Le Béninois et la Manie de Présidence

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Les Béninois ont l’aveugle faiblesse de ne retenir dans les choses que la forme au mépris du fond, le contenant au mépris du contenu, l’apparence au mépris de la réalité, l’accident au mépris de l’essence.
Leur président, Yayi Boni, en est l’exemple caricatural. De son statut, il ne retient que le mot président, peu importe que ce soit le président d’un petit pays corrompu, pauvre, sans lien social ni national ; pays où le peu de ressources existant est accaparé par une horde de charognards sans foi ni loi dont il est le chef.

Et parce qu’il est Président, il s’estime l’égal et de la même dignité morale que les présidents des États-Unis ou de la France qui sont pourtant incapables d’accéder au pouvoir par holdup électoral ou ne deviennent pas 100 fois plus riches lorsqu’ils sont présidents que lorsqu’ils ne l’étaient pas. De même ses égaux putatifs qu’ils s’arrogent sans retenue dirigent des citoyens qui ont le droit effectif au minimum vital, à la santé, au logement, à la sécurité, à l’éducation, etc. ce qui est tout le contraire de la société que dirige notre soi-disant président. Mais malgré ces différences abyssales, notre forcené de présidence préfère s’arrêter au mot pour en inférer la fierté de se dire ami ou égal de tel ou tel « grand de ce monde » qu’il s’appelle Ban Ki Moon ou François Hollande…
C’est aussi pour cette raison que chaque Béninois est obsédé d’être président de quelque chose, et est aux anges qu’on lui donne du « Monsieur le président » ; président de la RB, président de la Cour des Comptes, président de la chambre de commerce, président de la fédération béninoise de foot, président des ramasseurs de cacahuètes à Missèbo, : peu importe ce qu’il préside. Même les ex-présidents de quelque chose se font gloire d’abuser du titre en raison de l’habitude héritée de la courtoisie française qui respecte la mémoire d’une fonction passée.

Cette faiblesse combinée à la tendance au mimétisme de jalousie du Béninois amène à des conséquences sociales absurdes. Comme par exemple le fait qu’un petit pays comme le Bénin où 10 à 20 % seulement des habitants savent bien lire et écrire le français, compte officiellement plus de journaux en français que la France ; ou le fait que bientôt, à l’ouverture de la campagne présidentielle de 2016 on verra des dizaines et des dizaines de candidats se présenter, parce que là aussi, chacun veut être président, et tout le monde croit qu’il n’y a d’avenir que dans la présidence.

C’est peut-être aussi pour cette raison que, une fois président, celui-ci ne veut plus partir et multiplie toutes sortes d’intrigues pour se perpétuer au pouvoir. Après tout, que retiendra l’histoire des années Yayi sinon une tension quotidienne et des manigances les plus rocambolesques, soit pour être réélu soit pour modifier la constitution pour un 3ème ou un énième mandat…

Notre manie de présidence est ridicule voire pathétique. Elle n’apporte rien. Il n’y a que notre travail qui est notre président. Mais pour que le Béninois ordinaire en soit convaincu, il faut déjà que son soi-disant président en donne l’exemple, plutôt que de courir sans arrêt le monde à la recherche de la compagnie de ses égaux putatifs.

Aminou Balogun

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