Publié dans Porque

Pourquoi en Langue Yoruba, fait-on des Vœux à la Forme Négative ?

blog1

Pourquoi en langue yoruba, fait-on souvent les vœux, les souhaits ou les prières à la forme négative ? .Pourquoi dit-on : « Ko ni badjè foun è  » au lieu de « O da foun è » ?

En fon, langue culturellement étalonnée sur le yoruba, on adopte parfois la même démarche. Comme lorsqu’on dit : « Vi na dja zon an » ; «  Azo nan gblé a ». Toutefois, à y regarder de près, on se rend compte que la négativité exprimée dans la langue fon est une négativité descriptive et spécifiante ; elle ne semble pas structurelle. Tandis qu’en langue yoruba le vœu « konibadjè foun è » est structurel et renvoie à une généralité non spécifiée. Il n’a pas son équivalent en fon.


Les vœux sous forme négative semblent suggérer que culturellement on est centré sur l’appréhension du mal et sa survenue plutôt que sur l’espoir du bien. Dans la culture yoruba, on pense que le bien est l’absence du mal. Et on demande à Dieu de nous préserver du mal, sachant qu’on est prêt soi-même à prendre en charge le bien : pour soi ou pour autrui. Ce qui suggère une éthique de la responsabilité et du lien social

C’est dire que cette différence linguistique est à la fois culturelle, philosophique et éthique. A-t-elle quelque chose à voir avec la force du lien social chez les Yoruba, leur dynamisme géographique et économique ? A contrario, les Fons qui dans la structure formelle de leurs vœux ne se centrent pas sur l’appréhension du mal sont-ils moins entreprenants et moins positifs envers leurs semblables ? La moindre préférence des vœux à structure formelle négative, ou la préférence accordée à la structure simplement descriptive rendent-elles raison du tchédjinnnanbisme des Fons et autres proto-Adja ? Justifient-elles le fait que, par comparaison aux Yoruba, le lien social est moins fort chez les Fons qui, à certains égards, sont moins collectifs, moins unis et moins entreprenants que les Yoruba ? Il faudrait toute l’acuité analytique d’un Max Weber pour aller au fond de ces questions assurément passionnantes.

Professeur Cossi Bio Ossè

copyright5