Les Fantômes des Filaos : Questions sur l’Émoi Suscité par le Statut de la Résidence Fétiche de Kérékou

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Pourquoi tant d’émoi autour de la question du retour dans le giron de l’Etat de la résidence de l’ancien Président  Béninois, le Général Kérékou, alors qu’à l’instar de tout bâtiment officiel, elle est un bien public inaliénable ?

On accorde volontiers la dimension nostalgique et affective de ce vacarme absurde. Etre né ou avoir grandi quelque part, même si c’est une  propriété de l’Etat,  laisse des traces sentimentales et c’est difficile de s’en voir dépossédé, voire délogé. On a du mal à voir le lieu de notre vie changer de mains, de locataires voire même d’attribution.

Mais la nostalgie doit savoir raison garder. Les affaires de l’Etat ne se gèrent pas avec le sentiment, elles n’ont que faire des affects. C’est cette logique sentimentale  qui souvent amène à la pérennisation au pouvoir si caractéristique de la vie politique africaine. On a souvent invoqué les raisons de sécurité politique, la peur d’assumer son bilan, voire même de rendre compte de ses éventuels crimes qui motiveraient chez le président  africain son refus de quitter le pouvoir ou plus exactement sa volonté de s’y accrocher jusqu’à son dernier souffle.

Mais au-delà de la préoccupation d’assurance personnelle, il y a aussi la peur de voir réduits le périmètre et la plénitude des jouissances attachées à la vie de Président en exercice. Certes, l’ex-président qui avait cumulé plus de 27 ans au pouvoir en deux périodes politiques radicalement différentes n’a pas cherché, au terme légal de la seconde, à s’y pérenniser. Mais la question de son occupation de la demeure concernée, en raison même du type de confusion qu’entretiennent les dirigeants africains entre le bien public et le bien  personnel, n’a jamais posé de problème de son vivant, y compris pendant les dix années au pouvoir de son successeur, Yayi Boni. Peut-être le silence complaisant sur la question durant cette décennie a-t-il  fini par faire croire aux intéressés que l’État avait implicitement entériné la cession de son bien à l’ancien Président et à ses ayants droit.

Alors, on comprend qu’avec le retour de la rationalité légale dans la gestion de la chose de l’Etat, la panique et le désarroi aient saisi les parents de l’ancien président, à commencer par ses héritiers et ayant droit, qui sont aux premières loges dans ce drame de la propriété immobilière pour le moins pathétique.

La dimension affective du drame se comprend d’autant plus que l’occupation de la demeure a été longue et  s’est déclinée en plusieurs périodes distinctes. Il y a d’abord la première période d’avant le 26 octobre 1972, où c’était le  commandant Mathieu Kérékou qui occupait les lieux, puis après le 26 octobre c’est en qualité de chef de l’Etat qu’il les occupa. Le Renouveau Démocratique ayant permis l’élection en 1991 du Président Nicéphore Soglo à la tête du pays, ce titre d’occupation de la Résidence dite des Filaos connut un intermède de cinq ans ; puis il ressuscita en 1996 et ce pendant dix années encore ! Ensuite, il y a cette dernière période qui va de sa sortie officielle du pouvoir en 2006 jusqu’à son décès en 2015. Enfin, il y a ce qu’on pourrait appeler l’occupation posthume de la résidence qui va de 2015 à nos jours. C’est cette occupation qui fait problème aujourd’hui. Mais probablement qu’il y aurait eu bien moins de problème si la confusion n’avait pas trop régné autour de la légalité de l’occupation continue de cette résidence par l’ancien président, confusion créée par lui-même et entretenue par ses successeurs au nom de la bienséance politique.

Par ailleurs, sachant que l’ancien chef de l’Etat dispose d’une résidence imposante sise dans la ville de Calavi, on ne peut sérieusement pas  soutenir le motif d’un manque d’espace pour recaser ses biens. Ce qui justifierait d’autant plus la raison sentimentale comme étant le motif principal de l’émoi des héritiers de l’ancien président à l’idée de devoir vider la fameuse Résidence des Filaos.

Mais d’autres raisons ne doivent pas être négligées. La première est l’appât du gain. On parle de plusieurs milliards déposés par l’ancien Président au titre de la propriété de la résidence querellée. Quand on sait que les dirigeants politiques au plus haut niveau ne s’embarrassent pas d’enrichissement personnel et que leurs familles et héritiers s’en sucent volontiers les doigts,  on peut comprendre que l’émoi apparent ou supposé des ayants droit de l’ancien président ait quelque arrière plan plus concrètement pécuniaire ou financier.

Enfin au vu de nos mœurs, des fonctions exercées par le locataire ou  propriétaire putatif de la Résidence des Filao, un homme qui a été au cœur de la vie politique tourmentée du Dahomey, enfant terrible de l’Afrique, comme on disait,  et du Bénin, on ne peut pas exclure que la demeure qu’il occupa de façon continue pendant plusieurs décennies n’ait été  le théâtre de choses inouïes mettant en jeu la violence caractéristique de la période révolutionnaire et les rituels obscurs des divers charlatans et préposés en charmes occultes du Chef militaire et chef d’Etat.

Et si suite à une reprise éventuelle des lieux par l’Etat sa mise en chantier débouchait sur la découverte d’horreurs macabres en tout genre,  de crânes humains enterrés de-ci delà, des squelettes ou des  fétiches de toutes sortes inhumés aux quatre coins de la résidence, qu’en serait-il du faux consensus autour de la notoriété de ce dictateur sanguinaire que le politiquement correct qui régit la vie politique béninoise a fait passer en contrebande pour un juste ?

Arouna Bachabi

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