LPV : La Mort de Djanta

Une Œuvre de Christophe, Sourou Hounkpèvi

PREFACE

Je croyais que l'art d'écrire était un privilège réservé uniquement aux littéraires, aux talents avérés. Lorsque mon collègue, Christophe Hounkpèvi, cadre émérite de mon pays, le Bénin, m'a fait l'honneur de me remettre le manuscrit de sa première production littéraire, je n'en croyais pas mes yeux. Au fur et à mesure que j'en parcourais les pages, j’avais l’impression de replonger dans les méandres de cette Afrique des temps anciens où le vieillard était le seul dépositaire de la tradition et, partant, du pouvoir de savoir et de tout savoir. Bien évidemment, cela lui conférait une position privilégiée au sein de la société. Le vieux Djanta incarne ce personnage authentique africain dont l'influence l’influence dans la communauté s'amenuise au rythme de la modernité.

Au-delà du titre, La mort de Djanta est une œuvre romanesque chargée d'histoire et porteuse d'enseignements. Si la démocratie pouvait s'apparenter à la reconnaissance des peuples à gérer librement leurs affaires par des méthodes inspirées des valeurs culturelles et ancestrales propres, l'Afrique gagnerait à s'identifier par rapport à elle-même plutôt que de s'enfermer dans un mimétisme social aveugle, calqué sur des valeurs exogènes.

Le roman de Christophe Hounkpèvi est une excellente peinture de la société africaine en voie de disparition où tout n'était pas forcément mauvais (…)

Docteur Mansourou AREMOU

Quatrième de Couverture

Au-delà de la mort de Djanta, d'autres morts celles complètement innocentes de trois enfants en bas âge, qui semblent victimes des manigances occultes du député, pour que rien ne vienne empêcher le déroulement de la campagne électorale qui doit lui permettre de renouveler son mandat au Parlement. Au-delà de toutes ces morts de type physique, il y a la mort de l'idéal politique opportuniste qui caractérise bon nombre d'hommes politiques africains, en général, et béninois, en particulier. Toutes ces leçons se bâtissent sur l'histoire de Sakohoungbé, un ancien du Conseil des notables de Yélianko, qui décède; rien de particulier ne devait arriver si le défunt n'avait été le beau-père du député. C'est le point de départ d'un parcours qui nous amène à des obsèques inoubliables mais aussi à une sécheresse qui éprouve les populations de Yélianko, et qui détermine toutes les autres actions du roman

Biographie de l’auteur

clip_image002Christophe Sourou Hounkpèvi, né en 1958, Èkpè, fait ses études primaires à Djeffa, de 1964 à 197 1 où il obtient le CEP, II passe le premier cycle du secondaire au Collège d'Enseignement Moyen Général d' Èkpè. C'est au Lycée Béhanzin de Porto-Novo qu'il réussit au BEPC et au BAC, respectivement en 1977 et en 1980. Attiré par l'éducation physique et sportive, il entre à l'Institut national d'Enseignement d'Education Physique et Sportive (INEEPS) de Porto-Novo, de 1981 à 1985, où il obtient le Certificat d'Aptitude su Professorat d'Education Physique et Sportive(CAPEPS) en 1985. De 1991 à 1993, II reçoit, en Côte d'Ivoire, le Certificat d'Aptitude à l'Inspection de la Jeunesse et des Sports. Sénégal, Paris, Tunisie, Nigeria: il s'est fait former sous des cieux divers, toujours dans le même domaine. Cadre supérieur de l'administration béninoise, Chevalier dans l'Ordre du Hérite du Bénin, il occupe des postes de responsabilités : Directeur Adjoint puis Directeur du Sport d’élite au Ministère de la Culture, de la Jeunesse, des Sports et Loisirs, de mars 2004 à février 2007. Apparemment, rien ne prédisposait l'Inspecteur de la Jeunesse et des Sports à la littérature. Pourtant, amoureux des belles lettres, il en est un parfait autodidacte; entre deux réunions, il prend souvent le temps de griffonner quelque chose.

Extrait

«Vive l'Honorable! Vive la patrie! Vive le chef du PNSD, bienfaiteur de la patrie, protecteur de la femme sans défense, de l'enfant et de l'instruction! Je vous remercie. Le roulement d'un tambour et un incendie de cris éteignent une mer d'applaudissements. C'est un groupe de jeunes gens, qui arrive. Dans leur dos, écrit au charbon, en grosses lettres, « DJANTA »; on ne sait combien ils sont. Pour ceux qu'on réussit à voir, torse nu, chapeau et culotte rouge, ils traversent la foule et se figent devant le député. Celui-ci, la main droite crispée sur la rampe du podium, promène son visage sur la foule, le visage d'où s'est envolé le sourire qui soulevait ses joues. L'atmosphère est glaciale. Peu à peu, les partisans se taisent et observent. L'étrange groupe marche, menaçant, vers le député. L'Honorable est isolé, entouré par un cercle d'individus, prêts à le défendre. Mais, les pseudo-gardes suffisent à peine à repousser les assaillants.

»Ils réussissent, comme par magie, à prendre en otage le député et à disparaître presque au même moment. Ils chantent, deux du groupe l'emportent par le cou :

«Tu as tué Djanta, pas vrai?

Moi, tuer Djanta ? Qui est Djanta?

Tu ne connais pas Djanta ! Tu vas voir!»

»Un géant, « gros bras », tient maintenant seul son cou dans l'étau de ses deux mains de fer. Personne ne voit plus l'Honorable, on l'a transporté dans un coin des coulisses. On entend le dialogue entre son interlocuteur et lui par le biais d'un des micros de la manifestation :

»Tu vas avouer devant cette foule, devant tes électeurs, comment tu as fait disparaître Djanta, et même, avant cela, comment tu as pillé la Société Nationale des Lumières, comment tu as détourné les vivres de la communauté internationale, comment tu les as utilisés pour te faire valoir pendant l'une de tes campagnes électorales, tu diras comment tu as une main noire dans le triple décès des petits-fils de trois notables de Yélianko; tu préciseras enfin à combien s'élève ta fortune personnelle et où tu trouves tout cet argent pour faire toutes ces libéralités, toi qui n'es pas homme d'affaires et qui n'exerces plus, depuis près de dix ans, ton minable métier d'aide-comptable. Tu as seulement quelques secondes pour répondre à toutes ces questions ou, on t'étrangle en direct, devant tous tes militants qui votent pour toi depuis des années, sans savoir qui tu es. Rassure-toi, nous n'avons pas peur de la prison, ni de la peine de mort; notre groupe va se rendre à la police et à la gendarmerie, quelques secondes seulement après ton assassinat, par étouffement manuel, que toutes ces respectables populations de Yélianko, longtemps flouées, vont vivre à partir de ce micro; elles vont voir comment ton maudit souffle de démon métamorphosé en ange, va s'échapper de ce sale corps que tu as passé le temps à engraisser avec l'argent du peuple, avec les sous de tout le pays et de Yélianko. On s'en fout qu'on nous condamne à mort, car nous n'avons plus de vie. Djanta, le chef de notre cellule, est mort, nous n'avons plus rien à perdre. Nous n' avons pas de travail, nous n'avons aucune perspective, nous n'espérons rien de l'avenir et, tu vas payer pour tous les hommes politiques de ton acabit, qui écument les régions du pays et qui vont s'installer à l'Assemblée pour dormir, pour opérer des retournements de veste spectaculaires qui ne profitent qu'à eux, pour marchander leur vote, pendant que nous attendons les projets de loi que vous promettez toujours depuis des années, pour sortir ce pauvre Yélianko, ce déchiqueté pays, de la misère que nous vivons au quotidien. Que peut valoir alors notre vie de chien que le Sage Djanta s'acharnait à récupérer, à sortir de la délinquance, notre vie que tu as de nouveau sacrifiée en faisant tuer notre seule lumière parce qu'elle a menacé de révéler dans quelles conditions tu as provoqué la sécheresse en pleine saison des pluies, une sécheresse qui, en peu de temps,-a fait plus de dégâts que la véritable? Parle vite, nous avons des témoins. Tout cela s'est dit d'un trait,, un silence absolu s'installe. »

La Mort de Djanta, Christophe, Sourou Hounkpèvi, Bas Relief, éditions, Cotonou, 2007

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