Anagonou Vodjo, la Prêtresse de la Chanson

Anagonou

Lèlèwésée, une Synthèse Positive

Anagonou Vodjo, dans son dernier album Lèlèwésée, de par son rythme et ses genres, ouvre un espace culturel qui est au cœur de l’histoire du Dahomey. Elle fait le lien entre la culture d’Abomey et de Ouidah ouverte aux influences les plus diverses dans une époque de brassages plus ou moins forcés. Il s’agit à n’en pas douter d’une affirmation politique à valeur pédagogique. Avec une ferveur contagieuse, Anagonou Vodjo affirme ce qu’il y a de positif dans nos pratiques cultuelles et culturelles.

Douée d’une grâce à forte charge évocatoire, Anagonou Vodjo  nous plonge dans les meilleurs moments des spectacles royaux, des danses et chansons de cour. Morceau d’histoire ; images, gestuelle, grâce, esthétique et atours d’une princesse. Le rythme est ensorcelant. Son naturel, sa maturité et sa prestance font de Vodjo une vraie muse. Ses qualités prouvent qu’on peut chanter et rester en même temps une femme, une vraie mère, une sœur sans se travestir.

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Sur le plan chorégraphique, la beauté scénique des spectacles est saisissante. Le magnifique le dispute au magique au vrai sens du mot. La chorégraphie béninoise évolue actuellement, intégrant les attentes et les apports d’un monde plus vaste. Cette ouverture comporte un risque : la corruption de l’essence de la danse et de la dynamique gestuelle authentique. Or dans les images qui servent de support visuel à « Lèlèwésée », si les ouvertures sautent aux yeux, si la mémoire des gestes s’enrichit, le socle de la gestuelle reste intact ; et cette continuité chorégraphique traduit bien le sens de synthèse dont fait preuve l’artiste. Anogonou Vodjo apparaît comme la grande chanteuse d’obédience vodoun, non pas comme certains de manière superficielle ou cosmétique, mais plutôt avec profondeur, clarté et positivité. Elle nous donne à vivre, à considérer et donc à nous réapproprier tout ce qu’il y a de positif dans la culture vodoun. Que ce soit le savoir faire de nos acrobates-danseurs aériens dits « akpanou » auquel le rythme egbon sert de support, ou le akonhoun, danses et chansons qui allient la noblesse de cour à l’art du récit historique ou du panégyrique. Tous ces aspects de notre culture sont synthétisés dans une unité positive que le génie d’Anagonou Vodjo nous restitue avec grâce et bonheur.

Ce caractère positif apparaît aussi dans les thèmes. Dans l’album « Lèlèwésée », le thème dominant est la fécondité, avec les thèmes associés que sont la cure, la guérison, le bien-être, la santé. Thèmes positifs, s’il en est qui tranchent avec le scepticisme social des chansons béninoises (du sud), reflet d’une mentalité négative, qui fait écho et va de pair avec ce que le vodoun a de négatif. Mais ce caractère positif qui apparaît dans les thèmes de  « Lèlèwésée est aussi à mettre en rapport avec le sexe de l’artiste. Les femmes ont le sens de la vie, et de ce qu’elle a de plus vrai, de plus utile, de plus important. Cela explique leur sens du concret. Parce qu’elles donnent la vie, elles sont plus aptes à l’entretenir. Aussi, loin des thèmes socialement destructeurs que l’hégémonie masculine a imposés dans la chanson béninoise, les femmes apportent souvent un souffle nouveau qui concilie l’art et la vraie vie. Ainsi faut-il comprendre les trois titres de cet album. « Lèlèwésée » qui est dédié au bain purificateur annuel (houéwoulilè) ; « Alléluia » qui est un hommage mérité à l’Église du Christianisme Céleste dont les techniques rituelles et thérapeutiques tirent leur origine de ce que le vodoun a de positif ; enfin « Sosoboboé » est une chanson de geste, qui raconte les hauts faits de l’histoire du royaume Abomey et qui se termine par une litanie d’hommages à tous ceux qui de loin ou de près ont contribué à l’œuvre de l’artiste. Entre rappels d’un pan de l’histoire et resserrement des liens sociaux, quoi de plus positif.

Le regard positif qu’Anagonou Vodjo jette et nous convie à jeter sur le vodoun et ses pratiques associées est une vraie leçon de sagesse et d’espoir. Dans sa volonté de synthèse, Anagonou Vodjo nous donne à sentir et à vivre les éléments clés d’une vision du monde qui est la nôtre et dont il nous faut à nouveau frais nous approprier. Dans sa bonté, elle nous prouve que le bien-être est une valeur sociale que seul l’amour permet de dompter.

Binason Avèkes

 

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