Pourquoi Talon Reste Imperturbable

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Ses opposants se plaignent de la poigne de fer de Talon, sa gouvernance d’airain, son monolithisme autoritaire, le peu de respect des libertés individuelles qui caractérise son régime, le climat de terreur civile qui règne dans le pays, bref cette dictature surannée et à contre courant des valeurs de liberté et de progrès de ce 21ème siècle.

Mais d’où Talon tient-il son audace et son cran ? De la seule certitude que bientôt il va remplir nos ventres affamés, désaltérer nos gorges assoiffées, apporter la lumière dans nos chaumières obscures ? Rien n’est moins sûr.  Cette audace et ce cran, en vérité, Talon les tient des Béninois eux-mêmes, bien qu’ils se plaignent de ce qu’ils dénoncent comme ses excès.

En ce 44ème anniversaire de la disparition du capitaine Aïkpé, qui se souvient que Kérékou est son assassin ? Sous la Révolution, le régime dictatorial de ce dirigeant militaire était pour le coup sans voile. Il y avait des morts régulièrement parmi les opposants ou suspectés comme tels. Ne parlons plus des personnes embastillées pour un oui ou pour un non, des torturés, des portés disparus, des collégiennes impubères accaparées par des hommes politiques pédophiles au nez et à la barbe de leurs familles impuissantes ; ce déploiement de l’arbitraire dictatorial était monnaie courante et tout cela participait de la machinerie de la terreur. C’était l’oxygène de la dictature du régime de Kérékou.

Or, aujourd’hui, le même Kérékou, au lieu d’être tenu responsable de ces souffrances et méfaits historiques infligés au peuple béninois, est tenu pour un héros. On chante ses louanges en disant qu’il est un grand homme et un sage. Il est vrai que l’idée de la nation dans notre pays traîne comme un complexe de culpabilité régionale qui pousse les faiseurs de mémoire, même et surtout originaires du sud,  à ne mettre en lumière sinon en valeur que les dirigeants du Nord,  tandis que ceux du Sud sont laissés dans l’ombre. Dans la plus grande ville de notre pays, Cotonou, deux  anciens présidents originaires du Nord donnent leur nom à des édifices : Maga à son hôpital, Kérékou à son Stade, quid des Ahomadégbé, Apithy et surtout Soglo, dont tout le monde sait qu’il est pourtant le plus performant de tous les Présidents que notre pays ait jamais connus ?  Cette logique d’orientation de la mémoire sous le coup d’un complexe de culpabilité régionale à visée implicite de consolation ou de compensation – mais compensation ou consolation de quoi ? – n’est qu’une variante de l’amnésie de complaisance qui caractérise la mentalité politique des Béninois.

Mais en vérité, sous les dehors d’amnésie, il s’agit d’une complaisance irresponsable et débonnaire qui peint volontiers aux couleurs dorées ce qui naguère était sombre. On se raconte de belles histoires sur le passé et ses personnages médiocres ou tyranniques, transformés en sages et en héros valeureux. On se berce d’illusions à bon marché, comme si l’histoire n’est pas ce qui a été mais ce que nous voulons qu’elle soit. Dans cette logique de complaisance débonnaire et irresponsable, le mal devient bien, le noir devient blanc, sans nuance.

Dans ces conditions, comment voulez-vous que celui qui fait du mal aujourd’hui s’inquiète du jugement de la postérité ? Surtout si, en l’occurrence, Talon pense pouvoir faire mieux en matière de développement que ses prédécesseurs canonisés ?

Ahɔminacin Bernardin

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