
Sous Macron, le gouvernement donne dans l’euphorie de l’égalitarisme racial et nomme volontiers des ministres Noirs, histoire de faire patte blanche en terme d’inclusivité. Sous Sarkozy, c’était la figure de la femme arabe qui jouait ce rôle, le mâle arabe, barbu, passant mal et n’étant pas politiquement digestible.
Mais dans l’euphorie de son élection en 2017, Macron a passé la barrière de la couleur et n’a pas hésité à nommer Sibeth Ndiaye comme porte-parole du gouvernement – poste dont la visibilité ou l’exposition médiatique n’a rien de marginal. En cela, il ne faisait que faire le lien entre la tradition sarkozienne portée sur la figure féminine lorsqu’il s’agit de représenter l’autre, les autres. Car, outre la figure phare de Rachida Dati sous Sarkozy, qui était le fleuron de l’Afrique blanche, il y avait aussi la figure de Rama Yade qui était sa pendante d’Afrique noire. C’est donc dans ce sillage et sous ce modèle déposé, que Macron s’inscrit en nommant Sibeth Ndiaye comme ministre en vue de son premier gouvernement. Lors de son 2nd mandat, voilà que tout décomplexé, Macron casse le moule de la formule et s’émancipe de l’excuse du genre. Par son geste, il comprend que l’autre ne saurait être politiquement réduit à être une femme mais peut être aussi un homme : d’où la nomination de Pap Ndiaye. Ce dernier a peut-être l’excuse d’être métis. Mais son origine sénégalaise ne fait l’ombre d’aucun doute.
Le fait que sa nomination des figures de l’autre relève de formules bien pesées et reproduites en toute conscience est bien illustré, par ce que de Sarkozy à Macron, les ministres africains nommés, quel que soit leur sexe, sont tous d’origine sénégalaise. C’est qu’il existe une tradition de naturalisation du Sénégalais comme figure idéale de l’Africain dans le domaine politique ou régalien qui va au-delà des Senghor et qui est Incarnée historiquement par le Tirailleur. Le slogan de cette logique pour la préservation de la tolérance des Français à l’autre est : « Des Noirs oui, mais des Sénégalais.” Cela révèle aussi une représentation néocoloniale du Sénégal, non pas comme un pays indépendant, mais comme paradigme de l’État colonial qui n’est qu’un département français. Mais le clou de cette logique est aussi le revers de sa sombre médaille. Au premier remaniement, le Noir est vidé comme un malpropre, sans ménagement. A la légèreté de sa nomination fait pendant la facilité de son sacrifice : Sibeth Ndiaye a fait les frais de cette logique, et n’a été ministre que quelques mois. Et maintenant c’est au tour de Pap N’diaye d’être sacrifié. Moralité : nommer un ministre seulement parce qu’il est noir, femme noire ou Noir sénégalais, ce n’est pas un principe politique qui tient dans la durée. Passer le coup médiatique, l’euphorie retombe vite, et le Noir est aussi vite sacrifié qu’il a été nommé. On ne le supporte plus, il faut vite s’en débarrasser avant qu’il ne soit trop tard. Il retombe dans l’anonymat d’où il a été tiré, comme un lapin du chapeau d’un magicien.
Ahandeci Barlioz
