Le PCB contre l’hommage au si Vil KEREKOU

Intervention du Parti Communiste du Bénin à la cérémonie de lancement de la campagne contre l’hommage à rendre à une calamité nationale, Mathieu KEREKOU

 

   

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CONTRE LES NEGATIVISTES DES HORREURS DE LA MAL-GOUVERNANCE DE KEREKOU ET LES FALSIFICATEURS DE L’HISTOIRE

 

Le Bénin va mal. Ce constat s’entend dans toutes les couches sociales et partout. L’économie, l’administration, la justice, l’école, le sport sont minés par la magouille, l’affairisme, la tricherie, la fraude, la corruption. Les conditions d’existence des hommes et des femmes du peuple sont dégradées. La société tout entière se délite. On vit une véritable décadence morale. Il n’y a pas jusqu’aux plus hautes autorités morales et spirituelles qui ne soient éclaboussées par des scandales. L’Abbé Alphonse QUENUM parle d’un «mal être profond». « Nous avons, dit-il, dépassé le désenchantement et en sommes jusqu’au désespoir»[1].

Et pour cause : le bilan des cinquante ans d’indépendance formelle et des vingt ans du Renouveau dit démocratique a révélé le piétinement et, par conséquent, la régression du pays.

La jeunesse, sans autre repère que l’étalage officiel des contre-valeurs, vit ce désespoir face au chômage endémique et un avenir sans lueur. N’a-t-on pas déclaré, du haut de l’Etat, qu’aucun droit n’est désormais acquis et ne voit-elle pas que le parrainage sur la base des critères et canaux d’allégeance (ethniques, religieux, politiques ou financiers) supplante désormais le mérite et le droit ?

Mais, le constat général du mal être profond du pays constitue en soi un début de conscience pouvant amener à réfléchir les causes et origines du mal et permettre une thérapie. Cet exercice a également commencé. Certains se bouchent les canaux de réflexion en lançant péremptoirement que tout le monde est coupable. Par conséquent, les premiers et principaux responsables de la situation ne doivent point être recherchés et, surtout, pas doigtés. Indigence intellectuelle ou complicité d’intérêt avec ces derniers ? Certainement, l’une et l’autre. Dans tous les cas, il apparaît indécent moralement de condamner au même titre le Président de la République et le petit paysan analphabète, le Ministre et le gardien. Même si l’on suppose que le voleur d’un œuf et le voleur d’un bœuf sont guidés par le même esprit de mal, les forces, capacités et dégâts causés par le voleur de bœuf sont nettement supérieurs à celui du voleur d’œuf ! D’autres, par contre, s’enhardissent à scruter le passé pour rechercher, non seulement les responsabilités collectives, mais également les méfaits d’individus ayant eu des responsabilités particulières et importantes dans la conduite des affaires du pays, méfaits dont l’impunité sert l’instauration des habitudes de contre-valeurs, habitudes qui menacent de se cristalliser en traditions négatives.

Contre ce danger, toute la société entreprend un pénible mais nécessaire exercice de « prise en charge de la vérité »[2] afin de se frayer plus ouvertement, plus consciemment de meilleures voies d’avancement vers le futur.

Cet exercice de « prise en charge de la vérité » et de mémoire sur les origines et causes du mal être présent ne peut donc pas ne pas prendre en compte le Général Mathieu KEREKOU qui a présidé aux destinées du pays 28 ans sur les 52 ans de notre indépendance formelle. C’est dans ce contexte qu’une ONG dénommée Service National de Développement du Bénin (SNDB) décide de « rendre hommage au Président Mathieu KEREKOU du 23 au 27 octobre prochain » pour « l’humilité et la modestie de l’homme dans l’engagement politique, son implication personnelle dans une issue heureuse de la Conférence des forces vives de la Nation de février 1990 et son sens élevé de l’écoute du peuple, son désir d’une liberté d’expression »[3].Pour les organisateurs, les manifestations offriront « l’occasion de revisiter le parcours politique de l’homme à travers des communications spécifiques, l’audition de ses grands discours… » (Sic).

La période de ces manifestations n’est certainement pas choisie au hasard. Elle coïncide, en tout cas, avec le 40ème du 26 octobre 1972, date de la proclamation de la prise du pouvoir par le Chef de bataillon Mathieu KEREKOU. Le journal « LA NATION » note que l’ONG Service National de Développement du Bénin est « constituée essentiellement d’anciens appelés au service militaire d’intérêt national ». Ces éléments sont certainement très jeunes ou trop manipulés pour mesurer l’énormité de la fausseté du qualificatif de Kérékou comme ayant un « sens élevé de l’écoute du peuple » ou un « désir d’une liberté d’expression » pour ses citoyens. Ils ne peuvent pas mesurer l’horreur, le dégoût ainsi que le ridicule lorsqu’ils parlent de « l’humilité et de la modestie » d’un Président qui n’a pas hésité, selon la version officielle lue à la radio, à assassiner son ministre de l’Intérieur pour cause d’adultère avec son épouse et qui a poussé la cruauté jusqu’à inviter la population à venir voir le cadavre offert en spectacle en compagne de l’épouse « infidèle ».

Peut-on qualifier d’homme à l’écoute de son peuple un Président, ministre de la défense qui, à plusieurs occasions et à plusieurs reprises (1974, 1975, 1979, 1985), a ordonné de « tirer à vue sur tout manifestant », de « tirer sans sommation » sur des manifestants inermes, mettant en œuvre ainsi son intention de « marcher sur des cadavres » afin de conserver le pouvoir ? Peut-on qualifier de dirigeant à l’écoute de son peuple un Président qui décide de poursuivre les centaines de milliers voire des millions de ses concitoyens pour pratiques de religions traditionnelles assimilées à la sorcellerie ? Ne s’agit-il pas plutôt d’un génocidaire ?

Toute l’année 1989 de contestation populaire ouverte de son pouvoir dans la rue, KEREKOU a tout tenté pour se maintenir au pouvoir. Il a arrêté et tué des manifestants. Il a prononcé la radiation d’agents permanents de l’Etat. Il a organisé une élection présidentielle en juin 1989 où le vote de rejet massif (de son bulletin rouge) a été transformé en acceptation massive (bulletin blanc). Voilà bien un Président à l’écoute de son peuple ! Mais, tout cela a été balayé par la rue. L’armée était désorganisée et échappait à son contrôle. Même son aide de camp, les chefs de la police secrète étaient mêlés à des tentatives de coup d’Etat contre lui. La conférence nationale a été la dernière trouvaille pour contourner le peuple.

En ce qui concerne l’implication personnelle de KEREKOU dans la Conférence nationale de 1990, il faut être aujourd’hui, après vingt ans d’expérience, un parfait naïf ou un intéressé au maintien du système d’impunité pour y voir une issue heureuse pour le peuple. L’issue de la Conférence nationale a abouti à l’immunité personnelle de Mathieu KEREKOU, donc à l’impunité de tous les crimes commis par l’autocrate pendant 17 ans : crimes de sang, de pillage et de destruction économique (banques et entreprises publiques), de torture de centaines de milliers de citoyens accusés d’adeptes de pratiques sorcières, des milliers d’élèves et d’étudiants accusés d’anarcho-gauchisme, de militantisme au Parti Communiste ou de sympathie envers ce parti . La Conférence nationale a été un vaste marché de dupes voulu par l’ex-colonisateur français et ses hommes de mains pour sauver un dictateur rejeté par son peuple et maintenir le système d’oppression et d’arriération du pays. Il y avait mieux à l’époque pour le peuple : le pouvoir des travailleurs et du peuple avec ses Comités d’Action ; c’est ce qu’a soutenu le Parti Communiste. Mais, l’essentiel aujourd’hui, c’est que l’histoire (des vint deux ans) a livré son verdict : malgré la Conférence Nationale (plutôt à cause de la Conférence Nationale), aucune « fatalité n’a été vaincue », l’impunité des crimes politiques et économiques ruine le pays et nous n’avons pas progressé, au contraire ! ! !

La Conférence nationale et l’immunité personnelle accordée à KEREKOU lui ont permis de revenir dix ans durant enfoncer plus profondément le pays dans le marasme. Les dix ans de KEREKOU II et III, revenu à la faveur d’élections frauduleuses et truquées, ont livré tous les spécimens de crimes crapuleux non élucidés, de pillages, de vols scandaleux depuis le sommet de l’Etat : les assassinats de cadres de police (Koundé, Tossou) ou de magistrats (Dossou-Yovo, Coovi, président de la Cour d’Appel de Parakou) non élucidés, les défalcations sur salaires des grévistes en 2002, les élections présidentielles truquées de 2001 avec une Cour Constitutionnelle corrompue et ayant abouti à une parodie de second tour, « le fameux match amical » entre KEREKOU et Bruno AMOUSSOU ; et, surtout, les scandales financiers et économiques à répétition : escorte de véhicules d’occasion, parc tampon des 200 mètres, affaire BETA, HAMANI, TITAN, glucose transformé en sable marin, etc., puis, la tentative de révision de la Constitution pour se pérenniser au pouvoir et, enfin, l’adoubement de Boni YAYI pour assurer ses arrières et poursuivre son œuvre. Que la copie soit souvent plus pâle que l’original, c’est souvent le cas. Que Boni YAYI soit plus brouillon que KEREKOU, c’est un fait. Mais, ce dernier n’est en rien meilleur. KEREKOU est le mentor et l’inspirateur du nouveau dictateur Boni YAYI dont il assure les arrières.

Il apparaît que l’ONG « Service National de Développement du Bénin » entreprend une nième tentative de réhabilitation morale de Mathieu KEREKOU et, pire, une tentative de consécration d’un dictateur et fossoyeur de l’économie en tant que modèle en matière politique et de gouvernance. Pendant que l’on découvre que KEREKOU est bien l’inspirateur du dictateur actuel Boni YAYI, cette tentative de réhabilitation morale de l’ancien autocrate convient à tous ceux qui veulent une consécration de l’impunité des crimes politiques et économiques contre le peuple, tous ceux qui ne souhaitent pas une véritable rupture d’avec le système de contre-valeurs en cours.

Mathurin NAGO est allé solliciter KEREKOU pour que le vieil autocrate mette ses « réseaux » (sic) au service du nouveau. Abdoulaye BIO TCHANE le consulte pour des conseils et le groupe ABT a déjà déclaré faire la paix avec Boni YAYI. KEREKOU est donc le modèle d’autocrate, de pilleur impuni du pays qui sied aux hauts bourgeois et aux impérialistes. C’est ce modèle que les organisateurs de l’hommage à ses forfaits et crimes veulent faire valider.

La grosse supercherie s’est déjà mise en branle et à nu avec force tintamarre médiatique. Le Général Mathieu KEREKOU a reçu, le mardi 16 octobre 2012 à son domicile privé, les jeunes de l’ONG « Service national de développement du Bénin » chargée de faire campagne pour son « immortalisation de son vivant » en tant que « figure emblématique de la démocratie africaine » ! Mathieu KEREKOU, homme de culture démocratique, figure emblématique de la démocratie africaine ! A côté des MANDELA et autre CHISSSANO ? ! ! Tout être sensé reçoit cette initiative comme une provocation inacceptable envers la démocratie et le peuple béninois, comme une falsification grossière de l’histoire politique du pays. Et pour faire passer cette falsification, les organisateurs de l’ONG SNDS, tente une lecture négativiste des horreurs de la mal-gouvernance de KEREKOU durant ses 28 ans de règne ainsi qu’une grossière falsification de l’histoire l’histoire politique du pays en la réduisant à la période post conférence nationale. Ces organisateurs ne veulent pas voir que même pendant cette période, les dix ans du pouvoir de KEREKOU ont été désastreux à tous les points de vue pour le pays et ses hommes. Cette falsification est alimentée et reprise par tous les corrompus qui voulant l’amnésie pour le peuple tentent de réduire l’histoire du pays à la période commençant à partir de la Conférence Nationale, et la démocratie à la phrase et à la façade détachée de la gouvernance globale.

Mais l’histoire de notre pays ne commence pas en 1990. L’histoire de notre pays en tant qu’Etat date de 1894 et celle des peuples qui y vivent remonte à la nuit des temps. On ne peut, sous peine de falsification grossière réduire l’histoire des peuples à la période postcoloniale, ni l’histoire politique du pays à la période post-conférence nationale.

KEREKOU a dirigé le pays de 1972 à 1991, puis de 1996 à 2006 ; soit 28 ans. L’appréciation de son parcours politique doit se faire sur toute la période. Et quiconque évoque ce parcours honnêtement ne peut manquer de découvrir un autocrate impénitent, cynique, machiavélique qui prend, comme le caméléon, la couleur du moment et du milieu pour assouvir sa soif du pouvoir absolu et des avantages qui y sont liés. C’est tout sauf un démocrate ! De même, la démocratie, c’est-à-dire le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple ne peut se réduire à la tenue d’élections truquées et à la mascarade de séparation des pouvoirs. On doit y inclure le respect des libertés des citoyens devant la justice, devant la gestion de la chose publique. A cette aune, les nombreux scandales sous ses règnes successifs le disqualifient à jamais d’un quelconque trophée de démocratie !

Il est du rang et de la classe des Gnassingbé EYADEMA du Togo, de Ben ALI de Tunisie et autre MOBUTU du Zaïre. Seule la résistance et les luttes de notre peuple ont fait la différence. A lui et à lui seul tout honneur ! Et si, par extraordinaire, Boni YAYI, édifie une statue de démocrate en mémoire de ce tyran, ce peuple, un jour, renversera cette statue pour envoyer KEREKOU à la place qui lui convient : au musée des horreurs.

Il s’impose, par conséquent, un combat politique, éthique et moral pour les patriotes et les véritables démocrates contre les négativistes des horreurs du système KEREKOU et les falsificateurs de l’histoire à cet effet. C’est pourquoi le Parti communiste invite tous ceux qui peuvent porter des témoignages sur la véritable nature politique de Mathieu KEREKOU à ne pas se taire.

Des organisations démocratiques et de défense des Droits de l’Homme ont rédigé et publié des « livres blancs » sur les horreurs infligées par KEREKOU aux citoyens. Des commissions officielles ont entrepris des enquêtes sur les scandales économiques et les crimes de sang et de tortures de masse sous KEREKOU de la période 1972 à 1990 et de 1996 à 2006. Des hommes et femmes, civils comme militaires, ont pris la plume pour donner des témoignages sur les impostures de Mathieu KEREKOU durant ses 28 ans de régime. Le Parti Communiste estime que tous ces témoignages et documents doivent être exploités et/ou promus pour montrer le vrai visage de celui qui reste, pour notre pays, « une calamité nationale ».

Pour sa part, le Parti communiste se propose de rendre publique une brochure pour participer à ce devoir de salubrité morale pour la génération présente et future qui a besoin de modèle de courage, de dignité, de patriotisme et de probité et qui a donc besoin de rejeter l’inacceptable, la tricherie, l’apatridie, la corruption qu’incarnent les règnes successifs de Mathieu KEREKOU. La brochure examine successivement donc la chronique des crimes de sang, les attentats contre les libertés, les crimes économiques en puisant dans les documents existants. Le Parti Communiste espère que cette brochure aidera à renforcer les combats contre ces fléaux par le renversement du pouvoir de Boni YAYI et l’instauration du pouvoir des travailleurs et des peuples.

Pour l’heure, le Parti Communiste du Bénin appelle tous les démocrates, tous ceux qui ont souffert le martyre pour leurs convictions philosophiques, politiques, religieuses, patriotiques sous les horreurs de KEREKOU, tous ceux qui se sont battus encore en 2005 pour l’empêcher de manipuler la Constitution aux fins de se maintenir au pouvoir, tous ceux qui admettent que c’est l’impunité contre les crimes politiques et économiques qui inspire et encourage les agissements du pouvoir de Boni YAYI, tous ceux qui pensent qu’une éthique nouvelle doit désormais guider l’action des dirigeants, le PCB les invite à se lever pour s’opposer à l’entreprise provocatrice d’immortalisation en tant que démocrate d’un bourreau du peuple et d’un fossoyeur de l’économie nationale.

Enfin, si KEREKOU avait encore un peu de dignité ! KEREKOU, depuis 1991, bénéficie d’une immunité personnelle qui le soustrait arbitrairement à toute action judiciaire en tant que prévenu ou témoin. Cela suppose que l’ancien dictateur sait bien qu’il a des choses graves, immondes à se reprocher. L’immunité à lui accordée sonne en fait comme une dalle de béton coulée sur un amas de pourritures qui, autrement, empoisonneraient l’atmosphère. C’est finalement une sorte de condamnation morale du dictateur.

La campagne des jeunes corrompus et manipulés par un de ses fils, Moïse KEREKOU, et animée par des éléments éhontés et incapables de moindre regret (HOUDOU Ali, YACOUBA Fassassi, Félix IROKO, Patrice OUSSOU GUEDE, etc.) sur la base de prétentions pseudo-scientifiques et de falsification négativiste visant à immortaliser le chef tortionnaire, pilleur comme une « figure emblématique de la démocratie africaine », est une tentation de badigeonner cette dalle d’un vernis moral. Il s’agit évidemment d’une monstrueuse imposture, d’une insulte à la science, à la démocratie, à l’intelligence, à la morale et au peuple béninois.

Mais, si, par hasard, KEREKOU, lui-même, estime qu’il peut prétendre à un tel hommage, pourquoi ne renonce-t-il pas à l’immunité personnelle dont il jouit pour se mettre à la disposition de la Justice de son pays ? Il se targue d’être un soldat, un officier. Le devoir du soldat et l’honneur de l’officier ne lui commandent-ils pas de se mettre à la disposition de la Justice de son pays pour qu’éclate enfin la vérité sur son parcours politique, les assassinats et forfaits à lui attribués ?

Alors, le Parti Communiste lance ce défi à Mathieu KEREKOU :

Général Mathieu KEREKOU, si vous estimez être blanc, si vous estimez avoir agi avec dévouement et honnêteté au service du peuple, enlevez la couverture de honte que constitue votre immunité et mettez-vous à la disposition de la Justice de votre pays !

Et ce sera justice !

Cotonou, le 22 octobre 2012

Le Parti Communiste du Bénin


[1]Abbé Alphonse QUENUM : « Où en sommes-nous, où allons-nous » in « LA CROIX AU BENIN » n° 1192 du 29 juin 2012

[2]Ibidem

[3]Le journal « LA NATION » du mardi 04 septembre 2012

 

   

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