L’égalité d’une féministe (noire)

Axelle Jah Njiké

Axelle Jah Njiké milite pour l’accès à une sexualité épanouie, pour toutes les femmes, noires en particulier. En montrant que l’intime est politique, elle informe, fait évoluer les représentations, écoute les paroles des victimes : en changeant sa vie, elle change la vie des autres.

Nous rencontrons Axelle Jah Njiké début mars 2022. Le rendez-vous au Fumoir, un café du 1er arrondissement dont elle est une habituée, qu’elle apprécie pour son ambiance « boudoir » et surtout pour sa bibliothèque mise à la disposition des clients qu’elle a elle-même étoffée. Axelle est une « lectrice vorace » comme elle le dit elle-même, la littérature l’a guidée tout au long de sa vie. Elle a aussi toujours beaucoup écrit, mais c’est aujourd’hui, à 50 ans, qu’elle vient de sortir son premier ouvrage en nom propre, après avoir pris part à plusieurs textes collectifs. Elle est à la fois très fière et très inquiète, sentant que ce pourrait être une nouvelle étape dans sa vie qui en a déjà connu beaucoup. Elle attend avec impatience les échanges avec ses lectrices et lecteurs, fébrile de la vulnérabilité que connaît toute personne qui s’expose en publiant un ouvrage. D’autant qu’Axelle se dévoile dans son livre qui s’intitule Journal intime d’une féministe (noire). Depuis longtemps, elle a fait du privé son terrain de lutte et de son identité plurielle un outil d’émancipation. Elle incarne à nouveaux frais le slogan féministe des années 1970 : le personnel est politique en nous rappelant que la sexualité, en particulier celle des femmes noires, est autant un lieu d’expression de la domination de genre, de classe, de race, qu’un levier pour la contester au quotidien. Axelle a fait de l’intime le lieu par excellence du combat pour l’égalité qu’elle mène au quotidien.

« La conversation que j’aurais aimé avoir à 15 ans »

Axelle est née au début des années 1970 au Cameroun. Très jeune, elle arrive à Paris où elle grandit élevée par les deux fils aînés de sa mère. Son adolescence sous le toit du cadet, officiellement son tuteur, est rythmée par les violences et le climat de peur instauré par ce dernier. L’école et surtout les livres sont ses refuges, elle dévore les ouvrages empruntés à la bibliothèque de quartier. C’est à la fois dans sa propre expérience des rapports de force quotidiens et dans les mots qu’elle puise çà et là pour les comprendre, qu’elle aiguise son œil critique sur la société et ses injustices. Elle ne rentre pas dans les cases où on voudrait la mettre. Elle raconte dans son livre comment, petite au téléphone, elle passe pour blanche du fait de son français sans accent. Douée à l’école, elle ne va pourtant pas aux épreuves du bac car elle s’est enfuie du foyer familial et ne veut pas risquer que son tuteur la retrouve.

Dans son existence, tenir un journal, coucher ses pensées sur le papier est un rituel nécessaire pourtant ce n’est que tardivement qu’elle rend ses textes publics. Sa première publication est une contribution à l’ouvrage collectif Volcanique, une anthologie du plaisir en 2015. Elle se retrouve embarquée dans cette aventure à la suite d’une rencontre avec Léonora Miano dont elle admire la plume et à qui elle va s’adresser à la fin d’une signature, pour la remercier de publier ce qu’elle n’a plus à écrire. Irritée par cette remarque et piquée de curiosité, l’écrivaine demande à Axelle de lui envoyer ce qu’elle produit et après lecture, l’incite vivement à poursuivre dans cette voie. Quelques mois après cette interaction, Léonora Miano invite Axelle à participer à l’ouvrage qu’elle dirige sur la jouissance féminine. Elle est la seule des participantes à l’ouvrage à n’avoir jamais publié. Sa participation à Volcaniques, Une anthologie du plaisir sert de déclencheur, elle met désormais le partage de son expérience personnelle au service de toutes et fait de l’intime sa lutte politique.

Axelle a ainsi multiplié les lieux de diffusion d’information et les espaces de discussion sur les femmes et leurs intimités. Elle en a fait une véritable mission, persuadée que c’est un outil privilégié pour combattre les inégalités sociales dans leurs dimensions de genre, de classe de race. « Moi à 15 ans personne ne m’a parlé de sexualité. J’ai voulu créer la conversation que j’aurais aimé avoir avec les femmes de mon entourage, que j’aurais aimé avoir avec ma mère et que j’ai eue avec ma fille » raconte-t-elle. En tant qu’autodidacte, elle veut partager ce qu’elle a appris et la manière dont elle a fait de la sexualité l’arme de sa libération. Comme le savoir c’est le pouvoir, elle tient un blog parlonsplaisirfeminin.com et anime une chronique pour Le Monde Afrique avec le sexologue Ali Abibi intitulée « Afrique intime ». Elle met la tribune qui lui est offerte au service de la déculpabilisation du corps, de l’éducation des jeunes, mais aussi de la lutte contre les violences, en particulier l’excision. Elle frappe à la porte du GAMS (Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles) et en devient une des administratrices bénévoles. Sur le terrain et dans les médias, elle n’a de cesse de glorifier le plaisir et la connaissance de soi qu’il permet d’atteindre. Les femmes en particulier doivent se libérer d’une sexualité entachée d’opprobre, contrôlée par la famille, l’État ou les religions, marquée par les injonctions contradictoires d’hypersexualisation et de pureté. C’est pourquoi Axelle, entre autres, raconte son propre rapport à la masturbation qu’elle conçoit comme des rendez-vous avec elle-même et un immense pouvoir. Quoi de plus ordinaire, mais aussi de plus transgressif que la jouissance qu’une femme se donne à elle-même ? Quoi de plus banal, mais aussi de plus politique que la connaissance par une femme de son propre corps ?

La lutte contre les inégalités femmes/hommes passe aussi par la dénonciation des violences sexistes et sexuelles. En octobre 2017, lorsque #MeToo se déploie sur les réseaux sociaux, Axelle est traversée par des émotions puissantes et contradictoires. Enfin, les femmes parlent et font trembler le monde ! Elle a conscience de vivre un moment historique. Puis elle découvre que l’expression Me Too avait été forgée par la militante noire américaine Tarana Burke dans le cadre de ses actions contre les violences faites aux femmes et aux filles de sa communauté, et cela des années avant que l’actrice blanche Alyssa Milano en fasse le hashtag devenu viral. Quelle fierté que ce mouvement ait pris racine dans les luttes d’une femme noire, mais quelle violence que cette femme ait été totalement invisibilisée au moment où son combat devient viral. C’est avec la volonté de lier ensemble toutes ses émotions et toutes ses aspirations qu’Axelle contribue au moment #MeToo, avec la création du podcast Me, my Sexe and I, un média consacré à l’intimité des femmes afropéennes. Depuis son premier job de standardiste dans une radio libre, elle sait qu’elle a une voix de radio et avec le développement des podcasts indépendants, elle se lance et apprend sur le tas. À rebours de l’idée que les nouvelles sociétés de production et de diffusion sont des opportunités pour les néophytes, elle rencontre d’abord des portes closes. Elle s’entend dire que l’intimité des femmes noires « n’est pas un sujet en soi ». Persuadée que son projet centré sur les récits de vie peut intéresser tout le monde, elle ne baisse pas les bras, souscrit un microcrédit auprès de l’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE) qui finance l’équipement et le recrutement d’un ingénieur du son pour la mise en ondes du programme. Elle poste le premier épisode en mai 2018 sur SoundCloud et une semaine plus tard, il comptabilise 2000 écoutes. Elle reçoit des soutiens sur les réseaux sociaux, qu’elle confie pourtant ne pas bien maîtriser, puis un premier article de presse sort, lui donnant une visibilité accrue. Le public est au rendez-vous et « lui, comprend » ce que le podcast revêt d’original. Axelle pose des questions et parle de sujets que l’on ne retrouve pas ailleurs. Elle interroge ses interlocutrices sur leur enfance, leur puberté, elle envisage les généalogies sexuelles, les héritages que chacune porte en elle. Dans ces récits se dessinent les hiérarchies qui construisent les identités multiples des femmes afropéennes et leurs luttes quotidiennes pour s’émanciper des stéréotypes. Elles offrent à toutes des possibilités d’identification et une image puissante de sororité.

Au terme de la première saison du podcast et ne parvenant pas à trouver des financements une seconde et une troisième saison, elle prend la décision de faire du viol qu’elle a subi à 11 ans, la trame de son nouveau projet de podcast qu’elle intitule La fille sur le canapé. Cette jeune fille c’est elle, quand elle a subi l’agression d’un homme de son entourage, le frère de la compagne de son tuteur, dans son lieu de vie. La déferlante #MeToo lui a rappelé un dîner avec six copines, lors duquel chacune avait confié avoir été victime d’agressions sexuelles et/ou de viols commis par des hommes de leur cercle proche. Elle veut alors aborder un sujet souvent tabou : les violences sexuelles commises par des hommes noirs sur des petites filles noires. N’est-il pas risqué de stigmatiser encore davantage une catégorie d’hommes qui l’est déjà dans la société ? N’est-ce pas cliché de penser les hommes noirs comme des agresseurs, eux que l’on perçoit souvent comme des criminels aux pulsions sexuelles incontrôlables ? Elle pense au contraire qu’il faut déchirer le voile de silence qui existe dans les communautés noires pour donner aux femmes victimes la possibilité de parler et de voir leurs vécus enfin reconnus. Le ton du podcast est direct. Axelle puise dans les études, donne des chiffres et s’appuie sur les témoignages de ses interlocutrices. Elle questionne les stéréotypes associés à la sexualité des femmes noires, leur précocité supposée dans un podcast qui plonge au cœur des familles noires élargies. Ces voix rejoignent celles qui, dans d’autres podcasts ont abordé le tabou de l’inceste, amplifie celle de la sportive Paoline Ekambi qu’Axelle interroge déjà sur le sujet en juin 2018 dans le cinquième épisode du podcast Me My Sexe and I. Sa proposition de cette thématique au prisme des communautés noires, d’abord rejetée, voit finalement le jour en novembre 2020, produit par Nouvelles Écoutes, peu avant la mobilisation #MeToo inceste.

Comme Axelle l’a écrit dans son ouvrage, « la transmission est féministe. Politique ». La transmission peut être entendue au sens de diffusion large de savoirs grâce à une variété de médias, mais aussi au sens de l’héritage familial que l’on passe de génération en génération. Elle a revisité son rôle de fille et de mère tout au long de sa vie pour en faire un front pionnier de sa lutte.

« L’origine du monde »

Axelle a affiché au-dessus de son bureau une reproduction de L’Origine du monde, le célèbre tableau de nu féminin peint par Gustave Courbet en 1866. Cette œuvre est pour elle le rappel constant de son souhait de vivre son féminin, tout en préservant sa liberté et de faire de l’intime un combat. L’image au-dessus de son bureau pourrait paraître une simple un élément de plus, parmi un décor de livres et des journaux intimes – où on rencontre à portée de main des romans en tout genre, de Simone de Beauvoir à Anaïs Nin, de Maya Angelou à Mariama Bâ. Pour elle et sa fille Margaux – avec qui elle a toujours partagé la maison – ces objets font partie d’un univers quotidien : « Elle a grandi en regardant ces objets et sans se poser de questions ». Ce n’est qu’à travers le regard des autres qu’ils gagnent une autre signification. Margaux découvre que sa mère a « des goûts chelous » quand elle entend les commentaires de ses amis qui visitent la maison. Ils cherchent à comprendre la présence ostensible de cette œuvre, de tous ces livres. Pour mère et fille, tout cela semble naturel, elles discutent ouvertement sur des sujets qui pour certains seraient un tabou. Axelle est devenue mère pour construire sa maison loin des modèles établis : « sans projeter des choses que je n’ai pas vécues », raconte-t-elle. Concilier maternité, liberté et intimité devient un moyen de s’édifier en tant que femme, de revisiter son histoire individuelle.

Elle se marie à 19 ans et accouche de sa fille à 20 ans. La première fois qu’elle tient sa Margaux dans les bras, elle est envahie d’angoisse. Avec le recul aujourd’hui elle pense qu’elle a « tout fait terriblement jeune » sans aucune idée de comment s’y prendre : « quand on est dans la survie, on n’a pas le choix ». Son conjoint à l’époque, déjà père d’une petite fille de 4 ans, était présent, actif, très impliqué. « Je n’ai pas eu à être confronté à la charge mentale : je ne gérais pas l’intendance, je rentrais à 19h30, le bain était pris, le repas prêt et c’est lui qui racontait aux filles les histoires avant qu’elles s’endorment ». De toute façon, le modèle familial traditionnel n’était pas quelque chose qui lui convenait car cela aurait signifié se limiter : « On a plein de scénarios à écrire, aussi singuliers qu’a pu être le mien ». Axelle a développé cette capacité de changer et d’adapter le cours de sa vie depuis son enfance. Quand elle lisait un livre et que la fin de l’histoire ne lui plaisait pas, elle la réécrivait pour ouvrir d’autres possibilités. En faisant cela, elle a découvert « la richesse » d’écrire sur elle-même, sur ses vécus et sur son intimité. Avec sa plume, elle peut tout simplement changer la fin de ses histoires personnelles, se réinventer. Pour elle, « écrire c’est contrôler le récit, c’est contrôler le récit de sa vie » souligne-t-elle. Lorsqu’elle divorce à 25 ans, elle reconstruit une vie avec sa fille. « On forme un bloc toutes les deux, toujours sous le même toit ». Certes parce que les loyers sont astronomiques à Paris, mais aussi parce que leur complicité est une force dans laquelle elles puisent. Les amants passent, mais ne s’installent pas dans ce cocon préservé : dans leur binôme un troisième élément n’a pas sa place garantie.

La maternité est pour Axelle une façon d’incarner ses combats par « les petits gestes, sans faire de discours, sans rester dans un rapport surplombant ». Elle a élevé sa fille Margaux en féministe, sans l’oppression qu’elle a subie en la considérant « comme une personne dont le point de vue compte, elle a toujours eu son mot à dire ». Être militante au quotidien signifie pour elle incarner une expression valorisée du féminin dans son environnement et dans son rapport aux autres : « les mères sont le potentiel séditieux du féminisme » parce qu’elles peuvent transmettre la puissance d’être une femme. C’est aussi permettre à sa fille de disposer de son corps comme elle l’entend, sans l’enfermer dans un rôle conventionnel de genre. « Margaux ne m’a pas laissé le choix », depuis petite elle a toujours été un peu rebelle se souvient-elle et n’a jamais voulu correspondre aux représentations de la petite fille modèle.

La maternité est également un rempart, car elle considère que sa fille « lui a été envoyée » pour la protéger. Ce qu’Axelle n’avait pas anticipé dans ce parcours conjoint, c’est qu’elle allait aussi être éduquée par sa fille. Margaux lui a appris – par exemple – à désamorcer les micro-agressions racistes quotidiennes par l’humour. Elle a « un humour ravageur » et oppose les sarcasmes aux remarques déplacées. Quand on la renvoie à ses appartenances (réelles ou supposées) ou projette sur elle des stéréotypes, Axelle tend à ne pas se sentir visée, à ne pas se laisser « consumer de l’intérieur » à ne pas être dans la réaction. Pour elle, pointer qu’une personne est noire ne veut rien dire en termes de vécus, d’expériences et de trajectoires. La parenthèse dans le titre de son livre Journal intime d’une féministe (noire) est un exemple de la façon dont elle traite la question : « Être noire n’est pas le propos central », mais il apparaît dans le titre parce que je ne pourrais pas faire autrement. Cela lui permet également d’éviter de tomber dans le « piège » de la littérature de niche, alors que ce qu’elle écrit part d’une expérience qui est universelle. Partagée entre la nécessité d’assumer son afropéanité et l’envie de parler d’autres sujets et de n’être pas cantonnée à un seul aspect de son identité, elle revendique la liberté de jouer avec ses multiples appartenances. Elle refuse d’être morcelée femme, maman, noire, franco-camerounaise… « Je suis un peu tout cela ».

« J’incarne le rêve le plus fou de ma mère »

À 25 ans elle découvre être fruit de l’amour et non de la biologie. Elle est la fille de l’homme choisi par sa mère, et non celle de celui auquel celle-ci a été mariée de force. Elle découvre alors son père, à qui elle ressemblait sans le savoir. Aimant et romantique, il lui a choisi un prénom de fleur, Lily, qu’elle porte durant toute son enfance, avant de se rebaptiser Axelle, en fuyant le foyer violent dans lequel son tuteur la bat. Elle redécouvre sa mère, qui a saisi sa liberté choisir d’aimer un autre homme que celui qui lui avait été imposé à ses douze ans. Pour Axelle c’est comme une nouvelle naissance. Elle hérite de cette capacité d’agir maternelle et de cette belle histoire. Et elle comprend qu’elle est devenue « le rêve le plus fou de [sa] mère ». Quel plus bel hommage à cette femme illettrée, mariée de force que d’être devenue écrivaine, d’avoir a choisi le père de son enfant et de vivre sa liberté sexuelle ?

De son parcours de fille et mère, Axelle a gardé l’impératif d’être combative et solaire. Ses luttes, elle a décidé de les vivre dans la joie et de “mettre la lumière où il y a de l’ombre”. Ainsi, parler de l’intime signifie pour elle avant tout parler “d’un parcours personnel et familial”. Son féminisme, elle le construit en regardant l’endroit où se tenait sa mère et les femmes de sa famille. Elle a aussi gardé une dette envers toutes les anciennes qui se sont battues avant elle et l’envie de raconter leurs vies oubliées. De ce projet naît une autre série de podcasts réalisés pour La série documentaire sur France culture. Intitulée Je suis noire, mais je n’aime pas Beyoncé, il aborde l’histoire des féminismes noirs francophones. Dans cette production radiophonique, réalisée par Marie-Laure Ciboulet, Axelle tend le micro à des figures de différentes époques, comme Fatou Sow, Marie-Angélique Savané, Gerty Dambury, Audrey Célestine, Amandine Gay, Ndeye Fatou Kane, et Jennifer Padjemi. Durant quatre épisodes, elle interroge ces femmes et de jeunes activistes féministes africaines sur leur construction identitaire, sur le continent et dans l’espace européen. Elle évoque notamment la contribution d’Awa Thiam, féministe sénégalaise qui en 1978 qui a publié La Parole aux Négresses (Paris, Denoël), texte fondateur qui réunit le témoignage de femmes du Mali, du Sénégal et de Guinée, au mouvement d’émancipation des femmes francophones. Pour Awa Thiam, « les femmes des pays industrialisés » développent un discours d’émancipation féminine qui reste loin de la réalité des femmes noires encore « au stade de la recherche de leur dignité, de la reconnaissance de leur spécificité d’êtres humains » (p. 153). Considéré comme les prémices de la démarche intersectionnelle en France, le livre met l’accent sur les « trois fléaux » qui rendent l’expérience des femmes noires particulière : « Là où l’Européenne se plaint d’être doublement opprimée, la Négresse l’est triplement. Oppression de par son sexe, par sa classe et par sa race. (…) » (p. 160). Axelle souhaitait avec ce podcast rappeler que le féminisme « n’est pas un truc de blanche » et replacer la lutte actuelle des femmes noires dans la continuité de celles qui ont ouvert la voie. Cela fait des décennies qu’elles revendiquent d’être les sujets de leur propre lutte politique même si les mots de féminisme ou d’intersectionnalité n’étaient pas formulés, les “comportements et aspirations” démontrent l’histoire longue de ces engagements. Adopter ce point de vue comparatif permet aussi de se rendre compte qu’on ne part pas de rien et qu’on est « en train d’avancer ».

Au moment de nous quitter, l’enregistreur arrêté, les feuilles rangées, Axelle prononce cette phrase qui nous reste en mémoire sur le chemin du retour : « si je parviens à instaurer un nouveau rapport aux mères, j’aurai réussi ». Et vous, connaissez-vous l’histoire de votre mère ?

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