Publié dans Essai

Bienveillance du Président Talon envers ses Coaccusés dans l’Affaire Tentative d’Empoisonnement : Gratitude ou Compassion ?

blog1

 Dans l’Affaire de tentative d’empoisonnement présumée de Yayi, cinq personnes étaient les protagonistes, outre le suspect numéro un et présumé commanditaire qu’est M. Patrice Talon. Et aujourd’hui avec les vicissitudes politiques à la tête du Bénin, qui ont vu l’ex-présumé coupable devenir Président et l’ex- présumé victime un citoyen tout ce qu’il y a de plus ordinaire, on peut se demander si le temps et le sort des uns et des autres n’éclairent pas un peu plus notre lanterne sur ce fait d’un passé récent. Notamment lorsqu’on considère le sort qui est fait aujourd’hui par Talon aux protagonistes de l’affaire.

 Ces cinq protagonistes sont Melle Kora Zouberath, présumée nièce de M. Yayi ; le Docteur Ibarahim Cissé, médecin personnel de Yayi. M. Johannes Dagnon, expert-comptable et cousin de M. Talon ; le commandant Pamphile Zomahoun. Enfin, M. Soumanou Moudjaïdou, ex-Ministre de Yayi puis Directeur de la Sodeco, une des sociétés phares de Talon que Yayi a saccagées, et qui a été restaurée par lui après son arrivée au pouvoir.

Cette restauration, à l’instar d’autres gestes troublants initiés par M. Talon en tant que chef de l’État et chef du Gouvernement, a laissé dire à plus d’un observateur que la motivation de l’arrivée au pouvoir du magnat béninois du coton était surtout de redresser ses sociétés ; et que tout le tintouin fait autour de sa soi-disant passion institutionnaliste, avec en ligne de mire la limitation du nombre de mandat présidentiel à un, n’était qu’un fabuleux dormitif, une belle diversion savamment orchestrée. C’est vrai que si on enlève cet intérêt à l’amélioration institutionnelle de la Démocratie béninoise qu’affiche rageusement M. Talon, on ne voit pas ce qui peut pousser un homme d’affaires sans parti politique à forcer son chemin vers le sommet du pouvoir politique. Attention, ce n’est pas l’identité ou la fonction d’homme d’affaires qui est en cause ici :  M. Trump par exemple appartient à l’un des grands partis politiques de son pays, de même que M. Berlusconi en son temps. Certes, Talon avait toujours plus ou moins financé les acteurs politiques. Le but de cette manœuvre de l’ombre n’était pas politique mais d’intérêt personnel et économique. En retour de sa générosité financière, il attendait le renvoi d’ascenseur par les politiques, notamment le chef de l’État régnant dont il a gracieusement financé l’accession au pouvoir. De ce jeu auquel jouent la plupart des hommes d’affaires plus ou moins en vue, Talon était le roi, et damait implacablement le pion à ses concurrents. Avec Yayi Boni qui a été sa plus grosse prise présidentielle, il a à la fois connu le meilleur et le pire. Mais si la nécessité patriotique d’assurer  le départ du pouvoir d’un Yayi qui remuait ciel et terre pour s’y accrocher pouvait se comprendre, on comprend mal que Talon jette le masque et force son chemin vers le sommet du pouvoir, sans vergogne ni scrupule, en flagrant abus de sa douteuse indispensabilité.

 Si M. Talon est devenu Président de la République, c’est qu’il a des objectifs personnels très précis qu’il n’entend confier à personne d’autre — l’expérience lui ayant prouvé les risques et les limites de l’exercice du pouvoir par marionnette interposé. Il va de soi que Talon est devenu Président pour s’assurer d’être le successeur de Yayi non pas pour être son continuateur testamentaire mais le redresseur des torts — moraux et matériels — qu’il lui a faits.

Maintenant, il est intéressant de voir comment Talon procède pour accomplir la mission qu’il s’est assignée. D’une part, tout le monde a vu qu’une série de décisions ont été prises par son gouvernement qui ont eu pour effet l’annulation des mesures prises par Yayi Boni dans la filière du coton qui étaient défavorables à ses intérêts. Que les mesures de Yayi fussent néfastes et les décisions du Président Talon salutaires à la filière coton est une autre paire de manche que le temps se chargera d’éclaircir ou de juger. Le lien entre les gestes motivés de Talon Président, et les accusations de tentative d’empoisonnement n’en sont plus que renforcées. Puisqu’une lecture possible de la motivation de l’homme d’affaire Talon de devenir Président de la République est qu’il a voulu faire par un moyen officiel, légal et ouvert ce que dans un premier temps il est accusé d’avoir voulu faire de façon crapuleuse, illégale et occulte. Ce décryptage dédiabolise rétrospectivement les accusations de Yayi Boni portées contre l’homme d’affaires Talon, et les fait voir moins extravagantes et moins imaginaires  qu’elles n’aient pu paraître à première vue, ou selon un entendement faussement naturalisé.

On voit par exemple que les gestes de Talon Président de la république à l’égard des coaccusés dans la tentative d’empoisonnement de Yayi Boni dont il est le commanditaire présumé, ces gestes de reconnaissance empreinte de générosité sont à plus d’un titre éloquents.

Ces gestes prouvent que l’homme d’affaire Talon connaissait bien ses coaccusés, et entretenaient avec eux des liens étroits de confiance et de complicité qui ne sont pas incompatibles avec les accusations de complot à finalité politique. Des cinq coaccusés, l’un — M. Dagnon Johannes est devenu super conseiller  à la Marina, sans jamais être signalé auparavant comme un génie politique  ; un autre, le commandant Pamphile Zomahoun est devenu Chef des services de renseignements béninois. Enfin, l’ex-ministre Soumanou Moudjaïdou vient d’être nommé ambassadeur par le Président Talon.

 Au moins trois protagonistes sur cinq de l’Affaire dite de tentative d’empoisonnement ont été pour ainsi dire récompensés. Mais de quoi ? est-on tenté de se demander. De leur confiance en M. Talon, ou de leur complicité criminelle présumée ?

Les deux autres protagonistes non remerciés jusqu’à présent sont la nièce présumée du Président Yayi, Melle Kora  Zoubérath, et le Docteur Cissé, médecin personnel de Yayi Boni. Il est vrai que Melle Zoubérath n’a pas le profil pour une nomination facile, et que les fourre-tout éculés de l’UNESCO ou de la Francophonie sont déjà remplis à ras-bord. De plus, toute tentative d’en faire un peu trop concernant la présumée nièce de Yayi Boni censée avoir joué un rôle clé dans le scénario incriminé risquerait de sauter aux yeux, et de confirmer la vraisemblance des accusations.

 Rétrospectivement, le temps est un facteur structurant des intentions cachées ou inconscientes de l’homme. Par ses gestes à leur endroit, le Président Talon trahit une gratitude suspecte envers les protagonistes de l’Affaire de tentative d’empoisonnement  de Monsieur Yayi dont il fut accusé d’être la commanditaire. Mais au vu de sa propre traversée du désert, et des souffrances personnelles qu’il a endurées dans cette affaire ou sa culpabilité n’a pas été prouvée, on peut comprendre que sa gratitude soit  motivée par la compassion. Et, en politique la compassion est une passion rentable.

 Adenifuja Bolaji

copyright5.png

Publicités

Un commentaire sur « Bienveillance du Président Talon envers ses Coaccusés dans l’Affaire Tentative d’Empoisonnement : Gratitude ou Compassion ? »

  1. Bonjour,
    Le contexte problématisé de l’article (faits sociopolitiques évoqués), les hypothèses d’analyse et les résultats obtenus (promotion des 3/5 des protagonistes) conforte une méthodologie dont la validité scientifique reste moins que vraisemblable. Le Président Talon est aujourd’hui le 1er Magistrat de tous les béninois. Reste que le temps confirme et/ou infirme ses ambitions à faire du Bénin un pays qui reflète sa devise: Justice Fraternité Travail.
    Bien amicalement

Les commentaires sont fermés.