Publié dans Essai

Soglo, ou l’Art d’Être Indispensable

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Dans une Démocratie digne de ce nom, les anciens présidents devraient faire violence sur eux-mêmes pour ne pas porter ombrage à leur successeur, et pire pour ne pas perturber leur action. Cette neutralité ou réserve est une règle d’or respectée dans la plupart des grands pays démocratiques. Sauf en Afrique, où on est confronté au refus de laisser le pouvoir ou, le cas échéant, à sa forme déguisée qu’est le sentiment de se croire  absolument indispensable à la vie politique de son pays.

Au Bénin, Kérékou a respecté la règle de réserve, conformément à son tempérament taciturne et, de par son silence médiatique mystérieux, a semblé basculer dans l’excès contraire. Yayi Boni aussi – sans doute par refus de polémiquer avec son ex-ami devenu son ennemi juré, ou résultat d’un contrat tacite entre eux scellé lors de leur rencontre insolite à Abidjan au tout début du quinquennat.  Le prédécesseur de Talon ne dit rien, même s’il n’en fait pas moins pour mobiliser ses troupes dans l’hypothèse d’un retour en grâce politique.

Mais tel n’est pas le cas de Soglo au Bénin ou d’un Obasanjo au Nigeria. Malgré leur âge avancé et leur retraite légale, ces deux anciens présidents cultivent l’immodestie de se croire indispensable à la vie politique de leur pays, bien qu’ils aient passé le temps légal de pouvoir.

Au Nigeria, il ne se passe pas de jour où Obasanjo ne mette son grain de sel dans telle ou telle sauce politique du pays, multipliant piques et déclarations  polémiques, distribuant des bons points et des mauvais, préconisant des solutions à des problèmes que huit années de son séjour à la tête du pays n’ont pas su éradiquer – par exemple la désastreuse situation de l’approvisionnement électrique – et se donnant le beau rôle, aussi bien éthique que politique.

Au Bénin, Soglo se fait volontiers l’émule d’Obasanjo. Lors des dernières présidentielles, Soglo peut se targuer d’avoir joué un rôle décisif dans l’élection de Talon. Après avoir un temps tergiversé  dans sa position vis-à-vis de Lionel Zinsou,  il a très vite pris position contre le Français, le chargeant d’être le représentant de la Françafrique contre laquelle il avait la dent dure. Même s’il a qualifié le choix qui incombait aux électeurs béninois comme celui de l’alternative problématique de la peste et du choléra, en fin de compte, il a opté résolument et passionnément pour Talon. Et la victoire a suivi. Il n’est pas sûr que s’il avait fait un autre choix, Talon ne serait pas passé ; car le passage aux élections présidentielles sous le Renouveau Démocratique béninois est fonction directe de la mainmise sur ce que Talon lui-même, dans une vicieuse analogie avec le système américain,  a qualifié de « grands électeurs » ; dès lors que ceux-ci n’obéissent pas aux idées ni aux beaux discours mais plutôt aux arguments sonnants et trébuchants,  domaine d’excellence de Talon.

Or, voilà que Talon élu et Soglo tardant à récolter le fruit  de son labeur électoral ; et pire commençant au contraire à subir les contrecoups de sa politique égocentrée, vorace et cupide à l’extrême, le vieux, de frustration écorché, se réveille et hurle ses griefs sous forme de critiques non dénués de fondement, mettant en exergue le péril national.

Depuis son éviction démocratique du pouvoir en 1995, Soglo n’en est pas à sa première dans la montée au créneau contre le régime de ses successeurs. Et ses interventions, derrière leur bonne volonté nationale, cachent souvent des motivations moins défendables parce que plus personnelles.

Il l’a fait avec Kérékou. Mais alors, c’était dans un contexte où il nourrissait encore l’espoir de revenir aux affaires. Ensuite, bien que Yayi fût présenté comme son fils politique, à mainte reprise, il a eu maille à partir avec son régime, et parfois s’est livré à des critiques d’une virulence déplacée, par rapport aux devoir de réserve de son statut d’ancien président. Même si il faut signaler à sa décharge qu’il agissait alors souvent ou parfois dans le cadre d’une opposition officielle au pouvoir sous l’égide de l’Union fait la nation, un rassemblement de partis dont il était le président d’honneur.

Mutatis mutandis, c’est le même scénario qu’il recommence avec Talon. Au nom de l’intérêt national menacé et de la Démocratie prétendument en danger. Comme il l’a fait hier avec Yayi Boni, Soglo porte le fer brûlant au cœur du pouvoir de son successeur. Mais dans les deux cas,  son geste n’a rien d’un souverain bien.

Quand, dans une interview à RFI en mars 2008, M. Soglo a traité Yayi de tous les noms, c’était parce que celui-ci  avait voulu le déloger, lui et son clan, de la mairie de Cotonou qu’ils avaient transformée en refuge politique et vache à lait. Aujourd’hui, l’attaque de Talon et de son régime par Soglo, bien que justifiée par une série de raisons qui n’ont rien d’imaginaire, n’a pas moins un relent de combat d’arrière garde en faveur de son fils, Lehady, poussé à l’exil par le régime que le vieux lui-même a contribué à porter au pouvoir.

Au total, la manie de nos anciens chefs d’Etat de se croire absolument indispensable n’est que le pendant de leur désir de s’éterniser au pouvoir. Le non-respect du devoir de réserve de leur statut d’ancien président n’apporte rien de bon à la Démocratie, ni à la nécessaire relève des générations. Cette manie d’intervenir dans le champ politique à tout propos ne fait qu’envenimer son climat, surtout, comme c’est souvent le cas, lorsque ces interventions, loin d’être d’une pureté de cristal, sont lestées de motivations personnelles à peine cachées.

Adenifuja Bolaji

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