Mirages de l’École Coloniale

Quelles furent les motivations des colonisateurs français en ouvrant des écoles au Maghreb et en Afrique ? Cette étude, sérieuse malgré quelques lacunes, montre comment le complexe de supériorité a fini par balayer l’idéal méritocratique et les rêves de mixité.

L’École aux colonies est une somme sérieuse et utile sur l’histoire de l’école coloniale à la française. La problématique est posée dès l’introduction : quelles furent les motivations des colonisateurs en ouvrant ces écoles ? Part ou illusion de philanthropie chrétienne, humanisme républicain, idéal méritocratique ? L’ouvrage démontre que ces courants, incontestables au début de l’histoire, vont progressivement se décomposer sous la pression de la supériorité raciale de plus en plus déployée dans le cadre de la colonisation européenne, fondée sur une volonté de dominer les populations de l’Empire.

La montée du racisme

L’ouvrage de Carole Reynaud-Paligot suit le déroulement chronologique du divorce de plus en plus accentué entre école et racisme, scindé en phases délimitées par les politiques coloniales successives : les débuts prometteurs, avec l’illusion durable de la « fusion des races », chère à Faidherbe en Afrique occidentale française (AOF) puis à Jules Ferry en Algérie. Ce dernier choisit, un moment, de privilégier l’expérience kabyle de modernisation d’une école « indigène » arabo-française publique et non confessionnelle.

Ces idées sont implacablement battues en brèche au fur et à mesure que la présence accrue des colons, puis l’arrivée de leurs familles sous la Troisième République, vont s’opposer aux tendances « progressistes » du « royaume arabe » civilisateur encore vivaces sous le Second Empire. L’Algérie devient alors le « laboratoire républicain » de cette rétrogradation par rapport à une possible mixité « raciale » dans le primaire et le secondaire. Dans les colonies triomphe l’objectif quasi exclusif d’un enseignement pratique et professionnel réservé aux indigènes. Les résistances africaines à cette tendance s’exercent surtout au Sénégal, grâce à la présence des quatre communes de droit français depuis 1917.

Dans les années 1930, à la suite de la montée et de l’apogée du « racisme scientifique », la conviction est forte, chez les responsables français, du « déterminisme psychologique » limitant les capacités intellectuelles des colonisés. Tout ceci, qu’il est important de coupler avec l’ouvrage postérieur de Delphine Peiretti-Courtis sur la fabrique du préjugé racial précisant le contexte « scientifique » de la période, est appuyé sur une documentation fouillée et solide.

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