Léhady Soglo, un Homme d’Avenir

lehady2Ce qui se joue à travers la symbolique réconciliation entre Houngbédji et Soglo ce n’est pas seulement un positionnement stratégique préélectoral à court terme. Mais c’est aussi la traduction d’une prise de conscience historique de l’unité de sang, de l’identité commune d’une race, d’un peuple celui des Adja/Tado/Fon/Goun et descendants d’Adhahouto. Identité longtemps mise à mal par la haine de soi à courte vue, les passions fratricides  et autodestructrices, la logique de division et les jalousies tenaces. Faiblesse exploitée sans vergogne par les hommes politiques, notamment Kérékou, qui s’est illustré au cours de ses trente ans de règne à la tête du pays dans l’art subtil d’agréger autour du Nordique dont il concentrait la personnification politique, tous ceux qui, comme les Yorouba/Nago qu’il a fait prospérer à cet effet, auraient des raisons historiques d’en découdre avec les Fons et assimlés.  Et le flambeau de cette idéologie tribaliste, inspirée par la politique de "diviser pour régner", a été repris par Yayi Boni ; un


homme qui se targue confusément d’être à la fois Nordique et Nago, suggérant ainsi une unité objective et une partition politico-ethnique du pays entre les Adja/Tado d’une part et tous  les autres d’autre part. Au besoin avec une redéfinition arbitraire des frontières identitaires et territoriales entre ce qui est le Nord et ce qui est le Sud du Bénin. Tout cela étant inspiré par ce qu’on pourrait appeler une “nordification” rampante des zones culturelles nago, qu’elles soient au centre du pays ou dans certaines enclaves de l’ouest ou du sud-ouest. Cette réappropriation par Yayi Boni de l’idéologie de partition ethno-politique du pays se réalise non plus avec la discrétion subtile de Kérékou mais de façon décomplexée, agressive, sur fond d’exaltation d’un romantisme de la prise de conscience sinon de la revanche nago sur ses oppresseurs historiques supposés. Idéologie mise en œuvre avec l’ambition affichée de promouvoir aux dépens de la majorité ethnique plausible du pays, une sorte de revanche  des ethnies périphériques ou minoritaires prétendument malmenées par les Fons au cours de l’histoire et dont les Nago/Yoruba seraient la figure emblématique. Ce romantisme de la victimisation d’une minorité entreprenante qui veut se construire au dépens de la majorité réelle, et en dépit du bon sens doit être combattu. Et ce dans l’intérêt de la démocratie, de la paix nationale, de la fraternité de tous les Béninois,

Le geste symbolique de la réconciliation entre Soglo et Houngbédji, qui  renvoie au rêve d’une réconciliation rétrospective entre Toffa et Glèle/Béhanzin, ou même entre les Trois fils d’Adjahouto dont la discorde à tissé la corde de toutes les discordes, cette réconciliation est une preuve de prise de conscience sur le chemin de l’unité de conscience. Conscience que la division et ses séquelles funestes ont trop duré ; conscience que divisés nous sommes faibles et unis nous sommes forts ; conscience que dans un monde globalisé le fait que les membres d’un même groupe historique comme les Adja/Tado et descendants d’Adjahouto ne puissent pas s’unir est une aberration condamnée par l’histoire. Conscience que nous ne pouvons pas continuer à noyer le poisson de nos divisions dans l'océan d'une hypothétique unité nationale avec les autres ; et que la meilleure façon de consolider le tout est de consolider ses parties. C’est ainsi et ainsi seulement que nous pourrions relever les défis auxquels le Bénin – du Nord au sud, de l’Est à l’Ouest – est confronté, dans une Afrique en marche, dans un monde qui bouge.

Plus qu’un geste de vigilance ou de stratégie, la réconciliation entre Soglo et Houngbédji est  un geste d’avenir, et ce n’est pas pour rien qu’il a été inspiré par Léhady, un homme d’avenir…

Atanko Bertin

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