Présidentielle au Bénin : l’illusion démocratique face au spectre de l’abstention

La situation politique au Bénin présente, à bien des égards, une singularité troublante à l’occasion de l’élection présidentielle qui se tient aujourd’hui. Le pouvoir en place semble avoir déployé une stratégie d’une redoutable efficacité : conserver le contrôle tout en donnant, en apparence, les gages du respect des règles démocratiques.

Une architecture politique verrouillée

Au fil des dernières années, plusieurs signaux ont contribué à redessiner le paysage institutionnel. La réduction drastique du nombre de groupes parlementaires à l’Assemblée nationale a alimenté les critiques, certains observateurs allant jusqu’à qualifier le Parlement de simple chambre d’enregistrement. À cela s’ajoute l’élimination progressive et méthodique de candidatures crédibles à l’élection présidentielle.

Dans ce contexte, le rôle de certaines figures politiques, notamment Yayi Boni, est également pointé du doigt. Ses erreurs stratégiques et ses positionnements jugés trop marqués par des logiques régionalistes ont, selon ses détracteurs, facilité le travail d’un pouvoir déjà déterminé à neutraliser toute opposition structurée.

Le paradoxe de la candidature sans enjeu

Le verrouillage du jeu électoral a conduit à une situation inédite : une élection vidée de sa substance compétitive. La perspective d’une candidature unique ou quasi unique — incarnée notamment par Romuald Wadagni, largement pressenti pour incarner la continuité du régime — pose une question fondamentale : peut-on encore parler d’élection lorsqu’il n’existe plus de véritable choix ?

Le pouvoir semble avoir sous-estimé un facteur essentiel. En supprimant toute incertitude électorale, il pensait garantir une victoire incontestable. Mais il découvre, peut-être trop tard, que la légitimité ne se décrète pas uniquement par l’absence d’opposition.

L’abstention comme ultime expression politique

Privé d’alternatives crédibles, le peuple conserve néanmoins une forme de pouvoir : celui de ne pas participer. L’abstention devient alors un acte politique en soi, une manière silencieuse mais puissante de contester un processus perçu comme biaisé.

Ce refus de « jouer le jeu » transforme une élection maîtrisée en risque symbolique. Car une faible participation viendrait fissurer le récit d’une consultation populaire réussie. Elle révélerait, en creux, le désengagement d’une population qui ne se reconnaît plus dans l’offre politique proposée.

Une réaction tardive du pouvoir

Face à cette menace, la réaction du pouvoir apparaît précipitée. Les appels à la mobilisation électorale se multiplient, comme une tentative de dernière minute pour susciter un engouement qui n’a jamais été réellement encouragé. Pendant des mois — voire des années —, la stratégie a consisté à marginaliser le citoyen du processus décisionnel. Et soudain, à l’approche du scrutin, celui-ci redevient indispensable.

Certaines propositions, plus radicales, ont même émergé, évoquant l’idée de rendre le vote obligatoire, transformant ainsi l’abstention en faute civique, voire en délit politique. Une fuite en avant révélatrice d’un malaise plus profond.

Le piège du mépris politique

En définitive, le pouvoir semble aujourd’hui confronté à une contradiction qu’il a lui-même créée. En faisant abstraction du peuple dans la construction de son dispositif politique, il se retrouve pris au piège de cette même absence.

Tout a été anticipé, organisé, verrouillé. Mais un élément a échappé à ce contrôle : la capacité des citoyens à se retirer du processus. L’abstention, longtemps négligée, devient alors une tache potentielle sur l’image d’une élection que l’on voulait irréprochable.

Ce paradoxe souligne une réalité essentielle : une démocratie ne se mesure pas uniquement à l’existence d’élections, mais à la sincérité du choix qu’elles offrent et à l’adhésion réelle des citoyens qu’elles prétendent représenter.

Amouda Bachirù

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