« Moi Président de la République… » : François Hollande Convoque la Puissance Mystérieuse du Verbe

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Dans son face à face présidentiel avec Sarkozy,  alors que l'occasion lui était donnée en toute fin de débat de dire ce qu'il ferait s'il devenait président, François Hollande la saisit pour asséner une longue tirade charpentée autour d'une anaphore dont la richesse rhétorique et la fonction laissent pantois. Le désormais fameux  «Moi Président de la République… » Répété 15 fois qui a laissé son interlocuteur dans un état d'ébriété pour le moins déconcertant. En fait, même si Nicolas Sarkozy en a fait les frais, cette anaphore était prioritairement destinée à l’électeur français lui-même : sa fonction et son but consistent à le captiver par l'effet hypnotique de la répétition.
Les grands discours on le sait—I have a Dream de Martin Luther King en est un exemple célèbre–font recours à la rhétorique de l'anaphore. Répéter une phrase une expression à intervalles réguliers amène la clarté, en même temps qu'il facilite l'acceptation de l'idée émise, il érotise la parole et en légitime l’évidence. En répétant et en mettant l'accent sur une idée, les idées concurrentes sont subordonnées et même effacées de l'esprit de l'interlocuteur.
C'est bien le but visé par François Hollande. Faire entrer dans l'esprit du téléspectateur que le prochain président c'est lui. Et ce qu'il énonce en termes d’intention n’est en fait qu'un prétexte. Dans la séquence anaphorique produite à cet effet, François Hollande répète 15 fois l'expression « Moi Président de la République… » déclinée dans sa subordonnée en mode négatif et positif. D'entrée le candidat socialiste attaque sur le mode négatif énoncé cinq fois de suite. Ce mode négatif lui permet d'exprimer ce qu'il ne ferait pas ; in fine ce qu'a fait Sarkozy durant ces cinq dernières années et auquel le changement qu'il propose doit mettre un terme. Ce passé et ce bilan qui collent à Sarkozy et qu'il faudrait changer pour donner à la France à la fois son honneur et sa dignité. Le mode positif que François Hollande utilise dix fois exprime en revanche ce qu'il ferait et donne la substantifique moelle de son action à venir ; action qui vise à donner espoir à ses concitoyens et ressusciter le fameux rêve français qu'il évoque à longueur de ses discours de campagne.
Cette anaphore hypnotique n'est pas sans rappeler un aspect de la culture de l'oralité qui, en Afrique, est caractérisée par la puissance métaphysique des incantations. L'effet subliminal des incantations et paroles propitiatoires peut amener l'auditeur ou le destinataire à exécuter la volonté du locuteur ou de l'émetteur. Comme le dit Alpha Ousmane Bary dans une étude sur « linéarité discursive et bouclage énonciatif », l'origine de l'influence qu'exerce en secret la répétition sur l'esprit des auditeurs remonte à la nuit des temps. L'automatisme que déclenche la répétition chez les auditeurs rappelle dit-il « la puissance mystérieuse du verbe dans les paroles incantatoires des sociétés africaines »
Pour François Hollande qui convoque magistralement cette puissance face à un Nicolas Sarkozy sonné et sans réaction, il ne fait l'ombre d'aucun doute qu'il intime sa volonté à l'électeur, dans l'espoir secret qu'elle l’accompagnera dans le secret de l'isoloir.

Prof. Cossi Bio Ossè

François Hollande convoque la Puissance mystérieuse du verbe
 

1. Moi président de la République, je ne serais pas le chef de la majorité, je ne recevrais pas les parlementaires de la majorité à l'Élysée.

2. Moi, président de la République, je ne traiterais pas mon premier ministre de collaborateur. Moi, président de la République, je ne participerais pas à des collectes de fonds pour mon propre parti dans un hôtel parisien.

3. Moi, président de la République, je ferais fonctionner la justice de manière indépendante, je ne nommerais pas les membres du parquet alors que l'avis du conseil supérieur de la magistrature n'a pas été dans ce sens.

4. Moi, président de la République, je n'aurais pas la prétention de nommer les directeurs des chaînes de télévision publique, je laisserais ça à des instances indépendantes.

5. Moi, président de la République, je ferais en sorte que mon comportement soit à chaque instant exemplaire. Moi président de la République, j'aurais aussi à cœur de ne pas avoir un statut pénal du chef de l'État, je le ferais réformer de façon à ce que si des actes antérieurs à ma prise de fonctions venaient à être contestés, je puisse dans certaines conditions me rendre à la convocation de tel ou tel magistrat ou m'expliquer devant un certain nombre d'instances.

6. Moi, président de la République, je constituerais un gouvernement qui sera paritaire, autant de femmes que d'hommes. Moi, président de la République, il y aura un code de déontologie pour les ministres qui ne pourraient pas rentrer dans un conflit d'intérêts.

7. Moi président de la République, les ministres ne pourront pas cumuler leurs fonctions avec un mandat local parce que je considère qu'ils devraient se consacrer pleinement à leurs tâches. Moi président de la République, je ferais un acte de décentralisation parce que je pense que les collectivités locales ont besoin d'un nouveau souffle, de nouvelles compétences, de nouvelles libertés.

8. Moi président de la République, je ferais en sorte que les partenaires sociaux puissent être considérés, aussi bien les organisations professionnelles que les syndicats et que nous puissions avoir régulièrement une discussion pour savoir ce qui relève de la loi, ce qui relève de la négociation.

9. Moi président de la République, j'engagerais de grands débats. On a évoqué celui de l'énergie et il est légitime qu'il puisse y avoir sur ces questions de grands débats citoyens.

10. Moi président de la République j'introduirai la représentation proportionnelle pour les élections législatives, pour les élections, non pas celles de 2012, mais celles de 2017, parce que je pense qu'il est bon que l'ensemble des sensibilités politiques soient représentées.

11. Moi président de la République, j'essaierai d'avoir de la hauteur de vue pour fixer les grandes orientations, les grandes impulsions, mais en même temps je ne m'occuperai pas de tout, et j'aurai toujours le souci de la proximité avec les Français.

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