
Certain Béninois instruits, qu’on appellerait simplement akowé — car ce serait une insulte pour la pensée de les qualifier d’intellectuels — face à la menace d’aliénation de notre indépendance à laquelle est confronté le Bénin à travers la candidature de Lionel Zinsou, ont choisi la posture sournoise du silence ou de l’indifférence futée. Un silence anti-intellectuel parfaitement stupéfiant, mais compréhensible si l’on songe que les intéressés qui n’ont jamais manifesté pour cette reconnaissance publique, n’ont rien d’intellectuel, en dépit de leur simagrées de chaque jour. Mais c’est un silence parlant, voire éloquent, car pour ces bien-pensants et donneurs de leçons, tout soutien franc et passionné, toute prise de parole en faveur de Zinsou, risque d’être contre-performant et par cela même contre-indiqué pour le succès de sa funeste entreprise. Et là où le cas échéant leur prise de position intellectuelle contre l’infamie aurait eu un effet négatif certain, tout ce qui leur est demandé contre récompenses et promesses est de se taire. Comme le célèbre personnage de Raymond Devos, les voilà payés pour ne rien faire ! Pour Lionel Zinsou et ses promoteurs, le silence de ces parleurs publics traditionnels est d’or, là où leur parole même élogieuses ou dithyrambiques n’est qu’argent sale.
L’autre posture des collabo de la bêtise, termites de la décadence éthique de notre race, est le choix de la parole soi-disant neutre. Cette parole dans sa neutralité perfide, s’adonne à des commentaires spécieux ou à des exercices de naturalisation de ce qui n’a rien de naturel. Soit elle disserte sur l’attitude du lettré face au politique, soit elle examine dans une bienveillance faussement critique les propositions d’un candidat dont l’existence même est polémique. Or qu’est-ce que tenir pour existant une candidature dont l’existence même est l’objet d’une polémique nationale, sinon prendre parti par contrebande ? Le Béninois lettré spécule volontiers sur l’oligophrénie de ses semblables — certes avec l’excuse de l’égoïsme aveugle imposée par sa bonne volonté sociologique.
Au total silencieuse ou verbeuse, cette tourbe infecte d’intrigants lettrés, est pour la figure de l’intellectuel ce que la contrebande, le Fayawɔ, est pour le commerce honnête.
Aminou Balogun
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