Bénin, Lettre à Macron : Y a débat !

Maintenant – et il n’est pas très heureux de le dire – tout ce que le Bénin a de liberté d’expression se concentre sur les réseaux sociaux. Ainsi en est-il de l’ouverture rendue possible par la page Facebook de notre compatriote Vital Panou, qui fait du bon travail pour maintenir à flot la flamme de l’expression politique largement en voie d’extinction au Bénin, en dehors des caisses de résonances et des organes stipendiés par le régime dit de la rupture.

Ainsi, Vital Panou a-t-il tenté de donner la parole aux épistoliers politiques de la diaspora, dont la  «lettre à Macron» a défrayé la chronique toute la semaine et donné lieu à des échanges de SCUDS de part et d‘autre. De ce débat fort intéressant et suivi par 6000 internautes en direct, je retiens deux choses et demi.

1. La position du Front Souverainiste,

La position de Monsieur Adolphe Codo du Front Souverainiste, qui est le seul contradicteur aux trois autres, membres du club des épistoliers. Monsieur  Codo fustigeait le principe d’un appel à la communauté internationale, notamment du fait d’avoir à faire appel au secours à la France. A l’en croire, cette communauté internationale, notamment la France fait partie du problème des Etats africains francophones, si elle n’en est pas la source. D’avoir à faire appel à un maître dont nous sommes censés être indépendants depuis 60 ans est embarrassant. Cette régression préjudiciable n’est pas du seul fait des épistoliers, coupables immédiats à l’origine de la polémique, mais aussi du fait des coupables lointains plus nombreux et relevant d’une séquence de responsabilités croisées qui se renvoient les unes aux autres.

Exemple, si Talon, contre toute attente  ne s’était pas « révélé » un dictateur léonin, les exilés ne se seraient pas retrouvés en France – comme lui-même l’avait fait jadis – et n’auraient pas éprouvé le besoin de crier au secours à son Président à partir de son territoire. Tant qu’à crier secours à un pays – de la part d’Africains francophones conscients des données réelles de notre condition – il eût été souhaitable que la France fût le dernier des pays à recevoir un tel appel. Si l’appel s’adressait à la communauté internationale comme  ses auteurs le disent à tue-tête, pourquoi il ne fut pas adressé à la Chine, à l’Inde ou au Brésil dans le même élan ?

Mais tel est le drame paradoxal de notre situation que la petite fille dont le propre frère est le proxénète doit se réfugier dans les bras du proxénète en chef étranger à la famille pour se plaindre des excès de son sous-fifre.

Signalons au passage le côté douteux de la liste présumée des destinataires, dont aucune preuve n’existe en dehors de l’affirmation des épistoliers. Ce qui est sûr, c’est que, alors qu’un seul des quatre signataires de la lettre est réfugié en France, les médias l’ont étiquetée «Lettre à Macron», ce qui faisait de leur geste un appel au secours à la France. Comment se fait-il, y compris de la manière dont-ils la rendirent publique, qu’une communication prétendument faite en direction de 51 destinataires, devienne dans les médias une «lettre à Macron», ou un «appel au secours à la France» ? Un raccourci aussi réducteur que révélateur, d’autant plus révélateur que les auteurs eux-mêmes ne paraissent à aucun moment le regretter.

Tout le monde sait que la violence anti-peuple de nos dirigeants, leur tyrannie sadique n’a d’égale que la crainte qu’ils ont vis-à-vis du maître colonial blanc. Et que cette ambiguïté posturale idiote justifie à elle seule la démarche de nos quatre épistoliers. Et la réaction du gouvernement béninois qui, pour y répondre, a cru bien faire en leur donnant – comme on donne du chien à l’ennemi – une mercenaire française à l’opportunisme pathétique, dont le seul mérite n’était que d’être blanche, cette réaction perfide montre bien comment les uns et les autres pataugent dans les eaux troubles de l’aliénation ; une aliénation qui, comme on a pu en sentir les échos dans le parler et la posture revendicative de Ganiou Soglo est élevée au niveau d’une esthétique pour le moins confondantes.

2. La Position Humaniste de  Ganiou Soglo

La position de Ganiou Soglo qui a mis l’accent sur et questionné notre humanité, la capacité que nous avons à passer en pertes et profits du confort mémoriel le meurtre de concitoyens innocents tués dans les répressions policières postélectorales ordonnées froidement par le régime de Monsieur Talon, est assez émouvante. Sommes-nous des sauvages pour oublier si vite ? Sommes-nous des bêtes pour ne pas donner l’importance qu’elles méritent à des vies humaines fauchées sous nos yeux ? Combien de millions avons-nous reçus pour détourner nos regards, boucher nos oreilles ?

Il faut saluer ce questionnement de Ganiou Soglo qui revenait en boucle dans ses interventions, et qui traduisait une sensibilité mais aussi une révolte larvée contre la naturalisation de la dévalorisation de la vie dans notre société. Pour Ganiou Soglo, là est le point crucial. « On ne peut pas cacher derrière la majesté des ponts et des routes bitumées, le meurtre de nos compatriotes innocents ». Ce crédo, Ganiou Soglo le place au cœur de sa démarche, et considère que la question centrale qui y est sous-jacente est celle de la responsabilité politique et juridique.

Mais si ce crédo résonne dans les cœurs, si la révolte qui le porte est saine et contagieuse, si la sensibilité qui l’illumine devrait nous éclairer, nous qui sommes entrés à notre corps défendant dans la caverne de l’oubli ou des compromissions plus ou moins tarifées, il reste que l’humanisme louable de Ganiou Soglo le pousse, dans une ardeur impérieuse, à s’accommoder d’amalgames et de comparaisons pour le moins hasardeuses. C’est ce qu’il fait lorsqu’il dit qu’au Bénin, des policiers ont froidement abattu des innocents, comme aux États-Unis des policiers ont froidement abattu George Floyd. Et de déplorer le fait qu’alors que tout le monde a condamné ce dernier meurtre, y compris les Béninois, personne au Bénin ou ailleurs ne se lève pour s’émouvoir du meurtre des Béninois innocents. Et cette comparaison pour le moins paralogique emmène l’ancien Ministre de Yayi Boni à fustiger le deux poids deux mesure éthique du monde.

Or, donc, la comparaison établie par Galiou Soglo est pour le moins une paralogie. Outre le fait qu’aux États-Unis, George Floyd n’était pas abattu, mais froidement asphyxié, les policiers qui se sont rendus coupables de ce meurtre n’avaient pas agi sur ordre ni de leur hiérarchie ni du gouvernement américain ou de ses représentants. Ce qui n’est pas le cas des incidents postélectoraux de Cotonou et de Savè qui ont conduit à ces morts d’hommes. Ceux qui avaient été tués au Bénin, ne l’avaient pas été à titre personnel, ils n’avaient pas été individuellement interpellés par la police, mais avait succombé aléatoirement au feu d’une répression aveugle ordonnée par le gouvernement.

Donc, Galiou Soglo n’avait besoin ni de l’amalgame ni de la confusion des genres à laquelle il a eu recours pour convaincre de sa noble cause. Espérons seulement que sa chaude sensibilité, qui projette dans le débat une lueur humaniste aura pu éclairer un tant soi peu les esprits caverneux que nous sommes devenus à notre corps défendant, au risque de faire douter de notre humanité.

2½ En guise de Conclusion

A plusieurs reprises, Adophe Codo a fait usage du proverbe fon qui dit «  Il est plus utile de regarder là où on a trébuché que là où on est tombé.» Et c’est ce travail d’examen qui incombe aux Béninois. Le Bénin est un pays, et un pays ne peut appartenir à un seul clan encore moins à une seule personne. Mais, contrairement à la logique confuse du retour du balancier qui prévaut et qui fait que les diables  d’hier sont devenus les angles d’aujourd’hui en attendant de revêtir la livrée des diables de demain, il est nécessaire de faire le point, de voir là où nous trébuchons depuis plusieurs décennies.

Aussi, loin de les prendre pour les anges du présent, il faut soumettre à l’examen critique et les acteurs du régime précédent et ce régime lui-même pour savoir comment il a abouti au monstre politique que nous combattons aujourd’hui.

Adenifuja Bolaji

Vital Panou page perso

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