Le fonctionnement politique en Afrique, basé au mieux sur la bonne conscience de la parité régionale avec l’exercice sourcilleux d’une arithmétique ethnique dans la gestion des hommes est une véritable prime à la médiocrité. Il instaure de fait le cercle vicieux de la médiocrité en dehors de ses effets induits que sont la corruption et l’impunité.
Supposons un pays imaginaire de l’Afrique Occidentale qui a deux régions culturellement et historiquement distinctes sinon opposées. Appelons ces régions Région A et Région B et supposons que la Région A possède 90% de la population du pays, contre 10% pour la Région B. Supposons qu’en revanche en terme d’instruction, de formation de cadres compétents à divers niveaux, le rapport entre les deux régions soit inversé. C’est-à-dire que la Région B dispose de 90% des cadres compétents du pays tandis que la Région A ne dispose que de 10% des cadres compétents du pays.
Chacun sait que dans la pratique, le régionalisme, même s’il se justifie par des arguments de parité, est souvent mis en jeu sur fond d’injustice brutale et qu’un régionaliste décomplexé, comme Yayi Boni depuis 2006, ne s’embarrasse pas de justification pour peupler massivement tous les postes de jouissance administratifs, politiques, et économiques de personnes appartenant à « sa région ». A moins bien sûr que la justification, symbolique et frauduleuse, n’ait tendance à confondre la dualité régionale avec le fait dogmatique de nommer autant de cadres d’une région que de l’autre. C’est-à-dire, in fine, la substitution de l’égalité à la parité. Mais même dans cette façon qui se pare de la bonne conscience égalitariste, la conséquence, dans le cas hypothétique évoqué ici est, on l’imagine, absurde. Elle consiste, au nom de l’égalité subsumée sous la volonté de parité, à quadriller la structure dirigeante de la société par autant de cadres de la région A que de cadres de la région B. Concrètement et en toute logique, il apparaît que la grande majorité des gens de la région A ainsi nommés seront des personnes incompétentes car n’étant pas bien formées, là où seront laissés en rade un grand nombre de cadres bien formés de la région B qui ne demandent qu’à mettre leurs talents et leurs savoir faire au service de la société.
Par exemple, s’il y a 1000 cadres à nommer dans le pays. En terme de compétence 100 devraient provenir de la Région A et 900 de la Région B. Mais dans la pratique, le président régionaliste, par le consensus frauduleux de l’égalité des régions, nommera 500 cadres de la Région A et 500 cadres de la Région B, et ce en toute bonne conscience. Or ce faisant, il incorpore délibérément 400 cadres incompétents, médiocres et sans formation appropriée dans la structure dirigeante du pays, tandis que 400 cadres compétents de la Région B, qui ne demandent qu’à mettre leurs talents au service de la nation sont laissés en rade.
De toutes les façons, la méthode de sélection la plus saine aurait été de prendre les 1000 premières personnes compétentes du pays indépendamment de leurs origines régionales, même si à l’arrivée 100 personnes de la Région A et 900 de la Région B seront choisies.
Les fraudes aux concours administratifs, ou la tendance qu’ont les ressortissants d’une certaine région du Bénin à remplir massivement les listes de détenteurs de faux diplômes alors que leur région de provenance n’est pas majoritaire dans le pays sont une affligeante illustration de cette culture de la médiocrité qui est au principe du mythe de l’égalité régionale.
Mais l’absurdité déjà déplorée serait portée à son comble scandaleux si, les yeux baissés, fier du poids démographique brut de sa région, le président décide d’appliquer dans ses nominations le ratio démographique 90/10 entre les deux régions du pays imaginaire considéré ici.
Si le Bénin est clivé autour de deux régions distinctes — le Nord et le Sud — on sait que les présidents, au rebours de l’exemple choisi ici, ont tendance à provenir du Nord dont le poids démographique est inférieur à celui du Sud. Cette inversion par rapport à l’exemple choisi a certes un effet d’atténuation sur la médiocrité, mais l’inversion est toute relative, lorsqu’on prend en compte le déficit sociologique et structurel du Nord sur le Sud.
Prof. Cossi Bio Ossè
