Lettre à Pancrace sur la Soudaine Frénésie Guerrière Anti-B’Haram de Yayi Boni

Mon Cher Pancrace,

writting2J’ai bien reçu ton dernier courrier écrit depuis Toronto où tu assistes à un colloque sur la biodiversité, un sujet passionnant pour la contribution duquel tes idées ont toujours brillé par leur originalité. Mais malgré cette occupation que j’imagine fort sérieuse et captivante, tu trouves le temps de suivre l’actualité du pays. Et tu m’en donnes la belle preuve par ta réaction sur les actes que pose mais aussi les discours de politique étrangère que tient le Président du Bénin, le Docteur Yayi Boni. La grande affaire du moment de notre président comme tu le dis est cette « soudaine frénésie guerrière contre Boko Haram ». Tu me demandes s’il n’en fait pas un peu trop, par rapport aux moyens dont dispose le Bénin pour se protéger contre les conséquences de ses prises de position. Enfin, ta question récurrente est de savoir si sous la roche de cette guerre sainte de Yayi Boni contre Boko ne se cache pas une anguille et laquelle ? Ce qu’on pourrait dire en yoruba : « Tché n’kan mi wa’mbè ni » ?

« Bèni ɔrè mi, nkan mi wa’mbè ! » Et tes questions sont pertinentes. Elles contiennent en germe leur réponse. Et je vais essayer de les exposer ou les préciser. Il est évident que, à force de crier à la guerre contre Boko haram, Yayi Boni risque de braquer inutilement ces fous contre notre pays. Et en l’occurrence, les conseilleurs ne seront pas les payeurs, car une bombe qui saute à Dantokpa a très peu de chance de toucher Monsieur Yayi.

Mais la raison de ce risque, à mon avis est calculé. Il est vrai que de tous les pays limitrophes du Nigeria, le Bénin est l’un des plus dépendants de notre grand voisin mais dans le même temps le plus topologiquement éloigné de la zone d’activité de Boko haram. Or les actions de Boko haram ont une nature territoriale qui les rend moins probables au sud-ouest ou se trouve la zone de concentration démographique du Bénin, qu’au nord est- où se trouvent les capitales sinon de grandes villes du Tchad, du Cameroun ou du Niger. Mais il reste que ne serait-ce qu’à titre de châtiment pour les excès verbaux de notre président, la menace est possible et doit être prise au sérieux. Une action de représailles contre les rodomontades gratuites de Yayi Boni peut même être localement sous-traitée par Boko haram.

En tout état de cause, si Boko haram s’en prend directement au Bénin en y fomentant des attaques terroristes meurtrières–comme sa frénésie médiatique sur le sujet et ses postures déjantées semblent y provoquer–évidemment cela apporterait de l’eau au moulin de Yayi Boni, qui invoquera des raisons de haute sécurité et de défense nationale qu’il tentera de placer devant le strict respect de la constitution. Une sorte d’État d’urgence politique qui sera décrétée à des fins politiciennes.

Car, mon Cher Pancrace, on ne sait comment expliquer autrement l’engouement miraculeux de notre président pour la lutte contre un groupe terroriste à qui naguère, dans une envolée christique mémorable, il préconisait qu’il fût pardonné. Il est vrai que Yayi Boni pousse toujours le ridicule à son comble à vouloir en faire plus que de raison, qu’il s’agisse d’aller pleurer les morts de Charlie Hebdo à Paris ou de prêcher la guerre sainte contre Boko haram. Alors que le Bénin ne sait même pas se défendre contre les petits voleurs nigérians qui traversent nos frontières et profitent des faiblesses de notre système sécuritaire pour agir comme bon leur semble. Qu’en serait-il de combattants autrement plus aguerris d’un groupe terroriste comme Boko haram qui depuis plus de cinq ans tient tête à l’armée nigériane, l’une des plus puissantes du continent ?

Pour celui qui cherchait déjà à créer de façon secrète la même situation de revendication militante voire pseudo-sécessionniste au Bénin dans le but d’en tirer prétexte pour ne pas organiser sa succession à bonne date, si Boko haram, prenait en charge ce sale boulot, ce ne serait que pain béni : cela ne ferait que donner plus de crédibilité à un filon autoritaire de conservation du pouvoir que Yayi Boni caresse depuis longtemps.

Mon cher Pancrace, voilà comment s’explique l’intérêt soudain de Yayi Boni pour la lutte contre Boko haram. Mon opinion est que, Yayi Boni pourrait bien vouloir en tirer un intérêt à des fins de politiques intérieures.

De ce point de vue, la nécessité de lutter contre Boko haram peut être considérée comme une aubaine pour Yayi Boni. C’est du moins ainsi qu’elle apparaît pour un homme qui, comme tu l’as fait remarquer toi-même, est si avide de se faire remarquer.

Si on pouvait appliquer les lois de la biodiversité à la politique Béninoise, je pense que tu serais d’accord avec moi pour reconnaître qu’il ne reste plus qu’à lutter farouchement pour non seulement faire partir Yayi Boni au moins à bonne date, mais s’assurer qu’il reste à jamais éloigné du paysage politique de notre pays que son règne calamiteux à empoisonné.

En espérant que la chaleur de l’amitié t’aidera à adoucir les rigueurs du climat, je te souhaite bon séjour au Canada et au plaisir d’avoir de tes nouvelles

Amicalement

Binason Avèkes

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