Sénégal-France: le Concert du Silence

De tous les pays francophones d’Afrique, le Sénégal – depuis Senghor qui en a déposé le modèle dans les consciences collectives – a toujours valorisé la référence et l’imitation de la France. C’est devenu  la vocation existentielle des élites de  ce pays  qui a été à l’agression coloniale française ce que l’épagneul  est au chasseur.

Et, dans cette crise politique où la dérive narcissique et l’hubris d’un homme ont plongé le pays dans la violence meurtrière, il n’est pas jusqu’au silence indigne de Macky Sall qui n’apparaisse comme une réplique mimétique du curieux silence de la France et de Macron. Plus de 20 jeunes enfants ont été tués au Sénégal, pré carré historique de la France pour des idioties narcissiques de troisième mandat inconstitutionnel, et la France officielle se terre dans un silence de mort.

Il est vrai que si un président noir d’Afrique ne donne pas cher de la vie de ses propres congénères, ce n’est pas à des Blancs — fussent-ils français — qu’on ferait le procès en insensibilité. Sans compter que – de la Côte d’Ivoire de Gbagbo à la Côte d’Ivoire de Ouattara —  la France sait faire preuve d’une cynique sélectivité dans son souci pour le respect des droits de l’homme et de la Démocratie en Afrique noire. Souvent, elle pousse des cris d’orfraie lorsque ces violations sont imaginaires, et se tait lorsqu’elle sont réelles et crèvent les yeux ; sinon généralement silencieuse, comme le montre les cas de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Gabon, du Congo, elle n’hésite pas à se faire adoubeuse de putschiste comme au Tchad avec le fils Déby.  

Le moins que l’on puisse dire est que ce triste concert de silence est assourdissant !

Aminou Balogun