Afrique : Sankara et la Masse Critique

Lorsque naguère quelqu’un comme Sankara émergea pour porter haut la voix de l’Afrique, suivre la voie vers son intégrité, vers l’Afrique réelle, saper les bases de l’Afrique imaginaire de la Francophonie et du Franc CFA, la masse critique de ses pairs inféodés au système était trop grande. C’était une évidence de servir la France, une hérésie de tenter  de résister à son emprise prédatrice.

Sankara n’était pas seulement minoritaire,  mais il était isolé. Voix solitaire dans le désert de la justice pour l’Afrique, rangée dans le réservoir de la sous-humanité, taillable et corvéable pour l’éternité. On pouvait alors l’éliminer, sans avoir de compte à rendre à personne, pourvu que le sale boulot fût fait par un des siens. A l’instar de Sankara, avant et après lui, les héros solitaires, non pas tant parce qu’ils étaient héros que parce qu’ils étaient solitaires, étaient éliminés au cas par cas.

C’est clair que jusqu’à Gbagbo, ces  héros ne constituaient pas une masse critique suffisante. Maintenant, un peu partout en Afrique, les  héros d’une Afrique libre, réelle et souveraine, sans franc CFA ni francophonie sont légion ; ils piaffent d’impatience d’inverser la donne, de donner à l’Afrique ce qu’elle mérite, ce dont elle a été injustement privée depuis ses siècles par les Blancs et la bêtise de quelques-uns des siens :  Guinée, Burkina, Mali, République Centrafricaine, et même le Sénégal !

Et les tueurs ne savent plus à quel saint se vouer : les temps ont changé, et la masse critique des bienfaiteurs de l’Afrique est en passe de se substituer au dernier carré des rescapés de ses malfaiteurs… la tourbe infecte de ses vendus. Mais la France, et d’une manière générale l’Occident, n’a pas encore dit son dernier mot.

Adenifuja Bolaji