Lettre à Pancrace sur l’Attaque de Rosine Soglo Contre Lionel Zinsou

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writting1_thumb.pngMon Cher Pancrace,

Dans ta dernière lettre, tu me demandes ce que je pense des récents propos fracassants de Rosine Soglo sur ZL Tu me dis : « en dépit de la condamnation unanime des autres députés, qui donnent à l’évidence dans le politiquement correct, cela ressemble à s’y méprendre à la vérité qui blesse : qu’en penses-tu ? »
Eh bien, mon cher Pancrace, je suis d’accord avec toi sur plus d’un point à ce sujet. D’abord, la condamnation des députés est une attitude hypocrite, qui comme tu l’as bien relevé se veut politiquement correct. Plus facile de condamner par conformisme que d’oser dire la vérité au nom de la dignité et de l’honneur.
Le problème de fond est celui de la dignité de notre pays, de sa liberté, et de notre indépendance véritable. La France ne veut pas lâcher les baskets à ses anciennes colonies, et elle s’échine à lancer des ballons d’essai dans les nouvelles formes de recolonisation de notre continent. Il y a d’un côté, les pays comme la Côte d’Ivoire, le Congo ou le Gabon qui ont des ressources pétrolières ou agricoles convoitées, et où l’on tient les choses avec une main de fer, sans barguigner ; et il y a des pays qui ne sont pas riches, comme le Bénin ou le Burkina Faso, que l’on veut présenter au monde comme plateforme francophone de la révolution ou laboratoire africain de la démocratie apaisée. Dans le cas du Bénin, caressant le vieil esprit de Quartier latin de l’Afrique, on sort un Français de but en blanc et parce qu’il a l’avantage d’avoir un patronyme béninois, à coups de flonflon et de hourra sur son génie financier et son entregent international, on veut nous le fourguer comme président après l’avoir imposé comme premier Ministre, grâce aux bons offices et au zèle d’un président vendu, dépourvu de tout sens de dignité nationale. Cette recolonisation est scandaleuse ; c’est une agression contre notre peuple, comme l’a écrit le professeur Philippe Nujènumè ; une agression qui devrait être condamnée par tout Béninois patriote, épris de l’héritage historique, moral et politique des Béhanzin, Kaba et Bio Guerra.
En cela, la déclaration de Mme Rosine Soglo me paraît à la fois honorable et courageuse, d’autant plus quelle s’est heurtée au mur d’hypocrisie de ses collègues. Mais pour autant que ces propos sont tenus sans arrière-pensées et en toute sincérité — et de ce point de vue on ne peut pas exclure la possibilité d’une ruse médiatique cousue de fil blanc — alors ils le grandissent politiquement, et devant l’histoire ; car le sentiment qu’ils expriment et l’idée qui les étaye traduisent fidèlement le sentiment et la perception outrée de l’écrasante majorité du peuple, que le système politique de notre pays met volontiers entre parenthèses.
Monsieur Yayi qui est une marionnette et un vendu aux intérêts étrangers n’a pas eu d’états d’âme à mettre notre pays aux enchères de leurs convoitises obscènes et sans limite. Éprouve-t-il seulement le moindre sentiment de dignité nationale, en dehors de profiter de la chance que lui donne sa nationalité de devenir fonctionnaire international puis président de la République ? Aussi longtemps que la nation n’aura pas réussi son intégration et sa consolidation effective, il faut renoncer à la lubie faussement républicaine consistant à la faire diriger par des ressortissants de lambeaux ethniques marginaux au nez et à la barbe des ressortissants des groupes régionaux clairement majoritaires. Car l’histoire nous enseigne que cette marginalité rime avec le fléau du régionalisme, sur fond de complexe et de rejet plus ou moins conscient de la centralité porteuse du germe national. Ces aventuriers singuliers, complexés et historiquement frustrés, sont toujours prêts à pactiser avec l’étranger avec lequel ils se sentent plus en intelligence qu’avec le noyau central national. De ce point de vue, un Lionel Zinsou non pas en raison de sa couleur de peau, mais de son parcours biographique, culturel et idéologique, de son habitus de classe et de caste, relève lui aussi de cette marginalité politiquement sournoise qui incline certains de nos compatriotes à la cécité et à la trahison nationales.
Mais dans la bouche de Rosine Soglo, la question a pris une tournure que d’aucuns se sont empressés de qualifier de raciste, puisqu’elle parle de Blanc. Mais là aussi pourquoi se refuse-t-on à appeler un chat un chat ? Au Bénin, tout le monde sait qu’on a tendance à donner du blanc à des gens qui le sont bien moins — physiquement et culturellement — que M. ZL. Ceux qui s’en offusquent doivent regarder les choses en face, et remarquer aussi que dans notre culture nous avons moins tendance que les Occidentaux à désigner les groupes humains par des couleurs. ; et qu’à partir du moment où nous nous référons moins à la couleur qu’à une certaine représentation convenue souvent historiquement située ( comme Zojagué, ou Yovo), il n’y a pas de quoi en faire un plat, à moins de vouloir manipuler par culpabilisation. Par ailleurs, toute hypocrisie mise à part, nous ne devons pas nous laisser enfermer dans les raisonnements biaisés, et passablement culpabilisants de ceux qui d’une part disent que LZ est un Béninois, et que dès lors il pourrait sauter à pieds joints non même pas dans la vie politique intime du pays, mais à son sommet, comme il en a déjà pris position avec son poste de premier ministre qui est un scandale banalisé ; ou qui tout de go accusent de racistes ceux qui s’opposent à ce forcing politique impudique. Car à la vérité ce qu’on reproche à Lionel Zinsou plus de 50 ans après l’indépendance dans ce pays, ce n’est pas le fait qu’il soit Quarteron, Métis ou Blanc, mais plutôt et précisément le fait qu’il soit Français aussi Français que Laurent Fabius ou Sarkozy ;  le fait d’avoir passé le plus clair de son temps dans les circuits idéologiques, culturels et politiques français et d’œuvrer pour leurs intérêts, alors que l’Occident nous a habitués à comprendre qu’il n’y a pas place au partage entre eux et nous, et que depuis des siècles nos rapports sont compris selon une logique de jeu à somme nulle dont ils sont les vainqueurs perpétuels. Le fait qu’un tel homme débarquant d’un horizon objectivement léonin nourrisse l’ambition de chapeauter notre vie politique est ennuyeux, insultant pour les hommes politiques nationaux. Ce fait est l’exemple de ce qui ne devrait plus se produire, à bientôt 60 ans après nos soi-disant indépendances. Si Lionel Zinsou avait eu le même parcours qu’un Jerry Rollins du Ghana, maudit soit celui qui parlerait de lui comme un Blanc ou un étranger à la vie politique nationale. Mais comme chacun sait, ce n’est pas le cas. Au contraire, Lionel Zinsou ne donne aucun gage de ce que, dans un pays normal, un Ministre, encore plus un Premier Ministre et sans aller jusqu’à parler d’un Président de la République devrait avoir de ressemblance identitaire avec le peuple ou tout au moins sa majorité. Cela suppose qu’il est issu d’un groupe ethnique du pays dont il connaît les rites et les rythmes, dont il parle parfaitement la langue, s’identifie intimement au terroir, au plus profond de ses tripes. Mais notre homme ne représente rien de tout ça ; il débarque seulement précédé par sa réputation de génie de la finance au carnet d’adresses prétendument impressionnant, comme ses thuriféraires zélés ou stipendiés se plaisent à le décrire. Si nous n’étions pas de drôles de gens dans un coin du monde perdu, il s’en aurait fallu de beaucoup qu’un homme avec si peu d’évidence identitaire et empirique songeât à nous diriger, et à plus forte raison réussisse même déjà à enfoncer la porte qui le conduit dans le couloir présidentiel de notre pays : omashéo, comme le diraient les Yoruba.
Il s’en faudrait de beaucoup en effet de vouloir jouer au pied levé les peau blanche masque noir pour tromper son monde et croire que ivre de fascination sur toutes les légendes que l’on raconte sur lui, le peuple donnerait le bon dieu sans confession à un homme qui n’est pas connu dans son pays d’origine et qui est érigé chez nous en un soleil radieux suspendu au zénith de notre ciel de désolation. Au Bénin, on parle 3, 4, voire 5 grandes langues nationales. Libre à LZ d’en choisir une et de s’adresser à une session du peuple dans cette langue, et à défaut de passer ce test simple, ses soutiens zélés ne devaient pas s’offusquer qu’on le qualifie de Blanc, car tout homme politique béninois qui ne peut parler que français au Bénin n’est rien d’autre que français.
Mon cher Pancrace, voilà, ce que je pense quant au fond de cette affaire. Mais attention, comme je l’ai fait plus haut, il n’est pas exclu d’émettre quelques réserves quant à la sincérité a priori des propos tenus par la vieille Rosine Soglo. Mme Rosine Soglo nous a habitués à des propos fracassants, qu’elle regrette par la suite à coup de méaculpa et de rétractations en règle. De ce point de vue, on ne peut pas exclure une manipulation, qui vise un but contraire à ce qui est affirmée ostentatoirement dans un premier temps qui en appelle un autre dialectiquement opposé dans ses buts et ses intentions. Dans ce marché de dupes, il s’agirait de s’en prendre à LZ au point de le faire apparaître publiquement comme une victime d’injustes attaques à caractère raciste, puis ensuite de lui présenter des excuses publiques la main sur le cœur, qui auraient valeur et fonction d’adoubement.
Car cette manière des Soglo de crier de loin en loin au loup français quand ça leur chante est tout de même ambigüe et intrigante. Eux qui, après avoir exercé la présidence béninoise, au lieu de porter haut notre dignité, n’étaient souvent pas peu fiers d’aller faire la queue à l’ambassade française pour voter en tant que citoyens français, sont relativement mal placés pour donner des leçons sur le caractère rédhibitoire de la qualité ou de l’origine française lorsqu’il s’agit d’être président au Bénin. Car comment peut-on refuser qu’un Blanc ne soit pas président au Bénin quand un noir, un ancien président béninois peut aller faire la queue fièrement pour élire un président français ?
Donc mon cher Pancrace, sur le fond je suis d’accord avec toi mais il faut rester prudent car toute manipulation n’est pas à exclure en cette période préélectorale où chacun cherche à entourlouper la conscience collective. Car si le complexe de Peau Noir Masque Blanc a été stigmatisé à juste titre par Frantz Fanon, il serait stupide, plus de 50 ans après l’indépendance, de se faire avoir par son inverse.
Notre amitié n’ayant pas d’inverse cachée sauf elle-même, je te dis èfokanbalè !
A bientôt
Binason Avèkes

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4 commentaires

  1. Cette analyse est complète. Elle scrute tous les recoins où peut se cacher la lecture qu’il faut faire des déclarations de Mme Rosine Soglo. Merci pour votre contribution.

  2. Mon cher Pancrace,
    C’est le thuriferaire zélé et non pas stipendié qui te parle. Toi Pancrace qui admet pour règle de vaincre par tous les moyens nécessaires. C’est pour cela que le révolutionaire patriote de son état à l’ego surdimensionné est venu te voir. Quelqu’un a dit « Mon propos s’imprègne d’une stupéfaction, une remarque selon laquelle, nous, peuples d’Afrique noire et Afro-descendants, ne croyons plus ou alors croyons très peu en nous-même, et manifestons toujours cette propension à nous sous-estimer, pire encore à dénigrer et décourager toute personne d’entre nous, qui aurait l’audace de penser différemment en commettant « l’imprudence » de prôner un courant d’Optimisme et de réveil en vu de la sauvegarde des intérêts de notre peuple. »
    Le révolutionnaire patriote comptant sur ses propres forces n’aime pas les autres de là-bas. il est prêt à tout pour garder ses privilèges.
    Lionel Zinsou n’est pas béninois, il n’a pas d’argent et vient se servir ????? Cette campagne de dénigrement est organisée par les barons de la mafia car l’orthodoxie et la rigueur budgétaire ne font pas leurs affaires.
    La commission de contrôle PPEA a vu sur le bureau d’un PDG qui le revendiquait une enveloppe remplie d’argent liquide et donc des fonds de la corruption du patron jusqu’au planton.
    Les groupes de pression à télécommandes ne veulent pas de l’imprescriptibilité des crimes et délits économiques dans la constitution. Confondant les caisses de l’état avec les leurs, ils veulent rembourser leurs dettes avec les marchés publics.
    Tu déposes un titre foncier à la banque, la banque refuse car la réforme foncière est désuète.
    Un ex Maire a une maison plus grande que l’école qu’il loue pour les réjouissances de ses amis alors qu’il n’y a pas de maison du peuple, et de la culture.
    L’impunité est la règle et l’omerta est de mise, favorisant ainsi la protection des amis, des copains et des coquins.
    Tu vois Pancrace, il est près à tout pour que rien ne change car il n’a pas seulement la moindre idée des difficultés qui m’inquiètent et pourquoi je m’occupe de lui, moi le noir au masque blanc. Voltaire a dit « J’ai vu une si grande différence entre des pensées et la nourriture, sans laquelle je ne penserais point, que j’ai cru qu’il y avait en moi une substance qui raisonnait, et une autre substance qui digérait »
    Heureusement Il y a un espoir. Le fils du zémidjan fait un master 2 à la faculté. Alors Lionel va lui donner la lumière.

    Signé le thuriferaire zélé et non pas stipendié

  3. C’est bien triste qu’un étudiant qui a le master en soit réduit à attendre le messie. Dans tous les cas, il ne nous reste plus qu’à dire : Fiat lux !

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