Lionel Zinsou : son Rêve Présidentiel et ses Armes Miraculeuses


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Tout le monde sait pourquoi Yayi Boni a amené Lionel Zinsou. Il s’agit de couvrir son échec électoral aux législatives et de rebondir. Mais en même temps, parce que son rêve de pérennisation au pouvoir est tombé à l’eau, il voulait placer sa retraite inéluctable sous l’égide de la France afin de la sécuriser.
La visite d’État de François Hollande au Bénin, même n’ayant duré que quelques heures, a scellé symboliquement ce souhait. On a vu Yayi Boni tout en effusion, vanter les mérites de son hôte et la grandeur ineffable de la France. Petit numéro néocolonial aliéné qui ferait se retourner dans leur tombe Béhanzin et Kwame Nkrumah, ces combattants de l’indépendance africaine et de la dignité de l’homme noir.
Mais de son côté, la partie française incarnée par Lionel Zinsou a ses propres plans, intérêts et idées en acceptant sa nomination. Les thuriféraires de Lionel Zinsou ont protesté de son appartenance à la nation béninoise mais ils ont du mal à convaincre qu’il n’est pas un étranger dans le paysage politique national. Et c’est en proconsul ou gouverneur nouvelle manière que le parachuté aborde sa mission qui s’insère dans un programme de recolonisation décomplexée de l’Afrique, sous la bannière de la mondialisation. Le but ultime de cette opération est la présidence de la république du Bénin à laquelle aspirent Lionel Zinsou et le lobby français dont il est le cheval de Troie.

Les pays déjà alignés sous la bannière du colonialisme mondialisé à la française sont la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Togo, le Mali, la Centrafrique et même le Niger (pays conquis par l’héritage de la période Foccart ou par l’intervention militaire et politique post-Foccart comme en Côte d’Ivoire et sous une forme différente au Mali et en Centrafrique). Le Sénégal est un cas à part qu’on pourrait placer à côté du Bénin comme relevant d’expériences affectées d’un degré d’autonomie sanctionné par l’histoire. Mais, à force de patience, le Sénégal qui depuis Senghor a toujours joué dans la cour française, finira par pleinement se réinsérer dans le nouveau sillage. Quant au Bénin qui a derrière lui 25 années d’expérience démocratique, après un épisode de défiance suivie d’une période de double jeu où le révolutionnaire Kérékou flirtait en douce avec les services secrets de la France, il sied pour plusieurs raisons de le mettre au pas.
1. Parce que le Bénin a toujours cette image de Quartier latin de l’Afrique. Et l’enjeu au Bénin est plus décisivement symbolique qu’économique.
2. Vingt cinq ans de démocratie bon an mal an, cela fait autorité et peut servir de caution au cœur du cheptel des États repris en main par la France dans le cas de son néocolonialisme mondialisé.
3. Le Bénin apparaît aussi comme un laboratoire de la démocratie et des innovations politiques, comme cela a été le cas avec la conférence nationale souveraine. Donc y amener un premier ministre aspirant président de parcours français ayant évolué en France, pourrait ouvrir la voie à un nouveau mode d’aliénation politique des États africains sous des justifications purement formelles.
Dans ces conditions, il est important que l’expérience Lionel Zinsou réussisse. Et tous les partis prenants qui y ont intérêt donneront pour ce faire le meilleur d’eux-mêmes. Quant à Lionel Zinsou lui-même et ceux qui pensent qu’à partir du moment où il s’appelle Zinsou ou qu’il a investi dans la culture du Bénin avec une fondation qui depuis 10 ans porte son nom, même sans avoir jamais approché le paysage politique, sans y avoir jamais tenu le moindre poste ni exercé le moindre mandat électif, peut venir — just like that— se faire nommer premier ministre dans un pays qui sans être le Burkina se veut intègre, tout ce beau monde disons-nous attend de justifier ses fantasmes et ses intérêts par la réalité des actes.
Derrière Lionel Zinsou se cache la France politique, financière et industrielle. Mais l’intérêt du Bénin est avant tout politique et symbolique, et il servira de modèle à tous les autres États infiniment plus juteux et qui ne sont d’ailleurs pas tous–comme le montre l’exemple angolais–des pays francophones ou le cas échéant ne sont pas tous d’anciennes colonies de la France.
Compte tenu de l’importance capitale de l’enjeu, réussir au Bénin relève a priori d’une méthode. Réussir c’est parvenir à naturaliser le fait de cette nomination ahurissante d’un parachuté français comme premier ministre d’un pays africain. Ce qui est une humiliation infligée froidement au Bénin et à tous les politiques Béninois du cru. Ensuite, il s’agira de faire en sorte que ce premier ministre fasse des miracles. Les Africains et particulièrement les Béninois sont friands de miracle, c’est un peuple de croyants ; c’est pour cela que les Béninois ont fait une fixation sur l’arrivée de l’oiseau rare en politique. Dans cette disposition mentale, les Béninois seraient capables de faire président un extraterrestre qui pour une raison ou une autre porterait un nom bien de chez eux.
Sur quoi porterait le premier miracle de la méthode de recolonisation par la France dont Lionel Zinsou au Bénin est le nom ? Eh bien, dans un premier temps, il s’agira d’identifier deux ou trois besoins fondamentaux de la société béninoise, et y apporter des solutions concrètes et crédibles qui révolutionnent le quotidien des Béninois et marquent les esprits dans une comparaison positive sans équivoque avec le passé. Ces domaines, comme on peut le deviner, seront l’électricité, l’eau courante/potable, la solution aux problèmes causés par les inondations, et dans une moindre mesure la connexion Internet et le téléphone par exemple. Pour cela, outre le projet  Blue Zone déjà initié par la France et le plan Borloo pour l’électrification, le remède de cheval à l’indépendance énergétique du Bénin ainsi que sa conséquence, la distribution épileptique du courant électrique, serait dans l’immédiat de réaliser une unité de production électrique d’une capacité d’au moins 50 MW par exemple. Une telle réalisation aiderait à booster la fourniture de courant au Bénin. Un nouveau régime électrique autosuffisant et régulier serait instauré à la grande satisfaction des Béninois.
Quand le banquier Yayi Boni était venu en 2006 avec le symbole du Cauris beaucoup de Béninois avaient salivé croyant naïvement que de l’argent serait déversé sur le pays et que chacun deviendrait riche du jour au lendemain. Ils se sont nourris d’un rêve qui s’est, à travers des scandales dont le plus grave fut ICCS, transformé en cauchemar. Avec Lionel Zinsou, il ne s’agira point de rêver, mais de démontrer le mouvement en marchant. En l’espace de quelques mois, sans faire aucune promesse, le premier ministre, cheval de Troie des nouveaux capitalistes mondialisés français, apportera des solutions à deux ou trois besoins forts du pays. Il le fera avec le soutien des Bolloré, Bouygues, Colas, Lafarge, etc. On procédera à la privatisation de la SBEE et l’entrée dans son capital d’un groupe comme Bouygues ou autre. Et dans cette nouvelle configuration, le déploiement de la politique du miracle sera ordonné. Dans le même ordre d’idées, la fourniture d’eau courante sera assurée dans les grandes villes avec plus de constance vitale qu’elle ne l’a été jusqu’à aujourd’hui. Les problèmes causés par l’inondation saisonnière de Cotonou et d’autres villes seront attaqués à bras le corps par une politique de grands travaux urbains. ( Construction et aménagement de canalisations, pompage et drainage des eaux de pluie, etc.) Ce sont ces actions que M. Lionel Zinsou entend inclure dans le cadre des nouvelles réformes qu’il a qualifiées d’irréversibles par tout nouveau régime. Évidemment, vu sous cet angle, il s’agit d’un truisme, car on ne voit pas comment un nouveau régime, même s’il n’est pas dirigé par lui-même, se piquerait de mettre en cause des réformes si bénéfiques concrètement au Béninois.
De ce point de vue, il apparaît clairement que la méthode que la France entend utiliser pour mettre un de ses citoyens à la tête d’un État africain–le Bénin en l’occurrence–n’est rien moins qu’une méthode démagogique au sens propre du terme. Une volonté et un ensemble d’actions d’aide que la France aurait pu mettre en œuvre dans l’intérêt du Bénin depuis plusieurs années vont entrer en scène maintenant de façon opportuniste mais conditionnée par l’imposition d’un proconsul qui a ordre d’exécuter sa politique et en lequel, plus qu’en un Béninois normal, la France a toute confiance.
Bien sûr, ces deux ou trois projets phares ne seront que le noyau lumineux des actions à entreprendre par le nouveau premier ministre, nouvel Hercule qui nous vient de France et aspirant président de la république. Toute une kyrielle de projets plus ou moins ambitieux, plus ou moins originaux, plus ou moins sociaux seront annoncés dont certains connaîtront un début de mise en œuvre concrète. On pourra même y ajouter pour entretenir le pôle du rêve et achever d’abasourdir les Béninois un projet pharaonique comme la construction d’une autoroute entre Cotonou et Malanville.
Sur fond de ce rêve, et ne jugeant que par les changements miraculeux intervenus dans son quotidien en l’espace de quelques mois, le peuple béninois abasourdi sera fortement impressionné. Cette démagogie impressionniste aura de l’effet sur sa conviction, son espérance, et sa disposition à rêver. Il voudra que le nouveau faiseur de miracles reste plus longtemps que prévu. Il verra en lui le président de la république idéal, l’oiseau rare dont il rêvait depuis des décennies. Et, dans ces conditions, comment résister à l’appel de celui qu’on tient pour cause et auteur de son bonheur ?
Mais pendant combien de temps durera ce bonheur et quel sera son prix, en termes d’indépendance nationale ? Voilà une question à laquelle les peuples ne pensent qu’après s’être retrouvés dans les fers de la domination étrangère et de l’exploitation capitaliste ; c’est-à-dire quand il est déjà trop tard, et que le monde entier en Asie, en Amérique et en Europe avance.

Adenifuja Bolaji

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3 commentaires

  1. Observations rapides. Point n’est besoin d’être français ou bi national pour conduire une politique néocolonialiste ou françafricaine. Ce n’est pas non plus parce que l’on est bi national que l’on serait automatiquement enclin à conduire ladite politique.

    • Avis partagé. D’ailleurs les 50 dernières années sont un panel époustouflant de ces deux hypothèses : des endogène bien comme il faut qui se sont avérés être de parfaits petits commis de la France. On disait pour rire quelques années au paravent, Valère- Loko de l’impérialisme. (Que tous les Valère et les Loko nous pardonnent rétrospectivement).
      On a vu aussi un binational poussé vers la sortie pour avoir eu le front entre autre de déplaire à nos anciens patrons.
      On peut continuer longtemps encore comme ça à s’obséder sur l’origine, l’ethnie ou la quantité de sang du nord du sud des collines ou d’ailleurs qui coule dans les veines de ceusse qui nous gouvernent si c’est plus confortable pour l’esprit.
      Je crains toutefois que cela masque les enjeux réels.

  2. Qui mieux qu’un Français peut servir les intérêts de la France ? Les hommes de mains africains que la France utilise ne sont pour elle qu’un pis aller, avec toutes les conséquences calamiteuses de la part sombre de leur politique que la France ne cautionne pas mais sur laquelle elle est obligée de fermer les yeux. Une grande partie de ce qui fait la mauvaise réputation de la Françafrique est à mettre au compte de cette part sombre de la politique néocoloniale à laquelle le France ne souscrit pas forcément. C’est ainsi qu’au lendemain de l’effondrement du mur de Berlin, les Français entre autres ont bien voulu substituer aux dictateurs et autocrates qui faisaient le boulot des technocrates plus au fait de la culture rationnelle. Mais l’intention a été plus louable que sa réalité. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si un homme comme Lionel Zinsou est à l’origine du concept rénové de Africa-France, une façon de se réapproprier ce qu’il considère comme la part diurne du néocolonialisme ; et c’est cette part positive qu’il incarne dans le contexte du monde globalisé actuel avec tout le discours de la technologie, des énergies renouvelables, de l’économie durable, de la finance internationale qui va avec. Et pour réaliser ce programme nouveau, plus qu’un technocrate interchangeable, rien ne vaut un Français quand on l’a sous la main. Avec un homme comme Lionel Zinsou, la France pense avoir tous les avantages du néocolonialisme sans ses inconvénients…

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