Publié dans Essai, Trad

Résistances aux Réalisations Endogènes en Afrique : le Cas du Manioc au Nigeria

Le progrès des nations africaines passe par le développement de l’agriculture, et la mise en œuvre d’une conscience active endogène. Mais la réalisation de cet impératif est freiné par les  intérêts néocoloniaux ; intérêts dans lesquels une classe d’entrepreneurs et commerçants locaux véreux trouvent leur part et donnent la main aux capitalistes internationaux pour torpiller les efforts de production endogène cohérente et prometteuse.

Au Nigeria ce combat d’arrière garde à motivation égoïste est récurrent dans l’histoire économique du pays et touche presque tous les secteurs où la volonté de réalisation endogène est toujours en butte à la logique de vassalisation économique et industrielle, qui définit l’Afrique au mieux comme l’appendice sinon l’anus du système international.

Au Nigeria, beaucoup d’exemples illustrent cette absurde connivence avec l’étranger pour clouer sur place la volonté de réalisations endogènes légitimes.  Par exemple l’échec de la construction d’un métro à Lagos n’est pas un hasard, puisqu’il profite au lobby des industries automobiles qui ont fait de ce pays populeux un fabuleux dumping ground. De même, le hasard qui a voulu que ce grand pays pétrolier soit incapable de mettre sur pied de façon fonctionnelle des usines de production et un réseau de distribution d’électricité  profite aux marchands de groupes électrogènes qui font tout pour que le régime épileptique de production/distribution de l’électricité au Nigeria perdure.

Dans le domaine de l’industrie agroalimentaire de nombreuses idées de productions endogènes sont subtilement  torpillées  en raison des intérêts du capitalisme occidental, en cheville avec la bourgeoisie compradore locale aveuglée par ses profits immédiats à courte vue, et peu désireuse de s’adapter dans l’intérêt national.

Le cas de la transformation de la fabrication du pain, par substitution partielle de la farine de manioc à la farine de blé est un exemple de cette résistance d’arrière garde, qui cloue la volonté endogène africaine, et renvoie aux calendes grecques la réalisation de ses plus beaux projets.

Pourtant, selon un porte-parole du ministère nigérian de l’Agriculture, le Dr Olukayode Oyeleye, l’initiative du pain de manioc est une bonne chose, destinée à épargner au Nigeria d’énormes devises.
Ce cadre a également indiqué qu’un certain nombre de producteurs de manioc de haute qualité avaient vu le jour et que davantage de sensibilisation était en train d’être créée sur le sujet.
Selon la Directrice générale de l’Institut Fédéral de Recherche Industrielle – (FIIRO), Mme Gloria Elemo, le manioc est une récolte d’un avantage certain, le Nigeria étant le plus grand producteur au monde avec une production annuelle actuelle d’environ 54 millions de tonnes métriques.
Elle a toutefois indiqué que plus de 90% de la production annuelle était destinés à l’alimentation avec une petite part réservée à l’usage industriel.
«Le Nigeria peut récolter les bénéfices de ce précieux produit à condition  d’accroître la part  industrielle de la production. La farine de manioc de haute qualité a été développée à cette fin pour la substitution partielle de la farine de blé dans la boulangerie et la confiserie.
« Les bénéfices qui en découlent à un niveau d’inclusion de 20 pour cent de manioc dans la  production de pain et de confiserie comprennent: les économies potentielles annuelles en devises de N127 milliards; création de trois millions d’emplois au cours des trois prochaines années grâce à des emplois directs des parties prenantes opérant dans la chaîne de valeur et à l’effet multiplicateur; développement industriel grâce à la création d’environ 3 000 PME de transformation du manioc; réduction du coût du pain d’environ 15 pour cent à court terme et une réduction plus importante à long terme ainsi que l’établissement d’environ 19 350 boulangeries commerciales au cours des trois prochaines années par des entrepreneurs profitant de nouvelles opportunités d’affaires et de solides incitations gouvernementales.
Mme Gloria Elemo a également déclaré que des expériences scientifiques avaient confirmé que le pain de manioc n’avait pas d’effets secondaires sur la santé et la nutrition et que sa consommation pourrait ne pas représenter une menace pour la réponse de la glycémie des individus comme c’était insinuée.
« La technologie de production de pain de manioc est déjà établie au Nigeria avec différents centres de recherches qui travaillent de façon concertée », a déclaré Mme Gloria Elemo.
De plus a-t-elle rappelé, en 2011, le Nigeria a importé environ 3,9 millions de tonnes de blé, dont 3,3 millions de tonnes provenaient des États-Unis.
« La valeur annuelle actuelle de l’importation de blé est d’environ N635 milliards; Alors que l’importation totale entre 1999 et 2010 s’élève à N 1087 milliards (6,792 milliards de dollars). C’est une indication claire de la forte perspective pour le développement de substituts locaux pour la farine de blé », a-t-elle dit.
Elle a également dit qu’il était évident que l’industrie du pain de manioc pourrait stimuler l’économie du Nigeria mieux que ce qu’on pourrait imaginer.
« Ce qui reste, c’est la volonté politique et une législation appropriée pour conduire l’industrie du pain de manioc afin que le Nigeria puisse commencer à récolter les bénéfices de cette production précieuse. Le Projet Vision 20: 2020 ne peut être réalisé sans des industries locales comme l’industrie du manioc avec un potentiel élevé de développement rural, de création d’emplois, de création de richesse et de valeur ajoutée à la matière première locale », a-t-elle déclaré.

En Afrique l’indépendance formelle, — qu’elle soit arrachée ou octroyée — ne serait qu’un vain mot, une grimace hypocrite si elle n’est accompagnée d’une réelle émancipation économique. Et cette émancipation économique passe par la capacité de prendre en mains notre économie et de conduire nos réalisations endogènes en fonction de nos intérêts et de nos potentialités, – humaines ou matérielles, qui doivent être avant tout tournées vers le bien-être des Africains. Pour ce faire, les résistances que subit la volonté endogène à travers ses multiples projets et réalisations aussi pertinentes que légitimes doivent être combattues par une réelle volonté politique.  Le principe éthique de ce combat est que l’Afrique appartient aux Africains, et elle a assez souffert de l’exploitation étrangère, de la passivité industrielle imposée, et du conditionnement en tant que pourvoyeuse de matières premières pour un Occident crapuleux,  cupide, capitaliste et raciste.

Alan Basilegpo

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