La Françafrique et les Mille et un Cousins de Ouattara

Quand les Africains se Bousculent au Portillon du Service Néocolonial

Ils sont économistes, ministres, journalistes, « écrivains », diplomates ou influenceurs. Ils ont fait leurs classes dans les institutions occidentales, parlent de « gouvernance » et « d’intégration régionale », mais ne rêvent que de validation venue de Paris, Washington ou Bruxelles. Derrière Ouattara, mille et un autres cousins perpétuent l’ordre néocolonial, parfois avec plus de zèle que les anciens maîtres.

Mais il serait illusoire de croire que cette inclination à la servilité ne concerne que les élites. Chez l’Africain moyen aussi subsiste, souvent de manière inconsciente, un rêve occidental profondément enraciné. Ce rêve, façonné par des décennies de propagande, de pauvreté structurelle et de domination symbolique, alimente une soif de reconnaissance, une envie de consommer, de parler, de vivre comme « là-bas ». Le désir de proximité avec l’Occident — ou plutôt, avec ce qu’il incarne d’opulence, de modernité et de pouvoir — est tel qu’il engendre parfois une forme de servitude volontaire. Le « Blanc » n’est même plus toujours perçu comme tel ; il devient un idéal, une norme, un horizon à atteindre.

Ce texte est une plongée dans les rouages d’une domination qui, plus que jamais, passe par des visages africains et s’enracine dans les rêves de ceux-là mêmes qu’elle assujettit.

L’illusion de la souveraineté

Lorsqu’on observe le nombre d’Africains qui, à divers niveaux de responsabilité ou d’influence, ne demandent pas mieux que de jouer les intermédiaires ou les mercenaires stipendiés du système néocolonial — en particulier français, mais plus largement occidental —, on comprend pourquoi ces puissances peuvent encore nourrir l’espoir d’avoir le dernier mot sur le destin du continent.

Ces « serviteurs zélés » du néocolonialisme, souvent motivés par des intérêts purement individuels, participent activement à la perpétuation de structures de domination qui maintiennent l’Afrique dans un état de dépendance. L’ironie tragique réside dans le fait que ce système tient moins par la force brute que par la collaboration volontaire d’une élite africaine fascinée par l’Occident.

Le rêve occidental comme piège mental

Il existe, chez beaucoup d’Africains, une forme de fascination presque pathologique pour le modèle occidental. Le « rêve du Blanc » — qu’il prenne la forme d’une admiration aveugle pour la modernité occidentale, d’un désir d’émigration ou d’une quête de reconnaissance par les anciennes puissances coloniales — engendre une demande internalisée de domination. Cette posture rend difficile toute rupture réelle, même lorsque des initiatives comme l’AES (Alliance des États du Sahel) semblent ouvrir la voie à une souveraineté retrouvée.

Ce phénomène psychologique est bien connu et analysé, notamment par Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs, où il explique comment la colonisation a inculqué chez les colonisés une image dévalorisée d’eux-mêmes. La colonisation des esprits perdure bien après celle des territoires.

L’élite comme relais de la domination

Il faut ici interroger le rôle d’une élite africaine qui, loin d’incarner un projet de libération, se positionne plutôt comme relais de l’ordre mondial existant. Pour beaucoup, le pouvoir est moins un levier de transformation qu’un accès aux privilèges qu’offre le système en place. En cela, ils deviennent les gestionnaires zélés d’une Afrique sous perfusion, où les discours d’autonomie ne sont que des paravents.

Cette élite comprend des figures comme Alassane Ouattara, qui symbolise cette technocratie néolibérale adoubée par les institutions financières internationales, mais aussi de nombreux cadres dans les sphères politique, économique ou médiatique, prêts à sacrifier l’intérêt collectif sur l’autel de leurs ambitions personnelles.

Une décolonisation inachevée : l’exemple du Sahel

C’est pourquoi les tentatives de rupture véritable, comme celles amorcées par certains pays du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), suscitent à la fois l’espoir et la méfiance. Espoir, parce qu’elles montrent qu’un autre chemin est possible ; méfiance, parce que l’histoire africaine est trop remplie de trahisons internes pour ne pas s’interroger sur la durée et la sincérité de telles démarches.

L’expérience révolutionnaire de Thomas Sankara reste, à cet égard, une référence incontournable. Il avait compris que la libération de l’Afrique ne pouvait être que globale : politique, économique, culturelle et mentale. Mais son assassinat, orchestré avec la complicité de forces africaines, rappelle que l’ennemi est souvent intérieur.

Briser les chaînes mentales

La décolonisation ne sera pas un événement ponctuel mais un processus long, douloureux, et fondamentalement conflictuel. Elle suppose de briser non seulement les structures matérielles de la domination, mais aussi les structures mentales qui l’entretiennent. Tant que les esprits resteront colonisés par le mythe de la supériorité occidentale, les outils de l’aliénation seront toujours entre les mains des Africains eux-mêmes.

Décoloniser, c’est d’abord réapprendre à se voir autrement qu’à travers le regard de l’autre. C’est reconstruire une dignité, une confiance, une vision du monde propre. Sans cela, les émules de Ouattara et consorts continueront à se bousculer aux portillons de la néocolonisation, prêts à enchaîner l’Afrique avec le sourire satisfait de ceux qui croient avoir réussi.

Se réapproprier le destin africain

L’Afrique ne pourra écrire son avenir qu’à condition de rompre avec les logiques de dépendance volontaire. Cela exige un sursaut de conscience, une refondation des systèmes éducatifs, une revalorisation des cultures locales, et surtout, une rupture nette avec les figures de la compromission.

L’heure est venue pour les peuples africains de se défaire des illusions, d’identifier clairement leurs alliés et leurs ennemis, et d’exiger de leurs dirigeants plus que des discours : des actes. Car comme le disait Césaire : « Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. »

Adenifuja Bolaji

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