Afrique, Raison ou Miracle

Blog1

Comme toujours dans les index de prospérité et de niveau économique, l’Afrique détient la lanterne rouge et se trouve en bas de tableau. Certaines raisons, on le sait, sont d’ordre historique — l’esclavage, le colonialisme ; d’autres sont d’ordre politique — le néocolonialisme, c’est-à-dire sa domination politique par les anciennes puissances coloniales, qui  en vérité n’ont rien d’ancien ;  l’incurie de ses dirigeants qui sont plus doués dans la complicité avec les Occidentaux pour le pillage des ressources du continent que dans la lutte pour le bien-être de leurs congénères livrés à une déréliction qui n’a pas changé depuis l’époque coloniale

L’index 2018 de l’institut Legatum ci-dessus ne fait pas exception à l’habitude sinon la règle. L’Afrique y détient de tristes records sur la plupart des indicateurs que sont : niveau de prospérité, qualité économique,  environnement des affaires, gouvernance, liberté des personnes, capital social, sécurité et sûreté, éducation, santé,  environnement naturel. Les Européens y détiennent la part du lion ; que ce soit dans la configuration intra-muros du vieux continent ou sous la forme extra-muros des continents où ils se sont installés à coup de génocides et d’extermination des populations autochtones. Viennent ensuite l’Asie-Pacifique et le Moyen Orient. Et l’Afrique ferme le ban.

Bien sûr, comme indiqué d’entrée, la position de l’Afrique dans ces index a des causes historiques et politiques. Notamment, les Blancs qui sont en tête dans ces index sont ceux qui nous ont fait esclaves puis colonisés ; aujourd’hui encore, comme le montre l’acharnement néocolonial de la France en Afrique, ils continuent de nous dominer, de nous piller, tous autant qu’ils sont. Ce qui rend notre émergence difficile. Si quelqu’un est assis sur vos épaules, vous ne pouvez pas avoir la même hauteur de vue que lui ! Et si sa hauteur de vue est tenue pour la norme, alors, la vôtre, qui a servi à édifier la sienne, devient infra-norme.

Nonobstant ces données et peut-être à cause d’elles, nous pouvons déduire que la libération du joug colonial occidental est la condition sine qua non de notre prospérité. Et la question est de savoir si nos efforts, nos choix, nos comportements actuels tendent à nous placer sur le chemin de cette libération. Avant de nous en prendre à la domination des Blancs, est-ce que nous faisons tout ce que nous devons pour nous extraire de ce rapport de domination dont ils profitent plus qu’ils ne l’instaurent vraiment ? Par exemple, depuis nos soi-disant indépendances, qu’avons-nous fait pour consolider celles-ci, leur donner un contenu réel ?

Par ailleurs, les Africains qui veulent agir sont souvent rattrapés par la superficialité de leur bonne volonté. Depuis 60 ans d’indépendance, on ne compte pas le nombre de ces bonnes volontés qui ont échoué, parce que la plupart du temps, elles abordent les problèmes de façon superficielle et non pas à leurs racines ni de façon systématique. L’une de ces erreurs réside dans le discours comparatiste basé sur une rationalité illusoire. Un exemple est donné dans le type de raisonnement qui compare un pays comme le Sénégal à un pays comme la Corée du Sud. Faisant table rase de l’histoire, des déterminations symboliques et culturelles, ce raisonnement considère que si le Sénégal était plus riche que la Corée du Sud en 1960, il n’y a pas de raison que le Sénégal ne puisse pas se hisser au même niveau où se trouve la Corée du Sud actuellement.

Nous sommes en  2000.  Sur un terrain vague d’un village camerounais, vous rencontrez deux enfants qui jouent au foot et ils ont exactement la même taille. Il s’agit du fils du propriétaire d’un domaine agricole et du fils de son domestique. L’un est Bamiléké, l’autre Baka. Vous sympathisez avec eux. En 2010 vous revenez dans le village, le jeune Baka n’a pas changé de taille ou si peu, tandis que le Bamiléké est devenu presque deux fois plus grand que son ex-compagnon de jeu. Supposez que vous n’ayez pas conscience que les Baka sont des pygmées, vous feriez le même raisonnement comparatiste, en disant :  » il n’y pas de raison que le jeune Baka se fasse dépasser en taille de cette manière par son compagnon de jeu ».

Cet exemple est dénué de toute arrière-pensée ou jugement de valeur. Le propos n’est pas que les Africains sont, comparés aux Coréens, des pygmées, mais de savoir les conditions remplies par les Coréens pour être en mesure de décoller lorsque les Africains, les ailes toujours lourdes, ont du mal à prendre leur envol. On choisit souvent l’exemple coréen parce que, comme les Japonais, ils sont les premiers Asiatiques à sortir la tête de l’eau, mais les Dragons de l’Asie et le Japon ne sont que les signes avant-coureurs de la puissance potentielle d’une grande civilisation de référence : celle de la Chine. Et ces gens-là ont, dans une continuité remarquable, assumé un passé riche d’organisation, de découvertes, de techniques, de savoir-faire, de connaissance et de spiritualité, qui ne peut que leur bénéficier ; et ce quelles que soient les vicissitudes de l’histoire, même s’ils ont eu à traverser des moments plus ou moins longs de déclin ou de sommeil civilisationnels. Il y a dans leur histoire et dans leur passé, un potentiel qui n’attendait que d’être mis en mouvement.

La question est de savoir si l’Afrique a aussi un tel potentiel, et non pas de se livrer à des comparaisons superficielles hasardeuses. Ce potentiel passe par une prise de conscience et des actions ou des situations concrètes. Le tableau-ci-dessous donne la liste des 30 premiers pays les plus prospères selon l’index Legatum de 2018. A cette première colonne de pays, nous avons ajouté trois autres colonnes qui indiquent la langue, la religion et la monnaie de ces pays. Langue, religion et monnaie  sont des systèmes symboliques propres aux groupes humains.

Nous constatons que tous les pays qui sont dans le tableau, et il en est de même des trente suivants, éduquent leurs enfants dans leur propre langue nationale,  sont de religion/culture continentale, et ont une monnaie nationale. De combien de pays africains peut-on en dire autant ? Notre situation est marquée par l’aliénation. Pour toutes sortes de raisons, nous nous complaisons dans l’héritage colonial ( Etat, langue, religion, monnaie) mais nonobstant ce boulet, nous nous comparons à la Corée. On se demande si la naïveté d’une telle comparaison n’en dit pas long sur la profondeur de notre aliénation.

Si aucun pays prospère au monde n’est dans la situation d’aliénation symbolique dans laquelle se trouve l’Afrique, et dans la mesure où nous n’estimons pas que s’en libérer est la condition sine qua non de notre décollage, alors qu’on me dise par quel miracle l’Afrique  peut parvenir à la même position que les pays prospères de notre brave monde ?

Pays Langue Religion Monnaie
1.  Norway nationale chrétienne nationale
2.  New Zealand nationale chrétienne nationale
3.  Finland nationale chrétienne nationale
4.   Switzerland nationale chrétienne nationale
5.  Denmark nationale chrétienne nationale
6.  Sweden nationale chrétienne nationale
7.  United Kingdom nationale chrétienne nationale
8.  Canada nationale chrétienne nationale
9.  Netherlands nationale chrétienne nationale
10.  Ireland nationale chrétienne nationale
11.  Iceland nationale chrétienne nationale
12.  Luxembourg nationale chrétienne nationale
13.  Australia nationale chrétienne nationale
14.  Germany nationale chrétienne nationale
15.  Austria nationale chrétienne nationale
16.  Belgium nationale chrétienne nationale
17.  United States nationale chrétienne nationale
18.  Slovenia nationale chrétienne nationale
19.  Malta nationale chrétienne nationale
20.  France nationale chrétienne nationale
21.  Singapore nationale chrétienne nationale
22.  Hong Kong nationale bouddhisme/taoïsme nationale
23.  Japan nationale bouddhisme/shinto nationale
24.  Portugal nationale chrétienne nationale
25.  Spain nationale chrétienne nationale
26.  Estonia nationale chrétienne nationale
27.  Czech Republic nationale chrétienne nationale
28.  Cyprus nationale chrétienne nationale
29.  Mauritius nationale chrétienne nationale
30.  Uruguay nationale chrétienne nationale

 

Blog1.jpg

Blog1.jpgBlog1Blog1.jpg

ibinimori

Adenifuja Bolaji

copyright5

Publicités

Un commentaire

  1. Arrêtons de nous comparer aux Chinois. Même les Européens n’ont ps le droit historique de se comparer aux Chinois. Ils étaient encore dans les grottes quand les Chinois ont tout inventé. A Ajaokuta les Nigérians veulent produire de l’acier depuis 30 ans, ils n’y arrivent pas ! Agbako ! Il y a 2000 ans, les Chinois fabriquaient déjà de l’acier !:

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s