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Le Peuple selon Ernesto Laclau

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Du philosophe argentin récemment disparu, le lectorat français connaît la théorie du populisme de gauche, source d’inspiration pour les partis Podemos et Syriza. Mais cette théorie n’est qu’un rouage d’une réflexion plus générale sur le conflit démocratique, ouvrant de nombreuses pistes pour les sciences sociales.

jLe 13 avril 2014 s’est éteint à Séville le philosophe Ernesto Laclau (1935-2014). Ce théoricien post-marxiste a marqué toute une génération de spécialistes de l’action collective et des mouvements sociaux, entre l’Amérique Latine et l’Europe. Il est connu aujourd’hui surtout pour sa théorie du populisme de gauche, qui a inspiré les renouvellements de la gauche radicale en Espagne (Podemos) et en Grèce (Syriza). Mais cette théorie ne constitue qu’un aspect d’un questionnement plus général, auquel le philosophe a consacré toute sa vie : quelle place faire au conflit populaire, à ses catégories et ses formes propres, dans les démocraties représentatives modernes ? Sa réponse, étayée à partir de l’observation de la politique latino-américaine et européenne, est double.

D’une part, si l’on veut comprendre les conditions dans lesquelles un conflit démocratique peut surgir dans la vie sociale, il faut regarder du côté des revendications de justice, égalité et dignité qui émanent des subalternes (prolétariat et précariat, femmes, colonisé-e-s, populations issues de l’immigration postcoloniale, sans-papiers, publics LGBT, etc.). En raison de la domination symbolique qui affecte ces groupes sociaux, et de leur faible organisation collective, ces revendications restent souvent inaudibles dans la société. D’autre part, lorsqu’elles percent enfin la barrière du silence, de l’invisibilité sociale et de l’illégitimité politique, ces demandes renouvellent profondément la communauté démocratique. À travers elles, les régimes démocratiques prennent conscience des limites qu’ils imposent à l’expression des droits, et se révèlent dans leur nature profondément conflictuelle : comme si leur logique profonde était de se remettre toujours en question pour élargir la liberté et l’égalité, sous la forme d’un processus inachevable.

La mission que Laclau donne à sa théorie politique est donc de faire tenir, dans une même conceptualisation de la démocratie, sa nature de « régime politique » (c’est-à-dire un ordre institutionnel et juridique à protéger) et sa dimension utopique et radicale telle qu’elle jaillit des conflits sociaux, qui en fait l’antithèse même de l’ordre et du statu quo.

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