
Ne pouvant être candidat aux présidentielles de 2026 — suite aux querelles d’égo et de tribus de son parti, et du machiavélisme subtil du système électoral —, M. Renaud Agbodjo, tel un César désarmé, annonce son retrait de la vie politique béninoise. Un retrait, précise-t-il, provisoire : car en politique, on ne disparaît jamais tout à fait, on fait juste une pause stratégique en attendant la prochaine saison, les prochaines opportunités à temps ou à contretemps.
Il dit vouloir se consacrer à sa famille, à son cabinet et à ses proches. Ô noble retraite ! Ô subite redécouverte des valeurs domestiques ! Famille, amis, collaborateurs — réjouissez-vous : vous voilà promus refuge officiel du désenchantement politique. Pendant que le peuple digère le dernier coup de théâtre électoral, le héros déchu range sa cape, se soigne l’ego et retourne à ses affaires, à sa vie, comme si la politique devait être opposée à la vie.
Entre-temps, il n’est évidemment pas question de descendre dans l’arène poussiéreuse des fonctions locales. Être maire, député ou conseiller à Savè, Kétou ou Adja-Ouèrè, ne serait-ce que pour fouler le sol de son histoire tribale ? Quelle idée ! Trop modeste, trop concret, trop proche du peuple réel. Et puis, à quoi bon se mêler aux petites misères des communes quand on a déjà rêvé de présider tout un pays ? Non, M. Agbodjo ne vise pas le service, il vise la stature. Il ne cherche pas à construire une route, mais à écrire l’Histoire — en majuscule, s’il vous plaît.
Il parle de ses « sympathisants » putatifs comme d’une armée invisible, fidèle et fervente. Mais soyons honnêtes : avant que Yayi Boni, en un élan douteux, ne le catapulte candidat du LD, combien de Béninois savaient seulement qu’il existait ? Très peu. Et pourtant, le voilà convaincu que la nation entière retient son souffle, attendant son retour comme un Messie en exil. Ah, la foi ! Si elle déplaçait les montagnes, M. Agbodjo régnerait déjà.
Mais que serait le Bénin politique sans ces feuilletons d’ambitions contrariées, ces scènes d’intrigues internes, ces trahisons en coulisse ou des milliards voltigent dans tous les sens ? Ici, les partis sont des champs de bataille et les gouvernements des laboratoires de machination. Les plus rusés tirent les ficelles, les autres tombent dans les filets — et chacun crie à l’injustice. M. Agbodjo, lui, crie au complot, victime désignée du théâtre machiavélique d’un système où l’idéalisme finit toujours étranglé par la ruse.
Alors, il s’en va, la tête haute, gonflé d’une assurance que personne ne lui a jamais contestée – puisqu’il n’avait, avant sa soudaine « révélation », pas grand monde pour la contester. On ne sait trop d’où lui vient cette conviction d’être indispensable : peut-être d’un miroir trop flatteur, peut-être d’un entourage qui confond courtoisie et flagornerie. Car enfin, avant que le calcul tribal et l’opportunisme d’appareil ne le hissent sur la scène, qui, au juste, avait entendu prononcer son nom ?
Mais voilà, M. Agbodjo a goûté à la lumière, et croit désormais qu’elle lui est due. Il parle du peuple comme d’un public impatient, suspendu à son retour, alors que le peuple – ce grand distrait – ne se souvient même pas qu’il est passé. Sûr de son étoile, il confond l’éphémère projecteur d’un parti en déroute avec la lueur de la légitimité.
Pourtant, il y croit, obstinément. Il est persuadé d’être victime d’un complot qui le prive de l’opportunité de présider un pays, sans y a voir jamais été ou tenté d’être maire, député, ministre ou conseiller municipal. Il quitte la scène en se croyant tragédien, alors qu’il n’a jamais été que figurant d’un drame écrit par d’autres. Et déjà, celui qui se croit né avec une cuiller présidentielle en or dans la bouche, n’écarte pas l’éventualité de revenir, convaincu qu’un jour, l’Histoire se rendra compte de l’avoir oublié par erreur.
Car pour M. Renaud Agbodjo, une chose est sûre, définitive, presque sacrée : c’est Président — ou rien.
Aminou Balogun
