| Le Général Buhari, l’ancien chef de l’Etat du Nigéria, candidat malheureux à la présidentielle de 2011, et qui se prépare à la prochaine élection présidentielle sous la bannière de l’APC, met de l’eau dans son vin. Jusque-là, fidèle à sa ligne d’opposition sans concession au pouvoir de Jonathan, il n’avait de cesse, lui et ses acolytes du l’APC, de ferrailler dur contre son pouvoir. La raideur, et la violence aveugle de son opposition le faisaient paraître plus obnubilé du fauteuil présidentiel que du bien-être des Nigérians. Dans les fléaux qui frappent le Nigeria, dont Boko haram n’est pas le moindre, le systématisme partisan de l’APC et de ses leaders confinait à un parti-pris guerrier, qui augurait le pire pour l’unité du Nigéria à l’horizon des prochaines élections. Cette guérilla conduisait l’APC à s’opposer aveuglément à n’importe qu’elle initiative ou proposition du pouvoir. C’est ainsi que l’APC a dénigré l’organisation de la Conférence nationale initiée par le pouvoir, et a refusé d’y envoyer des représentants. De même, à plusieurs reprises, les gouverneurs APC sont montés au créneau contre Jonathan en allant jusqu’à, pour l’un d’eux, accuser Jonathan de génocide contre les populations du Nord. Très récemment à la suite de l’attaque terroriste qui a coûté la vie à 72 personnes à Abuja, et l’enlèvement de lycéennes, Jonathan a convoqué un conseil de sécurité auxquels les Gouverneurs APC ont refusé d’assister.Cette attitude négative est toutefois mal vue par les Nigérian, qui avaient accueilli pourtant avec espoir la formation du grand parti APC — fusion d’une brochette des principaux partis de l’opposition — comme un acteur décisif dans le jeu démocratique jusque-là dominé par le PDP. Mais outre ses outrances, son systématisme, et sa raideur, le parti APC inquiète les Nigérians pour ce qui s’esquisse dans ses plans électoraux comme l’option d’un ticket Buhari/Tinubu, qui s’il respecte peu ou prou l’équilibre Nord/Sud, semble faire fi du sacrosaint équilibre Musulman/Chrétien qui a été la règle jusque-là. Du reste, l’un de ses jeunes loups, l’ex-ministre Femi Fani-Kayode, n’a pas hésité à tirer la sonnette d’alarme. Dans une croisade furieuse, l’ex-ministre de l’aviation d’Obasanjo a dénoncé la tentation de parti musulman qui hante l’APC.
Dans la lutte contre le terrorisme, Wole Soyinka a récemment prôné une approche non-partisane, dans laquelle sans aller jusqu’à qualifier la guerre que mène Boko Haram de guerre civile, il la considère comme une guerre interne, contre laquelle tout le pays, tous les partis politiques devraient se liguer dans une union sacrée. Il semble que cette idée, ce conseil de Wole Soyinka soit entendue par l’APC et son virtuel candidat à l’élection. Pour ne pas être déphasé par rapport à la conscience populaire, et garder une certaine crédibilité morale, M Buhari, qui jusque-là était plus aveuglé d’opposition que de l’unité du Nigeria ou de la souffrance de ses concitoyens, s’est montré plus ouvert, plus humain, et plus responsable que lui et ses amis ne l’ont démontré depuis plusieurs mois. Cette bonne volonté morale et intellectuelle, qui a été faite dans une déclaration publique, s’est voulue aussi politique. Dans sa déclaration, sortant de la précaution sémantique chère à l’APC, qui préférait « sympathiser avec les victimes » que de condamner franchement Boko Haram, l’ancien président condamne sans détour le terrorisme de Boko Haram, partage avec une convaincante empathie la douleur des victimes innocentes. Il fustige l’injustice du terrorisme, son inhumanité et le danger national qu’il constitue. Les deux premiers axes de sa communication visaient à la fois la condamnation de Boko Haram et la commisération avec ses victimes innocentes. On sent à lire l’insistance et la déclinaison répétée de ces deux axes qu’ils constituaient un objectif majeur de la communication du futur candidat. A force d’avoir tergiversé, d’avoir refusé de hurler avec le loup gouvernemental contre Boko Haram, l’APC et ses ténors se sont sans doute rendus compte qu’ils perdaient leur capital de crédibilité et la confiance des Nigérians. Il fallait donc changer le fusil d’épaule, faire amende honorable, ne pas laisser l’aveuglement de l’opposition au pouvoir faire douter de leur sens des responsabilités nationales. Et puis le troisième axe de la communication de Monsieur Buhari semble s’inscrire en réponse à la préconisation de Wole Soyinka. Voici ce qu’on peut y lire en substance : « Je demande au gouvernement d’améliorer et de redéfinir sa stratégie à la lumière de cette menace en pleine expansion. De toute évidence, sa collecte de renseignements doit être améliorée afin qu’il puisse briser les complots terroristes avant qu’ils n’éclosent . En outre, il doit adopter une plus grande réforme sociale et économique dans les zones abandonnées de la nation pour gagner les cœurs et les esprits des gens. « Now you are talking » comme le disent les anglophones, ou en yoruba “nisi lè n’soro” . Même si cette dernière partie de la déclaration de l’ancien président et futur candidat est la plus courte, elle montre que le bon sens n’a pas dit son dernier mot au Nigeria. Binason Avèkes |