Nigeria, Perquisition chez l’Ex-Chef de la Sécurité : Prévention Sécuritaire et Éthique ou Règlement de Compte Politique

Former National Security Adviser, Sambo Dasuki

Le Colonel Sambo Dasuki, l’Ancien chef de l’Agence Nigériane de Sécurité nommé par Jonathan et récemment démis de ses fonctions par le régime de Buhari, a fait l’objet d’un mandat de perquisition. Le mandat, délivré par un juge fédéral, était exécuté par les agents du DSS, le Département de la Sécurité d’État. La perquisition concernait les deux domiciles abujalais du colonel et un troisième sis à Sokoto, son État natal. Selon les informations diffusées par le journal Punch, le colonel à la retraite aurait opposé une certaine résistance à l’exécution de la loi, ce qui eut pour conséquence d’en prolonger la durée. Et des mesures de restriction et d’isolement ont dû être prises par la DSS pour arriver à ses fins.
Alors que le colonel Sambo proclame son innocence et crie à la violation de ses droits fondamentaux de citoyens dans une opération qu’il qualifie de chasse aux sorcières, le Gouvernement a une autre version des faits. Selon le porte-parole du Département de la Sécurité d’État, le résultat de la perquisition de plus de 10 heures aux domiciles du Colonel corrobore les soupçons de malveillance sécuritaire, de trahison nationale, de détournement de denier public et d’abus de biens sociaux qui pèsent sur l’ancien directeur de la NSA. Les agents du DSS ont en effet trouvé aux domiciles de l’ancien colonel sept fusils de gros calibre, (Fusils d’assaut), plusieurs magazines ainsi que des documents militaires techniques et 12 véhicules neufs, dont cinq blindés.
Selon le Département des Services de Sécurité, les éléments récupérés chez l’ex-chef de la NSA ont de quoi perturber la paix de n’importe quelle localité du Nigeria. En conséquence, le DSS promet d’être inflexible avec les fauteurs de troubles et leur faire subir les rigueurs de la loi. Mais le Colonel Dasuki aussi invoque la loi, qui considère qu’à travers cette opération sans nécessité ses droits fondamentaux sont bafoués.
Enfin de compte, cet épisode montre que Buhari met déjà en marche sa méthode de lutte contre la corruption et l’insécurité, qui sont les deux raisons maîtresses de l’engouement électoral qui l’a amené au pouvoir. Pour ce qui est du volet sécuritaire, la susceptibilité de Buhari peut se comprendre, si l’on songe que sa première accession au pouvoir présidentiel en tant qu’autocrate militaire s’est achevée par un coup d’État qui a balayé son régime jugé alors par trop intransigeant. Mais l’autre aspect du problème se trouve dans le type de personnalité qui est ici visé. Le colonel Sambo est un militaire du Nord, il est un cousin de l’ancien Vice-Président de Jonathan. Il fait donc partie de cette caste de nordistes bon teint qui sert de caution et de faire-valoir à un Président sudiste chrétien ; de ce fait, pour ce nouveau régime qui consacre l’alternance régionale et religieuse en faveur du Nord, M Dasuki Sambo pourrait faire figure de traitre, d’autant plus méprisable aux yeux du fruste et probe Buhari que ce genre de faire-valoir avait carte blanche dans le régime de Jonathan, roulait carrosse et littéralement sur l’or, et n’avait aucun compte à rendre, car telles étaient les conditions de privilège qui fondaient sa caution ethnique, religieuse et régionale au gouvernement de Jonathan.
Pour toutes ces raisons, il n’est pas exagéré de se demander si la prévention sécuritaire et la lutte contre la corruption invoquées ici ne riment pas avec un règlement de compte à motivation régionaliste.
Alan Basilegpo

ibinimori

copyright4

Un commentaire

  1. A l’appui de l’hypothèse du règlement de compte politique, il faut rappeler que le Colonel Sambo Dasuki qui, tout au long de sa carrière militaire, s’était illustré comme un technicien en coups d’état — réputation qui lui valut une retraite anticipée — avait, alors jeune soldat, compté au nombre des hommes de main du putsch qui renversa Buhari en 1985. Et des rumeurs accréditent le colonel de n’avoir pas été tendre avec le président déposé. L’incursion politico-militaire dont-il fait l’objet aujourd’hui au nom de la prévention sécuritaire n’est-elle pas quelque part la monnaie de son ancienne pièce ? Allez savoir !

Les commentaires sont fermés.