Kwame Nkrumah et les Femmes (4) : Femme-Mère, Mother-Africa

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1. Femme-Mère

1. « La polygamie était permise, et même aujourd’hui, un homme peut licitement épouser autant de femmes que ses moyens le lui permettent. En effet, plus un homme a de femmes, plus il est respecté par la communauté. Si peu conforme aux usages conventionnels, et si peu satisfaisant que soit ce mode de vie pour ceux qui sont des monogames convaincus, sans vouloir le moins du monde défendre mon sexe, c’est un fait souvent admis, que l’homme est polygame de nature. L’Africain ne fait que reconnaître, légitimer, ou rendre acceptable au point de vue social une habitude que l’homme a pratiquée et qu’il continuera sans doute à pratiquer, tant qu’il vivra. Il convient de noter que le nombre de divorces au sein de cette communauté polygame est minime, en comparaison des pays monogames, bien qu’il soit beaucoup plus facile de divorcer que dans les communautés monogames. Car un mariage peut être annulé pour l’une des raisons suivantes : adultère, stérilité ou impotence, ivrognerie, incompatibilité sexuelle, humeur querelleuse de la femme, manque de relations harmonieuses avec une belle-mère et constat d’endogamie. »

2. « Certes, les moments étaient rares où ma mère me refusait quoi que ce soit, et sans doute en profitais-je. Mais je crois qu’elle essayait de cacher un peu son affection, parce que toutes les fois qu’elle nous donnait à manger, elle me servait le dernier. Je tenais à dormir dans son lit jusqu’au moment où, de mon propre gré, j’ai décidé de me joindre à mes demi-frères, et je me rappelle ma colère lorsque mon père venait se mettre dans notre lit, et que je tenais à dormir entre lui et ma mère. Il essaya plusieurs fois de m’expliquer qu’il était le mari de ma mère, et je répondis que moi aussi j’étais son mari et que c’était à moi de la protéger. »

3. « Contrairement à l’exemple de la plupart des enfants, j’étais rarement prêt à manger. À vrai dire, ma mère s’en inquiétait car, elle devait m’obliger à manger, ce qui n’était guère facile. Elle constata que je me réveillais pendant la nuit dans un état d’affamé. C’est pourquoi elle prit l’habitude de glisser quelques grosses bananes frites sous mon oreiller. Si la faim me réveillait pendant la nuit, j’avais de quoi manger et je me rendormirais »

4. « J’ignore si cette hantise du surnaturel indiquait une force psychique. Ma mère a raconté maintes fois l’incident suivant, qui arriva un jour où, accroché à son dos à la manière de jeunes Africains, je l’accompagnais en voyage, ce que nous faisions souvent ensemble. Il arriva qu’elle dut passer au gué un ruisseau qui traversait notre route et, à mesure que nous en approchions du centre, je criai tout à coup dans un état d’agitation, que j’étais debout sur un poisson. Bien que mon exclamation brusque et tapageuse l’eût fait sursauter, ma mère fut encore plus surprise, lorsqu’elle aperçut à son grand étonnement, qu’elle avait en réalité immobilisée un poisson, en y mettant le pied dessus. Cet épisode eut une fin heureuse, car elle put l’attraper, et nous le mangeâmes ce soir-là au dîner. »

5. Dès que j’ai pu m’évader des foules, je rentrai à la maison pour que ma mère puisse partager avec moi cette joyeuse nouvelle. « Que ressentez-vous d’être la mère du Premier Ministre Africain ? » Elle me regarda en grommelant, comme pour dire « et après » ? Mais le regard d’orgueil qui brillait dans ses pauvres yeux fatigués, ne pouvait se dissimuler. »

6. « Nous étions toujours assis sur nos chaises lorsqu’une lueur d’un orange vif illumina tout à coup le fond de la maison et il y eut une explosion violente, suivie d’une autre quelques secondes après. La maison trembla, des fenêtres furent arrachées et nous entendîmes les cris des femmes et des enfants. Je descendis l’escalier à la recherche de ma mère dont la chambre était tout près de l’explosion. La pauvre femme demeurait sans voix et se cramponnait à mon bras, les larmes aux yeux. J’entrai dans sa chambre. Toutes les fenêtres étaient arrachées et les bris de glace étaient partout, même dans son lit. »

2. Femme comme Hypostase Maternelle

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Kwame Nkrumah sans faire l’apologie de la polygamie reconnaît son bien fondé naturel. Dans son cas personnel, son rapport aux femmes sous l’angle de la polygamie est ambiguë et complexe. En effet, il se défend lui-même d’être un sentimental au point de dépendre des femmes ou qu’elles puissent dépendre de lui. Et l’une des façons d’échapper à la femme, de ne pas être son objet, ou qu’elle ne soit votre objet, c’est d’en multiplier le nombre, d’en varier pour ne s’attacher à aucune. De ce point de vue, Kwame Nkrumah a pu être accusé d’être un Don Juan par ceux qui ne le connaissaient qu’en surface. D’autres l’ont aussi accusé d’impotent ou de misogyne pour les mêmes raisons parce qu’il mettait une distance entre lui et les femmes ou qu’il n’allait pas très loin dans ses relations. La posture de celui qui, pour se débarrasser de la femme, est obligé d’en multiplier le nombre peut ressembler à celle du polygame si on la considère dans le contexte culturel africain. Mais la multiplicité de femmes dans la vie de Kwame Nkrumah en réalité ne vise pas leur anéantissement. C’est une multiplicité symbolique, structurée qui a valeur d’hypostase maternelle. En fait, dans la psychologie affective de Kwame Nkrumah, placée sous le signe de la mère indéfectible, une femme en cache symboliquement une autre. Fathia, l’épouse officielle, cache la mère aimée et la mère aimée cache Mother-Ghana, qui cache Mother-Africa. …

Botsio Abrepah

Kwame Nkrumah et les Femmes (1)

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