Bénin, l’Hôpital et la Charité Française : Indépendance et Intimité Nationale

Tous les pays souverains dignes de ce nom possèdent un espace régalien. Un tel espace est à la fois national et intime.

Au Bénin, pays qui se dit ces jours-ci indépendant –même si c’est pour rire, car personne n’est dupe de cette vue de l’esprit, géopolitique — nous pouvons dire que la zone de la Marina où se trouve la Présidence de la République assume a priori cette fonction d’espace régalien national. Dans cet espace, outre certaines institutions de l’Etat et surtout la Présidence rénovée — de l’intérieur comme de l’extérieur — par le régime Talon, se trouve aussi l’hôpital –l’ex 350 lits — construit dans la foulée de l’indépendance bidon avec l’avènement miraculeux d’un homme — Hubert Maga– qui ne doit son règne logiquement bancal qu’aux intrigues diaboliques de la France. Hôpital d’ailleurs qui, dans l’esprit de parité hémiplégique ( Nord Sud, mais jamais Est-Ouest) qui caractérise le théâtre politique national, prendra le nom Hubert Koutoukou Maga. Bien que nommé d’après un Président de la République, l’hôpital, par sa fonction et la population qui la fréquente dépareille dans ce paysage institutionnel dédié à la politique. Monsieur Talon ne s’y est pas trompé qui, dans la foulée de la rénovation de la Présidence, a fait faire à l’hôpital qui naguère faisait face à la présidence, une rotation de 180 degrés plaçant désormais l’entrée principale et populaire du côté du camp Guézo. Une manière d’éloigner le peuple de cet espace réservé aux gens propres et bien portants qui se font évacuer le cas échéant en Europe, et de renvoyer le peuple à sa misère et à son mouroir.

Or, au moment où on éloigne le peuple de cet espace où on ne veut pas le voir, on constate que dans cet espace intime se trouve l’Institut français dont le domaine, avec la Maison de France, chevauche carrément sur l’espace de la Présidence. Une connivence topologique qui, bien qu’en violation avec toutes les mœurs internationales en matière de préservation de l’intimité de l’espace régalien, fait la fierté du gouvernement Talon qui a œuvré pour l’agrandissement de l’Institut Français dans cet espace !

Cette intrusion est une flagrante violation de l’intimité nationale, — la preuve que nous ne pouvons avoir nulle place où la France ne s’insinue, ce qui s’ajoute au puzzle déjà complexe de notre dépendance, à l’inexistence de souveraineté qui caractérise le théâtre pathétique de notre existence d’Etat, juste pour rire…

Par comparaison, comme le montre le plan de la zone de Paris où se situe l’Elysée, la Présidence française, aucune représentation ou institution étrangère n’est admise dans l’espace, encore moins mitoyenne à la présidence comme c’est le cas avec le domaine français et la Marina, Présidence du Bénin.

Avec un régime qui donne volontiers dans une Béhanzin-mania de pacotille, il est de bon ton de rappeler que c’est contre les allégations d’une vente présumée de Cotonou aux Français par son Père Glèlè que Béhanzin s’est élevé. Ce refus de céder une once de son territoire a constitué l’une des pommes de discorde de la guerre coloniale que les Français ont livrée au digne roi. Au prix de sa liberté puis de sa vie, Béhanzin a relevé le défi; sans doute dans l’espoir que ses descendants que nous sommes sauront porter fier et haut le flambeau de la liberté. Or malheureusement, nos grimaces, simagrées et complaisance avec les Français, qui n’ont pas renoncé à leur entreprise coloniale, prouvent si besoin en est que nous avons fait le choix de la trahison au lieu de la fidélité à l’espérance de nos ancêtres.

Et avec tout ça, nous nous disons indépendants ?

Aminou Balogun

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