006 lorsque les voyages présidentiels faisaient l'objet d'une publicité plus ou moins tapageuse visant à faire savoir la chose, comme s'il ne suffisait pas seulement de voyager mais qu’il importait de faire savoir que l'on voyage. L’opinion se plaignait alors du coût prohibitif de ces déplacements intempestifs, surtout au regard du grand nombre de gens qui peuplent les délégations présidentielles. La chose commençait à devenir obscène et impudique, au vu des maigres ressources de l'État. Alors, pendant un certain temps, le président sembla avoir fait profil bas, en diminuant la cadence de ses voyages. Mais pour un temps seulement car très vite, et surtout après le second mandat volé, lorsque, pour noyer le poisson de sa présidence électoralement douteuse, il s'est dépêché d'arracher le fauteuil de président de l'union africaine, comme si présider l’UA consacrait d'office une naturalisation de la présidence du Bénin. Dès lors, les nombreux voyages à l'extérieur de M. Yayi étaient censés être justifiés par ses nouvelles occupations africaines. Mais dans tous les cas, si la cadence des voyages présidentiels a repris, ceux-ci s'efforcent d'être moins bruyants ou ostentatoires qu'auparavant. En clair et autant que faire se faire se peut, le président s'est mis à voyager sur la pointe des pieds. Mais pointe des pieds ou pointe des ailes, le fait de la frénésie du voyage saute aux yeux.

Et du coup, tout esprit curieux se demande pourquoi M. Yayi aime-t-il tant voyager–sans se soucier des milliards que cela coûte chaque année au contribuable ?
Eh bien plusieurs éléments de réponse peuvent être apportés à cette question lancinante qui taraude l'esprit des citoyens. Ces éléments sont de deux ordres : il y a les positifs d'une part et les négatifs d'autre part.
Les éléments positifs :
1. –La volonté de toucher du doigt les problèmes et les questions internationaux et ce dans l’intérêt bien compris du Bénin.
2.–La croyance plus ou moins naïve que les partenaires internationaux écouteraient plus le Bénin lorsqu'il est représenté au plus haut niveau.
3.– La curiosité légitime de vivre et de participer aux procédures de représentation lors des réunions internationales.
4.– Le sens du contact, de la relation humaine, dans ses incidences sur les opportunités pour le Bénin.
Les éléments négatifs :

1.– Jouer les présidents de la république dans tout ce que la représentation internationale a de reconnaissance de la fonction dans la personne et de la personne dans la fonction. Les descentes d’avion, la féérie des tapis rouges les délégations d’accueil, les salons officiels, les lambris dorés, les suites d’hôtel, le service présidentiel, bref du dépaysement haut de gamme… ; faire le "mitoyémin"…

2.– Le goût immodéré des voyages aériens et aussi de l'impression

 

 

  d'évasion qui va avec les nouvelles rencontres, le changement de lieu, d’atmosphère, bref le dépaysement…
3.– La passion du voyage à l'étranger érigée presque en culte. Le Béninois valorise  l'étranger ; être ou voyager à l'étranger est pour lui une promotion ; c'est quelque chose de bien vu, de recherché. Le président peut ainsi égrener avec une satisfaction idiote le nombre de pays différents qu'il a visités dans le monde, où le nombre de fois qu'il a visité des villes comme Pékin, Bruxelles, New York ou Paris– plaisirs ou satisfactions dont la nature idiote n'a aucune commune mesure avec le poids disproportionné sur le budget national.
4.– Les voyages peuvent donner lieu à des trafics divers plus ou moins licites ou catholiques : rendez-vous galants, réunion avec des maîtresses, trafics des malles diplomatiques ; occasion de transferts ou de retraits illicites d'argent sur des comptes à l'étranger, etc.
Ce qu'il faut retenir de tous ces aspects négatifs qui motivent l'engouement au voyage international de M. Yayi c'est qu'ils entrent au principe du bon plaisir qui, quoi qu'on dise, est le propre des hommes politiques en général et des hommes politiques africains en particulier ; dans le vide d'idées et de patriotisme qui les caractérise, ceux-ci n'accèdent au pouvoir que pour exciter leurs zones érogènes, réaliser leurs fantasmes hédonistes, se donner des plaisirs sans fin et sans limite, plaisirs obscènes, excessifs et démesurés : dilapider le bien public, voyager, détourner, posséder des maîtresses aux quatre coins du monde, et saisir le prétexte d'une réunion internationale officielle pour régler leurs affaires personnelles, veiller sur leur fortune et se donner du plaisir.
Dans le cas de M. Yayi, la frénésie du voyage en avion a quelque chose de compulsionnel et de thérapeutique. Pour sûr, l'homme ne fait pas partie de ceux qui ont horreur de voyager en avion et qui en font un cauchemar. Au contraire, à la manière des gamins qui n'y voient qu'un jeu excitant, voyager en avion pour M. Yayi fait partie des choses qui visiblement lui apportent contentement de soi, fierté et apaisement. C'est comme un anti-dépresseur, une manière de survoler la réalité ou d'être plus proche de Dieu, qui sait ? Ce plaisir du vol aérien est si vrai qu'entre deux voyages internationaux, M. Yayi se déplace quasi exclusivement en hélicoptère à l'intérieur du pays, et pas seulement pour aller à Malanville ou Segbana, mais souvent sur de courtes distances comme Cotonou/Calavi… Ce que ne pourraient même pas faire les chefs suprêmes des réseaux françafricains qui l'ont appointé– qu'ils s'appellent Sarkozy ou Hollande.
Au total, cette manie du voyage de M. Yayi est à mettre au compte du parti pris hédoniste qui est au fond la raison capitale pour laquelle le dirigeant africain se bat, vole des élections, provoque des guerres, verse du sang pour accéder au pouvoir et y rester. Chez M. Yayi, cette manie va de pair avec la passion du vol aérien–manière de s'envoyer en l'air sur le dos du peuple ?

Aminou Balogun

copyright3