Bénin : Vindicte Populaire et État de Droit

Mon Idéo Va, Court, Vole et Tombe sur…:

Où est l’État, où est le Droit ?

ideogA Abomey, un homme de 30 ans accusé d’avoir volé 4 poulets à été brûlé vif par une meute vengeresse auto-justicière. Ce drame ne choque plus grand monde, entre ceux qui y sont indifférents et ceux qui pensent que ce n’est que justice. Dans le même temps, on entend régulièrement dire dans la presse par tel agent public, tel homme politique ou tel intellectuel en mal de conformité que le Bénin est un état de droit : affirmation pompeuse, erronée, gratuite et inconsidérée, car rien n’est plus éloignée de la vérité.

Sans même parler des mille et une données qui contredisent une telle affirmation au jour le jour sur les plans social et politique ( les affaires Talon, Ajavon, et Juge Houssou ; l’impunité de la corruption, le holdup électoral, etc.) rien qu’à considérer cet énième drame de vindicte populaire, on peut la révoquer à bon droit.

D’une part parce que dans un état de droit il n’y a pas de vindicte populaire ; et que s’il y a des vindictes populaires chez nous, c’est en sanction du vide de l’état dans ses fonctions régaliennes, d’éducation, de sécurité et de justice ; c’est parce que l’éducation, la justice et la sécurité ne sont pas pleinement assurées que les gens recourent à la justice spontanée, qui est un cas particulier et collectif du fait, proscrit par la loi, de se faire justice soi-même.

Dans le cas d’espèce, la vindicte populaire ayant eu lieu, si on était effectivement dans un état de droit, les représentants de l’état – juges, gendarmes et policiers – auraient dû considérer qu’il y a atteinte à la loi, et ouvrir une enquête pour meurtre en réunion. Un certain nombre de témoins auraient dû être appréhendés dans le cadre de cette enquête et le cas échéant arrêtés et inculpés de meurtre.

 

La réponse récurrente à ce drame hélas récurrent n’aurait pas consisté à ânonner du bout des lèvres que le Bénin est un état de droit et répéter sous prétexte de bonne volonté pédagogique que l’on ne se rend pas justice soi-même, ou des banalités éculées du même tonneau.

Par ailleurs la propension des meutes communales à développer des comportements grégaires à finalité criminelle est directement liée à leur niveau d’instruction. Et dans un état de droit le rôle d’éducation de l’école pour former les consciences et les esprits est un rôle de premier plan. L’école y est dès lors obligatoire et pour tous jusqu’à la majorité. Ce qui est loin d’être le cas sous nos pauvres tropiques – pauvreté morale, intellectuelle, et matérielle

Pour toutes ces raisons c’est une sinistre plaisanterie que d’entendre dire par les agents des forces de l’ordre après chaque vindicte populaire que le Bénin est un état de droit. Profération oiseuse et gratuite qui n’a aucun effet mesurable sur la prochaine vindicte populaire

Éloi Goutchili

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