Politique et Libido : Postes et Zones Érogènes du Corps National

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Que serait la politique s’il n’y avait des postes à capter, pourvoir, distribuer ou à défendre ! La politique opère en plein dans le champ de l’aliénation. En abdiquant la noblesse de ses idéaux. Elle a de nos jours peu à voir avec la vie de la Cité comme du temps des Grecs. La politique sert aux politiciens à avoir des postes et, une fois en place, de leurs postes haut perchés, à distribuer des postes à tous ceux qui sous eux ne seraient rien sans eux : clients, amis, familles, tribus, etc … Voilà la lutte finale de la politique.
Avec des scandales qui défraient régulièrement la chronique, la chose saute aux yeux. Untel est-il mouillé ? Il perd son poste. Un autre est-il pris la main dans le sac ? Il est viré. C’est ce que demande le peuple. La moindre des choses, dirait-on.

Ainsi conçue, la réponse au crime de corruption privilégie le politique au juridique. Elle tient plus de la loi du sacrifice que d’une nécessité de justice. Mais le fait qu’un Ministre corrompu soit viré doit-il être la réponse exemplaire à son crime ? Jusque dans sa façon d’aller de soi, il y a quelque chose de douteux dans cette exigence dans la mesure où elle est souvent portée par ceux qui guignent sur les postes dont ils réclament à cor et à cri la libération. Le malheur des uns fait le bonheur des autres…
Et toute l’agitation de la politique tourne autour de cette frénésie postière. Il y a deux types de statuts d’homme politique : ceux qui sont en poste, et ceux qui, postés dans l’ombre, convoitent ces postes et sont prêts à s’en accaparer à tout moment. A tel point que lorsqu’un homme en poste commet un crime, s’impose le désir des hommes postés, désir offert en pâture au peuple qui le brandit aux cris de « Démission ! Démission ! »
Pourtant lorsqu’un instituteur est suspecté de crime, tout le monde en convient, la première chose qui vient à l’esprit ce n’est pas de le faire partir de son poste ! Ce qu’on réclame est que le présumé coupable soit remis à la justice. Donc, le fait qu’un élu ayant commis un délit ou un crime doive démissionner de son poste ou écoper d’une sanction administrative devrait être secondaire par rapport à (et séparé de) la nécessité d’être jugé comme n’importe quel citoyen !
Oui, la politique opère dans le champ de l’aliénation. De la notion d’aliénation, il y a plus d’une approche, plus d’une acception, selon les écoles et les théories. Les philosophes comme Hegel, Marx ou les utilitaristes ont chacun leur point de vue original sur le sujet. Mais de toutes les acceptions c’est la conception freudienne qui retiendra ici notre attention. Selon Freud, il y a aliénation lorsque le sujet n’est plus maître de son désir. Désir, voilà le maître-mot ! La politique est un enjeu de désir. Béhanzin, qui n’était pas seulement un grand roi mais un poète hors pair, un communicateur avant la lettre l’avait compris qui disait « Le Monde Tient l’Œuf que la Terre Désire » Depuis Béhanzin, les choses ont changé, le monde marche sur la tête et les choses avec. Maintenant, c’est le terroir qui tient l’œuf que le Monde, tout le monde désire. Un désir dont hélas le Peuple est frustré. Désir individuel de quelques-uns qui s’oppose au désir collectif de la multitude. Désir qui, au niveau des professionnels de la politique, se travestit en obsession de postes.
Selon le paradigme libidocentrique de la psychanalyse, les postes peuvent être assimilés à des zones érogènes du corps de la nation. Et cette façon des hommes politiques de ne penser qu’à eux-mêmes et à leurs plaisirs mesquins n’est rien moins que de l’autoérotisme. L’obsession narcissique de la volupté a tôt fait le lit de la perversion.
De ce point de vue, la frénésie postière qui est la libido de la politique conduit à une frénésie égocentrique qui dénature le corps de la nation et hypothèque son harmonieuse évolution.

Gbetey Beatrice

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