Bénin : De Yayi à Talon, le Syndrome de la Victoire Infaillible

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La funeste synonymie qui affecte les événements électoraux, dans leur rapport avec la préemption monopolistique de certains acteurs politiques est l’un des points noirs de la Démocratie béninoise..
Ainsi, se présenter aux élections pour Yayi Boni a été ces dix dernières années, synonyme de les gagner, aussi impopulaire soit-il. Et la raison de cette domination implacable sans faille ni partage, réside dans la possession du pouvoir d’État.
Pourtant dans une démocratie vraie, la possession du pouvoir d’État n’induit pas automatiquement la garantie absolue des verdicts électoraux. Au Nigeria d’à côté, nous avons vu comment Monsieur Jonathan, le président sortant a perdu les élections ; de même en France, en 2012, le président de droite sortant Nicolas Sarkozy a perdu face au socialiste François Hollande. Dans ces pays comme dans bien d’autres de par le monde, en matière électorale, rien n’est écrit d’avance. Sauf au Bénin de Yayi Boni. C’est la raison pour laquelle la question du 3ème mandat a constitué une source de tension politique nationale, se cristallisant sur sa dimension constitutionnelle plutôt que politique. Après tout, si le peuple rejetait Yayi Boni, un troisième mandat, même et surtout parce qu’anticonstitutionnelle, devrait être une occasion pour lui de le rejeter sans appel dans les urnes. L’opposition, tout comme le peuple en criant haro sur la tentation du 3ème mandat était moins attaché au respect de la constitution qu’effrayé par la victoire assurée de Yayi Boni. Et pourquoi une telle peur, alors que le peuple qui vote est majoritaire à s’opposer au passage en force de Yayi Boni ? Parce que, contrairement au Nigeria, la France ou à d’autres pays démocratiquement normaux, la limitation constitutionnelle du nombre de mandats est devenu sous Yayi Boni le seul moyen de remercier un Président dont on ne veut plus.
Et il semble bien que cette funeste synonymie, volonté de puissance incompatible avec la Démocratie, se perpétue avec ou sans Yayi Boni. Aujourd’hui encore, regardez ce qui se passe avec Talon, qui a certes le droit de se présenter aux élections comme tout citoyen béninois qui en remplit les conditions mais dont la candidature soulève des passions, des appréhensions et des craintes, y compris et surtout de la part du pouvoir sortant, parce qu’elle est synonyme de victoire. En effet, si la candidature de Talon n’était pas affectée de la même funeste synonymie qui affecte depuis quelques années les événements électoraux sur le mode de l’évidence monopolistique ou du verdict léonin connu d’avance, est-ce que Yayi Boni s’en soucierait ? Or, depuis qu’elle a été supputée, puis annoncée, la candidature de Talon, un homme d’affaire qui n’a aucun parti politique, met Yayi Boni dans tous ses états, car l’homme par qui est instaurée le syndrome de la victoire infaillible sait plus que quiconque, comment l’intention annoncée se traduira en réalité.
Avec Talon, le pouvoir de l’argent se substitue au pouvoir d’État. Ce pouvoir écrase déjà tout sur son passage : presse, médias, journalistes, blogueurs, mailing-liste, Facebook, intellectuels opportunistes, partis, personnalités politiques et traditionnelles, institutions, etc. Bref, tout ce beau monde est déjà dans la poche du milliardaire ; comme des soldats d’une armée mexicaine, ils sont tous au garde à vous.
Ce qui est grave en l’occurrence, c’est moins le caractère hégémonique de cette synonymie funeste que le fait qu’elle concerne un individu et consacre sa volonté. Après tout dans des Démocraties respectables comme aux États-Unis, en France ou au Royaume Uni, se manifestent des réalités de monopole politique, de victoires léonines, mais elles sont de nature collective, concernent des partis politiques répertoriés de longue date et à envergure nationale.

Lorsque l’expression de la volonté collective que permet l’élection est affectée du syndrome de la victoire infaillible ; lorsque la démocratie tourne comme un vis sans fin au profit des mêmes, lorsque pour certains citoyens, se présenter aux élections est synonyme de les gagner, alors la démocratie devient un machin idiot et bidon, une démocratie de poche

Adenifuja Bolaji

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