Comment François Hollande a Sacrifié le Ministre pour Préserver les Chances du Président

Analyse d’une Volonté Téléologique

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Les rhétoriqueurs de la droite, à court d'arguments, y compris jusqu'à Sarkozy son principal adversaire, avancent l'argument du défaut, qu'ils estiment rédhibitoire, selon lequel M. Hollande, qui aspire aujourd'hui à la fonction présidentielle, n'aurait jamais auparavant été ministre. De fait, il ne le fut pas quand François Mitterrand était au pouvoir. Mais pouvait-il l’être raisonnablement à l'époque dans le même gouvernement où sa compagne, Ségolène royale, avait été nommée ministre par François Mitterrand sans qu'on accusât la gauche ou Mitterrand de népotisme ou de favoritisme ? Ensuite quand on songe que l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir a inauguré le schéma constitutionnel jusque-là inédit de la cohabitation, comment peut-on–pour autant qu'il y eût un justicier obstiné qui voulût à tout prix combler sa frustration ministérielle–comment veut-on qu'il soit nommé ministre si la gauche n'était pas au pouvoir ? Or avec le retour au pouvoir de la gauche, sous l'égide de Lionel Jospin, celui-ci lui conféra l'honneur d'être le secrétaire général du parti, poste que lui avait confié François Mitterrand à peu près dans les mêmes conditions.
Qui se souvient encore que Lionel Jospin nommé secrétaire général du parti en 1981, pendant tout le premier septennat de François Mitterrand, n'avait jamais été ministre ? Ce ne fut qu'au second septennat que Lionel Jospin accéda à un poste ministériel. Dans l'ancien schéma de désignation à la candidature présidentielle en vogue jusque-là, le poste de secrétaire général du parti socialiste était le lieu prioritaire par excellence, le promontoire d'où on pouvait être désigné comme candidat du parti à l'élection présidentielle. De ce point de vue et comparé à Lionel Jospin, non seulement François Hollande resta bien moins longtemps en dehors du gouvernement mais, il était au poste idoine pour être candidat du parti à l'élection présidentielle. Mais c'était compter sans le phénomène largement manipulé de la popularité supposée de Ségolène royale, que Sarkozy avait « téléchargée » parmi tous ses adversaires socialistes potentiels pour s'assurer de ses chances d'être élu sans problème. Cette manipulation à coups de sondages dont les effets performatifs ne faisaient qu'entretenir l'illusion de leur vérité, a conduit le parti socialiste à accepter le principe d'une élection interne. Ce choix allait être fatal aux ambitions stratégiques de François Hollande. Si François Hollande avait été désigné par le parti socialiste comme candidat face à Sarkozy en 2007, probablement ses chances de l'emporter n'eussent pas été aussi fortes qu'elles ne le sont aujourd'hui. Mais l'argument selon lequel il n'aurait pas été ministre, outre que sa logique vient d'être quelque peu battue en brèche (on ne peut être à la fois premier secrétaire du parti et ministre dans le gouvernement ; et on ne peut être ministre lorsqu'on est dans l'opposition à moins d'épouser la vocation opportuniste de ceux qui en la matière font feu de tout bois) cet argument, disons-nous, ne tient pas la route, ni historiquement ni politiquement.

Par ailleurs nulle part il n'a été écrit dans la constitution française qu'il faille être ministre avant d'être président de la république. Ce que montre ce bref éclairage c'est que la volonté d'être président de la république n'est ni une génération spontanée, ni un hasard dans l'esprit de François Hollande. Et, c'est paradoxalement le style de cette posture et sa stratégie qui n'ont pas favorisé ce qu'avec une bonne dose de mauvaise foi ses adversaires de droite lui reprochent sans trop croire à la pertinence de leur argument.
Ahandessi Berlioz

 

Qui se souvient encore que Lionel Jospin nommé secrétaire général du parti en 1981, pendant tout le premier septennat de François Mitterrand, n'avait jamais été ministre ?

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