Mon Idéo Va, court, Vole et Tombe sur…
Opération Nomination
Yayi Boni a fait de la nomination le cœur de sa politique clientéliste et régionaliste. Usant jusqu’à la corde et non sans délectation son pouvoir de nommer. Parfois comme dans le cas de la Direction du Port autonome, remettant sans cesse l’ouvrage sur le métier, comme s’il était à la recherche de l’oiseau rare ou de l’équilibre politique idéal. Pesant, soupesant, repesant : un véritable travail d’apothicaire de la nomination !
Quoi qu’il en soit, quand Yayi Boni nomme un Ministre ou un Directeur d’une grande société en vue, il le fait clairement dans un esprit et selon une démarche et des signaux régionalistes. Et encourage l’heureux nommé d’aller apporter la bonne nouvelle dans les hameaux, villages, communes et région d’origine. L’heureux nommé n’est plus nommé ou en tout cas pas seulement en raison de ses mérites personnels, mais en tant que fils de tel ou tel terroir bien identifié, à qui on demande d’aller porter la bonne nouvelle aux siens, et de la fêter comme cela se doit. La chose se fait dans un va et vient devenu rituel. Le Ministre ou le Directeur fraîchement nommé va dans sa région faire la nouba et les éloges de la magnanimité du Président, de son attachement à leur région. Puis en un deuxième temps, l’heureux nommé fait monter toute une horde bigarrée des siens dans la Capitale pour fêter à nouveau frais l’événement et prendre possession du Ministère ou de la Société, considéré principalement et passionnément comme leur chose, cadeau du Chef de l’État à leur région, à travers la personne émérite et digne de leur fils, frère, cousin, nièce, petit fils, congénère, amis, etc.
Ce schéma irréfutable illustre l’ethnologie politique de la nomination sous Yayi Boni. Dans son illumination populiste, le timonier du changement oublie qu’il est d’humeur changeante, et que c’est surtout cette humeur-là qui est la seule chose qui change au Bénin depuis 2006. Il oublie que ses Ministres ou ses Directeurs de Société, il les change aussi souvent qu’il change de chemise. Ainsi, après avoir mis une région à l’honneur par sa subtile et non moins bruyante nomination, avec une alacrité compulsive et quasi régulière, il se la met à dos quelques mois plus tard par une démission mal vécue ou un limogeage, qui frise souvent l’abus d’autorité ou le fait du monarque. Politiquement la méthode ne paraît pas rentable. Elle traduit certes la tendance à gouverner selon l’humeur du moment et l’espoir fantastique de gain médiatique à court terme ; mais le Président est loin d’en sortir gagnant. À quoi bon exciter l’amour propre d’un homme, l’espérance d’une région si c’est pour les frustrer à la première occasion ? La méthode est aussi légère que génératrice de rancœurs tenaces. Pour tout dire, elle manque de cohérence. Se sachant affligé d’une versatilité aussi chronique que compulsive, au lieu d’afficher la vision régionaliste des nominations – même et surtout si elles le sont – n’est-il pas plus sage d’en rester à l’approche rationnelle basée sur la seule citoyenneté et la compétence universelle ?
Du coup, quand le Ministre ou le Directeur révèlerait son incompétence, il serait plus facile de le limoger. Et les rancœurs régionalistes qui empoisonnent la vie politique nationale suite à ces vicissitudes seront limitées à leur plus simple et somme toute normale expression. Le coût politique de l’opération en serait minoré
Faute de comprendre cela, Yayi Boni se débat comme un diable jeté dans l’eau bénite de sa passion régionaliste
Éloi Goutchili
Copyright, Blaise APLOGAN, 2009,© Bienvenu sur Babilown
Non seulement Yayi Boni, mais tous les dirigeants futurs de ce pays et d’ailleurs sur le continent auraient intérêt à prendre en compte l’opinion exprimée dans cet article
Thomas Coffi
Cher ami, vos commentaires posent souvent un cas de conscience. En l’occurrence on ne sait pas si vous voulez dire que le mal est général en Afrique et que Yayi Boni n’est qu’un cas parmi d’autres. Or comme vous l’aurez remarqué Babilown n’est pas consacré à cette fiction qu’on appelle Afrique. Mais au Bénin, qui est déjà à son échelle une fiction que nous cherchons à réaliser, à toucher de façon concrète. Donc si ce qui est dénoncé dans cette note concernant notre pays et son régime actuel est un mal, pourquoi ne pas le dire proprement et à guichet fermé ? Nous on n’est pas là pour euphémiser ou relativiser les travers de Yayi Boni, vu que ce n’est pas seulement des travers mes des vices monstrueux qui coûtent cher au pays : regardez le seul domaine de la liberté de presse où les dégâts causés sont immenses et quasi irréparables ; et cette entorse est le paradigme de la dérive du régime actuel : doit-on aller faire le tour de l’Afrique avant de la stigmatiser à sa juste mesure ? Manière de noyer le poisson ?