Zinsou, Reviens dans 5 Ans !

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Zinsou reviens dans cinq ans. Les Béninois ont été choqués par ton comportement prédateur, cette façon de venir lo-jiji¹, comme un aigle qui fond sur sa proie, ne leur a pas plu du tout. Ils n’ont pas compris qu’un homme à l’image jusque-là si clean, Français au demeurant, assume sans états d’âme le bilan calamiteux de Yayi, qui pour eux est synonyme de ICCS, CENSAD, DANGNIVO, MACHINES AGRICOLES, CONCOURS FRAUDULEUX, RÉGIONALISME, etc…

C’est pour cela que pour regagner leur estime, il te faudra retravailler la perception qu’ils ont de toi et de ton éthique personnelle, qui est pour l’instant au plus bas, ruinée par cette façon condescendante et  par trop sûr de soi que tu avais de te croire capable de venir ramasser le pouvoir, comme le font les repreneurs d’entreprise à 1 € symbolique.

Pour commencer, implique-toi un tant soi peu dans la vie politique du pays. Crée un parti, ou intègre un parti déjà existant pour mener des actions concrètes de développement. Trouve-toi une ville sympathique du pays dont tu pourras être candidat au poste de maire, ou une circonscription dont tu seras le représentant au parlement aux prochaines élections législatives. Ainsi, tu vas pouvoir prouver au niveau local tes capacités et ton talent de développeur, que racontent sur tous les toits les hérauts de ta légende un peu surfaite, que tes huit mois à la Primature n’ont pas permis de prouver ou à tout le moins de libérer.

Dans l’intérêt de ton leadership dont il est insensé de te faire grâce les yeux fermés, comme le font ceux qui font rimer leadership avec Normal-Sup, origine française, richesse, diplôme ou technocratie, profite de ce temps pour te plonger dans la mentalité des Béninois. Par cette plongée nécessaire, tu connaîtras  le pays profond et ses habitants, leurs mœurs et coutumes.

Enfin, toi qui es si intelligent à ce qu’il paraît, profite de ces cinq années pour apprendre et parler couramment une ou deux langues du pays. A cet égard, je te conseille de t’intéresser au Fon et au Yoruba ; non seulement pour des raisons politiques évidentes mais parce qu’on ne peut pas s’appeler Zinsou — un nom dont tu as voulu à corps perdu exploiter la résonance culturelle dans la mentalité collective, hélas sans succès ! — sans connaître une langue d’origine Aja. Or le Fon est la langue d’origine Aja parlée par le plus grand nombre de nos compatriotes. Le Yoruba, langue originaire du Sud, a le double avantage de sa prégnance symbolique et de sa transversalité régionale. Et pour un homme comme toi qui se réclame de Savalou, pays des Oba guidi, connaître le fon et  le yoruba c’est affirmer la pleine mesure de son métissage.

 Après ces cinq ans d’apprentissage de la vie au Bénin et de ses réalités, tu peux revenir et briguer le suffrage des Béninois aux prochaines élections présidentielles. Alors, sans garantir qu’ils t’accueilleront les bras ouverts, je pense qu’ils seront plus disposés à entendre ce que tu as à leur proposer. En tout cas, ils te considèreront moins comme le candidat de la Françafrique, et prendront moins au premier degré des phrases ambigües comme « l’Afrique appartient à l’Europe » ou « la Françafrique est un mythe », que tu prononças jadis en ta qualité de Français de France. Ils te dissocieront dans leur esprit de l’image funeste qu’ils garderont longtemps de Yayi Boni. Après ces cinq ans de propédeutique nationale, tu auras troqué ton statut actuel d’étranger politique contre l’image rassurante d’un autochtone politique, alors et alors seulement, tu pourras aller à la conquête de la Marina et avoir quelque chance d’être victorieux. Mais pas avant ; et si toutefois, au mépris de la volonté du peuple, venait à Yayi et Holo l’idée farfelue d’en décider autrement, il leur en cuira.

Saïzonou-Grémont Dominique, Poète slameur, Bruxelles 

¹ soudainement, par surprise (yoruba)

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