Pour en Finir avec la Bonne Volonté Régionaliste de l’Élection-compensation du Président du Nord

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aka1La caractéristique fondamentale — et la source première —  de l’échec du Renouveau démocratique est l’élection du Président nordique. Cette élection qui a la prédilection des tenants du système parce que contribuant à masquer la faiblesse structurelle du Nord et entretenant l’illusion d’une totalité nationale solidarisée, cette élection paradoxale au vu de la majorité démographique du Sud dans un contexte de prévalence ethnique, est une erreur grave et fatale.
Pour élire le président nordique, un groupe d’intermédiaires politiques — ou plus exactement électoraux — du Sud plus ou moins opportuniste se porte garant. Ce groupe, appâté par des promesses mirobolantes de postes, conduit les populations du Sud à voter pour le Président du Nord ; et, dans une euphorie d’illusion nationale, les populations sont amenées à identifier le pouvoir de leurs ressortissants à celui du Président nordique qu’ils élisent.
Mais il s’agit d’un marché de dupe et d’un consensus frauduleux ; et ce pour deux raisons.
1. En dehors des petits sous qui sont distribués lors des votes aux petits électeurs, seuls les grands intermédiaires sont habilités à espérer un bénéfice politique effectif de l’élection du Président nordiste. Ce bénéfice que l’on peine à qualifier de politique se traduit en postes divers. Depuis le poste constitutionnellement fantaisiste de 1er Ministre aux postes de Directeur, d’Ambassadeur, en passant bien sûr par l’incontournable poste de Ministre, source de profits, de privilèges et d’opportunités objectivement juteux.
2. Outre le fait que la réalisation effective de ces promesses n’est souvent pas à la hauteur des enthousiasmes électoraux qu’elles ont drainés, elle est à la merci du bon vouloir du Président Nordique qui, une fois élu, s’affirme volontiers maître à bord, et n’hésite pas à renvoyer balader ses chacals du Sud, trop exigeants à son goût, et surtout au goût de ses partisans régionalistes, qui estiment naturellement que le pouvoir leur échoit en exclusivité. En réussissant à élire un président de leur région, les régionalistes nordistes en déduisent qu’ils sont majoritaires et dès lors n’ont pas à s’embarrasser de la réalité démographique déjà soumise à la sanction électorale.
Ainsi, on ne saurait l’affirmer assez, l’élection du président nordiste dans ces conditions est une erreur grave, qui rend raison de l’échec patent du Renouveau Démocratique et de l’échec social et économique du pays.
En effet, une fois élu, le président est soit l’otage du groupe intermédiaire du Sud qui a contribué à faire du minoritaire un président. Or un président otage d’un groupe d’intérêt personnel ne peut gouverner comme cela se doit. Tel a été le cas de Kérékou — que certains sudistes, avec une confondante fierté, se targuent d’avoir ramené dans le jeu au moment où il seyait de laisser cet ex-dictateur à sa belle mort politique. Kérékou dont le gouvernement a été un grand moment de laisser faire et de médiocrité congénitale, caractérisé par la corruption et l’impunité. La conclusion de tout cela a été la misère de masse, la régression morale, sociale et économique du pays, ainsi que la démoralisation générale de ses habitants.
Soit le Président se soustrait à l’influence de ses intermédiaires opportunistes, alors il se retrouve en porte à faux politique. 35% de la population se place au-dessus du reste, et agit comme si le reste n’était que quantité négligeable. La corruption, les scandales à n’en plus finir, la gabegie sur fond d’impunité sont monnaie courante. C’est le cas de Yayi Boni qui conduit à des résultats pires que ceux de son prédécesseur nordiste Kérékou, et ce sur tous les plans : économique, social, mais aussi éthique, politique et moral. C’est l’impasse et le désarroi à tous les étages.
La preuve que la situation politique, sociale et économique calamiteuse dans laquelle se trouve le Bénin actuellement est due à l’élection répétée du Président du Nord — et selon le procédé vicieux qui y préside — est une preuve statistiquement imparable.
Depuis 1990, date de la première élection présidentielle sous le Renouveau Démocratique, jusqu’à 2011, date de la dernière, il y a eu en tout 5 élections présidentielles. Sur ces 5 occurrences, 4 sont allées au Nord qui pèse 35%, et 1 seule est allée au Sud, qui pèse 65%. Cynique injustice régionale perpétrée en toute bonne conscience nationale ou républicaine, et qui aboutit à l’impasse, la démoralisation et la misère générale. En 55 ans d’indépendance et après presque 50 ans de présidence, le président nordique n’a pu rien faire ni au Nord, encore moins au pays tout entier. Parce que le minoritaire a tendance à gouverner avec des mœurs de minoritaire, structurellement contrarié ; et le majoritaire a tendance à gouverner avec des mœurs et une éthique de majoritaire. Tandis que le minoritaire souvent complexé, se replie sur lui-même et rejette l’autre, isole et rétribue ses soldats politiques régionaux, le président majoritaire au contraire gouverne pour le groupe majoritaire mais aussi pour le groupe minoritaire directement sans être l’esclave de ses intermédiaires ethniques ou régionaux.
C’est pour cela que l’histoire retiendra définitivement que de tous les trois présidents qui se sont succédé à la tête du pays depuis 1990, seul Soglo est celui qui a conduit le pays sur un chemin de prospérité partagé, de progrès et de justice interrégionale. Tout le reste n’a été qu’embarras, déception, mensonge, manipulation, mauvaise foi, injustice, corruption, scandale et impunité sacralisée. Source et caractéristique fondamentale de l’impasse politique dans laquelle le pays se trouve maintenant.
Il faut donc mettre fin à cette bonne volonté régionaliste de l’élection-compensation du président du Nord, grâce à l’appui d’un noyau de courtiers électoraux du Sud, qui en fin de compte ne représentent qu’eux-mêmes, pour le meilleur ou pour le pire. Ce coup d’arrêt crucial et urgent qui laisse la démocratie respirer doit aussi conduire à mettre fin à l’idée insidieuse et politiquement farfelue de Premier ministre imaginaire. Car c’est par le canal de cette fiction que le système entretient l’illusion d’un rééquilibrage du pouvoir, alors qu’en réalité la minorité, par l’intermédiaire du Président qui est constitutionnellement le Chef de l’État et le Chef du Gouvernement, continue de régner au nom de la région qu’il représente.
S’il est souhaitable que le poste de Premier Ministre existe dans le but d’un effectif rééquilibrage du pouvoir dans un système présidentiel qui consacre la toute-puissance du chef de l’État — rééquilibrage en faveur de la minorité régionale, comme cela se fait par exemple au Nigeria voisin avec le poste constitutionnel de Vice-président — force est de réviser la constitution à cet effet.
L’échec du Renouveau Démocratique tient sans doute à plusieurs raisons ; mais la principale en est le procédé injuste et inopérant par lequel le représentant d’une région minoritaire dans un contexte de prévalence ethnique émerge régulièrement comme gagnant de l’élection présidentielle. Ce n’est pas en concédant par tractation la présidence à une région qu’on va améliorer son sort. Aucune région du Bénin ne peut se redresser de ses tares structurelles si le Bénin s’enfonce dans l’impasse, la corruption, la médiocrité, la pauvreté et la misère.
Retrouvons la bonne respiration démocratique dans la justice régionale et le pays ira mieux pour tous.

Dr Aklasatɔ Zéphyrin

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