Bénin : Pourquoi Talon Assigne Yayi à Résidence

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Yayi a dit que, avant que le holdup intenté par son ancien ami et successeur n’ait lieu, il faudrait d’abord passer sur son corps. Autrement dit « Moi vivant cela n’arrivera jamais ! » Par-là était lancé le nouveau défi-épisode d’un conflit qui ne date pas d’hier, encore moins des élections d’avril 2019.

Talon a tenté de relever le défi. Il a fait son holdup contre vents et marrées. Même la cinglante et non moins prévisible déconvenue qu’a été l’abstention record du corps électoral a été déniée et maquillée en victoire formelle. Toujours avec la même détermination, Talon a fait émerger de sa hotte les 83 députés qu’il a fait installer à Porto-Novo sous haute surveillance militaire.

Jusque-là, tout se passe comme si les menaces et mises en garde proférées par Yayi étaient des paroles en l’air, rodomontades d’un ancien Président ivre de ses pouvoirs imaginaires. Mais confiné chez lui, reclus dans le secret de sa maison de Cadjehoun, incapable d’inviter la moindre personne à qui il pourrait dire «  waka djèhoun », personne ne sait ce que pense  l’ancien président. A en croire Martin Rodriguez,  l’un de ses protagonistes et victimes du monde des affaires, Talon serait un tempérament audacieux  que seul Yayi était parvenu à faire douter de lui-même. Et sans doute pour cela, malgré sa réclusion, Yayi Boni constitue-t-il une source de phobie politique pour Talon.

Au large, Yayi le fou, Yayi le sage peut être une source de déstabilisation politique et diplomatique redoutable. Confiné chez lui, il ne l’est pas moins ; et pire, personne ne sait ce qu’il mijote dans le secret. Prend-il des contacts avec sa base ethnique pour fomenter des troubles ou des révoltes ? Prend-il langue avec  ses pairs africains pour isoler diplomatiquement son ennemi ? On se souvient que dans le feu de leurs échauffourées autour de l’Affaire d’empoisonnement, dans un procès véhément et passionné, Yayi accusait  Talon de sabotage économique du Bénin via des canaux diplomatiques et des agences internationales grassement rémunérées. Pourquoi, placé dans les mêmes  rapports de force politiques, Yayi lui-même ne ferait-il pas pareil ?  Pourquoi ne donnerait-il pas la réponse du berger à la bergère ?

Enfin, aux yeux de l’opinion internationale, et eu égard aux exigences diplomatiques envers ses pairs africains, Talon doit des explications objectives aux uns et aux autres sur ses actes. Pour toutes ces raisons, il est enlisé dans une double logique de rationalisation et de harcèlement ; rationaliser son arbitraire et harceler son adversaire pour ne pas lui laisser le temps d’agir. Rationaliser l’arbitraire consiste à trouver la petite bête susceptible de justifier  des accusations de complots ou une intention de semer le trouble à l’ordre public. Et harceler Yayi pour instaurer un rapport de force, ne pas laisser à l’ennemi le champ politique, le temps et l’esprit libres pour déstabiliser son régime.

Si on peut dire que Talon a bien relevé le défi lancé par Yayi en disant qu’il faudrait d’abord passer sur son corps avant de réaliser le holdup électoral d’avril 2019, dans le même temps on ne peut pas dire que les propos de l’ancien président se réduisent à de simples rodomontades. Car le corps auquel Yayi faisait allusion dans sa métaphore, doit être aussi pris métaphoriquement comme un corps politique, et donc plus étendu dans le temps et l’espace qu’il n’y paraît.

Alèlàgbà Bayonlé

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