
Le second tour de l’élection présidentielle approche et les pronostics vont bon train. Pour avoir une idée de ce qu’il va se passer dimanche prochain, il serait bon de comprendre comment dans des cas similaires les Béninois se sont comportés.
Comme en 2011, le K.-O. a privé le pays d’un second tour, nous allons faire une comparaison rapide avec les élections de 2006, qui, comme celle de 2011, sont des élections auxquelles ne participe pas le président sortant. A ceci près que la tactique de résistance du président Kérékou à son sort de sortant ne fut pas la même que celle de Yayi Boni. Les deux hommes ont essayé de modifier la constitution sans succès. Mais alors que Kérékou misait sur un désordre éventuel ou une contestation pour reprendre la main par l’intermédiaire de son Ministre de la défense, le Général Azonhiho ressuscité, réhabilité et remis en selle pour la circonstance, Yayi Boni lui a opté pour la tactique ouverte de la désignation d’un dauphin, et de son soutien acharné.
On s’est ému du grand nombre de candidats au premier tour des élections de 2016, qui est de 33 ; mais force est de relativiser ce record, quand on sait qu’en 2006, il y avait quand même 26 candidats ; donc par rapport à 2006, cela ne faisait que 7 candidats de plus. Donc la tendance au grand nombre de candidats aux élections présidentielles ne date pas d’aujourd’hui.
En 2006, Yayi Boni était sorti en tête au premier tour avec 35, 60% des voix contre son adversaire, Adrien Houngbédji qui avait un score de 24,33% . L’élection était caractérisée par un taux d’abstention de 25, 14%.
Entre les deux tours, il s’était formé une coalition appelée Wologuèdè, qui avait choisi de soutenir Yayi Boni. Un phénomène de ban avait fonctionné en faveur de Yayi Boni, devenu le coqueluche des partis et des personnalités politiques. Cette nébuleuse dite Wologuèdè était constituée, entre autres, de la quasi-totalité des candidats à l’élection présidentielle. Et Houngbédji était forcé d’être seul contre tous. Au final, l’élection du second tour s’est soldée par le score que l’on sait : Yayi Boni a été plébiscité avec 74, 51% et Houngbédji à 25, 49% des suffrages exprimés. Signalons que l’abstention au second tour a grimpé à 32,99% tandis que la participation était de 67,01%.
En somme Houngbédji, abandonné de tous, n’a pour ainsi dire pas bougé de son score plancher du premier tour. Ce constat est utile pour notre bonne gouverne de prédiction.
En effet en 2016 que constatons-nous ? Nous constatons que le même phénomène de ban se forme en faveur de Talon. Que le groupe Wologuède fut pour Yayi Boni en 2011, ce que la coalition active de la Rupture est ou sera pour Talon en 2016. Zinsou et consort ayant commis l’erreur de faire le plein de leurs alliances au premier tour, sont enfermés dans la tour solitaire où fut enfermé Houngbédji en 2006. Et de fait, sur les 33 candidats à l’élection du premier tour, la totalité de ceux qui ont un score sérieux, et pas moins de 25 candidats optent pour la coalition de la rupture. Donc le phénomène de ban, c’est-à-dire le cercle vertueux des nantis — dont la loi est : « on ne prête qu’aux riches » — fonctionne en faveur de Talon ; personne ne veut être du côté du perdant.
Dans ces conditions, toutes proportions gardées, on peut penser que le score au second tour de Zinsou qui, en 2016 — ironie du sort — joue en quelque sorte le rôle de Houngbédji de 2006, ne sera pas loin de son score du premier tour. Il peut certes l’améliorer, mais selon toute vraisemblance certainement pas de beaucoup. Actuellement autour de 27%, il pourrait aller à 30 ou tout au plus à 40% !
Donc il est fort possible que le score du second tour des élections de 2016, si aucun bidouillage n’intervient, soit de 70% contre 30% ou au pire 60% contre 40%
Prof. Babatunde Alabi
![]()